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La réalisatrice québécoise Geneviève Dulude-De Celles a remporté l'Ours d'argent du meilleur scénario pour son film Nina Roza lors d'une cérémonie marquée par des messages politiques.
Il s'agit du deuxième long métrage de fiction qu'elle a écrit et réalisé, elle qui avait déjà remporté le prix du meilleur film aux prix Écrans canadiens et l’Ours de cristal à la Berlinale en 2019 pour Une colonie.
Le film Nina Roza, coproduit par le Canada, la Bulgarie, l’Italie et la Belgique, met en scène l'histoire de Nina – interprétée par les jumelles Sofia et Ekaterina Stanina –, une artiste bulgare âgée de huit ans dont les œuvres sont devenues virales sur Internet.
Vient à sa rencontre Mihail (Galin Stoev), un collectionneur qui retourne dans sa Bulgarie d'origine pour la première fois en près de 30 ans. Il a pour tâche d'authentifier les peintures de Nina, mais il devra aussi affronter les fantômes de son passé.
Visiblement nerveuse en montant sur scène pour recevoir son prix, Geneviève Dulude-De Celles, qui a également réalisé ce film, a remercié ses amis belges, italiens et bulgares qui l'ont aidée au cours du tournage.
Elle n'a pas pu s'empêcher de lancer un clin d'œil à la position périlleuse du Canada et du Québec en Amérique du Nord devant l'impérialisme culturel des États-Unis.
Je porte les voix de mes collectivités au Canada et au Québec, a-t-elle lancé, les mains tremblantes, en lisant une feuille. Nous sommes confrontés à une culture américaine envahissante : notre gros voisin. Je suis fière de notre résistance continuelle afin de garder notre identité vivante.
Elle a ajouté qu'elle porte aussi la voix des exilés déchirés entre deux identités.
Geneviève Dulude-De Celles s'est aussi lancée à la défense des immigrants. Les temps sont très difficiles pour les immigrants. On doit défendre ceux qui sont vulnérables. Chaque geste compte. Chaque voix compte.
Vantant une écriture magnifique, le jury de la Berlinale, présidé par le grand réalisateur allemand Wim Wenders, a dit avoir apprécié l'utilisation du silence ainsi que la profonde et pure honnêteté du scénario.
Le scénario ne raconte pas seulement une histoire, il trouve un ton universel qui appartient à tous, a lancé le juré Min Bahadur Bham lorsqu'il est venu remettre le trophée, un petit ours en argent.
L’Ours d’or du meilleur film pour Yellow Letters d’Ilker Catak
La 76e Berlinale a décerné l'Ours d'or à Yellow Letters du réalisateur allemand Ilker Catak, un film sur l'autoritarisme et la censure des artistes, en clôture d'un festival particulièrement agité par des polémiques politiques et par la guerre à Gaza.
Le jury de la Berlinale a finalement décidé de récompenser un film tourné en Allemagne en langue turque. Les scènes censées se passer à Ankara et à Istanbul ont été tournées à Berlin et à Hambourg.
Il raconte le destin d'un metteur en scène turc et de sa femme actrice, soudain interdits de travailler en raison de leurs opinions politiques.

Le producteur de Yellow Letters, Ingo Fliess (à gauche), pose avec le directeur du film, Ilker Catak (à droite), et leur Ours d'or pour le meilleur film de la 76e Berlinale.
Photo : Getty Images / Sebastian Reuter
Lors de la remise du prix, le producteur de Yellow Letters, l'Allemand Ingo Fliess, a tenu à rappeler une scène du film dans laquelle artistes et intellectuels poussés à bout se disputent.
Ça m'a rappelé ces derniers jours à la Berlinale : des réalisateurs contre d'autres réalisateurs, des artistes contre des créatifs [...]. Nous sommes alliés, a-t-il insisté, appelant à concentrer les attaques sur les vrais ennemis : Les autocrates, les partis de droite, les nihilistes de notre temps.
Un festival et des polémiques
Beaucoup de personnes sont arrivées en portant avec elles beaucoup de chagrin et de colère ainsi qu'un certain sentiment d'urgence face au monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, avait affirmé la directrice du festival, Tricia Tuttle, lors de la cérémonie de clôture.
La Berlinale a été émotionnellement chargée, a-t-elle reconnu, visiblement émue, après des jours de polémique et d'accusations de censure visant la Berlinale, festival à la tradition très politique.
Le festival a notamment été accusé par certains artistes de censurer ceux qui s'opposent au génocide en cours perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza.
Le président du jury, Wim Wenders, cible d'attaques pour avoir dit que le cinéma devaitrester en dehors de la politique, a tenté d'apaiser la situation.
Le langage du cinéma est empathique. Le langage des réseaux sociaux est efficace, a relevé le réalisateur allemand, saluant l'ardeur militante des activistes. Vous faites un travail courageux et nécessaire. Mais est-ce que cela doit être une compétition? a-t-il demandé.
Un peu plus tôt pendant la cérémonie, le réalisateur syro-palestinien Abdullah Al-Khatib, récompensé pour son film Chronicles from the Siege dans une catégorie parallèle du festival, a porté une parole offensive, accusant le gouvernement allemand d'être complice du génocide commis à Gaza par Israël.
Ses propos ont été accueillis par des cris non seulement de soutien mais aussi de réprobation, signe des tensions qui ont traversé la Berlinale cette année.
Pas seuls
Également récompensé du grand prix du jury – équivalent de la 2e place – pour son film Salvation, le réalisateur turc Emin Alper a lu un message de solidarité pour les Palestiniens à Gaza, pour le peuple d'Iran qui souffre sous la tyrannie et pour les Kurdes au Rojava, une zone autonome kurde de Syrie.

Le réalisateur turc Emin Alper a apporté son soutien aux Palestiniens à Gaza, au peuple iranien, aux Kurdes au Rojava et aux opposants politiques turcs sur la scène de la Berlinale après y avoir remporté le grand prix du jury.
Photo : afp via getty images / RALF HIRSCHBERGER
Vous n'êtes pas seuls, a-t-il aussi lancé à l'adresse d'opposants politiques turcs emprisonnés, dont le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu.
Son film, inspiré d'une histoire vraie, raconte la descente vers la violence d'un village reculé de Turquie, cible du clan d'un village voisin.
Le jury de la Berlinale a aussi choisi de récompenser l'actrice allemande Sandra Hüller d'un Ours d'argent de la meilleure interprétation (prix hommes et femmes confondus) pour sa performance dans Rose, de Markus Schleinzer.
Dans ce drame en noir et blanc, elle incarne une femme qui se fait passer pour un homme dans une petite communauté rurale de l'Allemagne du 17e siècle afin d'échapper au patriarcat.
Un autre film a particulièrement plu au jury puisqu'il s'est distingué deux fois. Queen At Sea, de l'Américain Lance Hammer, a notamment reçu le prix du jury.
Ce film avec Juliette Binoche raconte les ravages de l'alzheimer sur les proches des personnes atteintes de cette maladie. Anna Calder-Marshall, qui joue à 79 ans une dame atteinte de démence, et son partenaire à l'écran Tom Courtenay, 88 ans, ont conjointement reçu l'Ours d'argent du meilleur second rôle.
Avec les informations de Agence France-Presse et La Presse canadienne


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