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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le vote solennel de la loi sur la fin de vie est prévu le 30 juin, 67 médecins, du public comme du privé, alertent sur les conséquences que ferait peser un tel texte sur l’essence de leur métier.
Médecins praticiens de terrain, généralistes et spécialistes, exerçant dans des structures privées et publiques, nous annonçons chaque jour des diagnostics de maladies graves. Nous accompagnons quotidiennement des femmes et des hommes dans l’épreuve bouleversante qu’est l’irruption de la maladie chronique dans une existence.
Nous connaissons les regards perdus et les détresses silencieuses après l’annonce d’un résultat, les larmes qui coulent et celles qui ne coulent pas, les incrédulités, les colères, les refus initiaux de traitement, les renoncements, mais aussi les forces de vie, les réaménagements inattendus, les solidarités qui naissent, les joies possibles.
C’est depuis des chambres d’hôpital et des bureaux de consultation que nous interpellons le gouvernement et les parlementaires à propos de la proposition de loi ouvrant un droit à l’euthanasie et au suicide assisté. Cette loi introduit une ambiguïté structurelle dans la relation de soin.
Dès l’annonce d’une maladie grave, le médecin se place résolument du côté de la personne malade contre la maladie. Ce « contre » peut prendre des formes diverses : traitements lourds et invasifs, stratégies graduées, accompagnement palliatif lorsque la guérison n’est pas possible ou le traitement trop lourd. La confiance est fragile et repose, entre autres, sur la certitude pour la personne vulnérable, que son médecin ne l’abandonnera jamais à sa détresse et son découragement, quelle qu’en soit la manifestation.
Le dispositif permettrait l’accès à l’aide à mourir même lorsque la personne refuse les stratégies offertes par la médecine, y compris des traitements antalgiques, alors qu’on sait que ce refus est le plus souvent temporaire.
Introduire, dès ce moment inaugural, la possibilité institutionnelle de « faire disparaître » le malade modifie radicalement ce pacte implicite. Par ses critères d’éligibilité, cette loi inclut presque toutes les personnes atteintes de maladies chroniques.
En ouvrant l’accès à l’aide à mourir aux malades atteints d’une affection grave et incurable en phase avancée, le texte voté par les députés inclut presque toutes les maladies chroniques. Il n’y a pourtant pas de définition consensuelle d’une phase « avancée » de maladie grave et incurable. Toutes les maladies chroniques affectent la qualité de vie, d’autant plus si l’accès à des soins adaptés, en particulier les soins de support, est insuffisant. Presque toutes affectent le pronostic vital, surtout si on ne prend pas la peine d’en préciser l’échéance. Le dispositif permettrait l’accès à l’aide à mourir même lorsque la personne refuse les stratégies offertes par la médecine, y compris des traitements antalgiques, alors qu’on sait que ce refus est le plus souvent temporaire.
L’insuffisance rénale est une défaillance d’organe vital, mais avec un traitement de suppléance comme la dialyse ou la greffe il est possible de vivre plusieurs dizaines d’années. Il en va de même pour les pathologies chroniques du foie ou du cœur. L’augmentation de l’accessibilité à la greffe, la recherche innovante, la mobilisation des associations de patients ont profondément modifié le parcours, la qualité et l’espérance de vie des personnes atteintes de maladies chroniques graves. De nombreux cancers métastatiques ont vu leur survie prolongée de plusieurs années grâce à l’immunothérapie et aux thérapies ciblées.
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L’euthanasie et le suicide assisté ne seraient donc pas réservés à des cas ultimes, lorsque les soins palliatifs seraient dépassés ou impuissants. Ce sont également les personnes que nous soignons et accompagnons quotidiennement, plusieurs centaines de milliers de personnes atteintes de maladies chroniques qui seraient, de fait, considérées comme éligibles.
Cette loi est incompatible avec la temporalité nécessaire à l’acceptation d’une maladie chronique grave. Nous expérimentons et accompagnons quotidiennement le processus d’acceptation d’une maladie grave, processus long et émaillé d’étapes contradictoires : le choc et la sidération, la colère, la négociation, la tristesse, et parfois le désespoir et la demande d’en finir. Puis, souvent, par une sorte de réappropriation de son propre parcours, l’ajustement au réel, le consentement à des traitements que l’on refusait initialement, ou au contraire le choix lucide de les refuser ou les interrompre.
Lorsque l’option de mourir devient un droit organisé, certaines personnes parmi les plus vulnérables peuvent l’intégrer comme un devoir implicite, celui de ne pas coûter.
Ce processus demande du temps. Pour les équipes médicales, il s’agit d’accompagner des allers-retours émotionnels, d’entendre et respecter des réactions et des paroles contradictoires, des hésitations et des ambivalences. Cela suppose que le médecin puisse accueillir des demandes extrêmes sans les valider immédiatement, mais en les travaillant, en les recontextualisant, en les accompagnant. Le contexte relationnel et émotionnel dans lequel s’inscrit une demande de mourir n’est pas figé. Il faut du temps pour le questionner. La procédure prévue par le texte voté est extrêmement brève au regard de cette réalité clinique.
Cette loi fragilise le devoir du médecin. Le texte prévoit un délit d’entrave, probablement dans un souci d’éviter des pressions extérieures. Mais dans la pratique du soin, la frontière entre « entraver » et « questionner » est ténue. Face à une demande d’en finir, le travail de questionnement, inhérent à notre mission de soignant, peut conduire à différer, présenter d’autres options, des ressources encore disponibles. Si le cadre pénal fait peser la menace d’un délit sur cette phase d’exploration, alors il fragilise le cœur même de notre responsabilité professionnelle.
Lorsque l’option de mourir devient un droit organisé, certaines personnes parmi les plus vulnérables peuvent l’intégrer comme un devoir implicite : ne pas coûter, ne pas peser sur l’entourage et la société, ne pas prolonger inutilement une vie jugée diminuée Cette réalité donne le vertige. Notre responsabilité collective est immense. L’urgence aujourd’hui est de garantir à tous un accès effectif aux soins palliatifs, à la prise en charge de la douleur, à l’accompagnement psychologique, à l’aide sociale, pour qu’aucune inégalité territoriale ne subsiste.
Marie-Béatrice NOGIER, néphrologue et réanimateur médical
Laurent SAILLER, médecine interne et immunologie clinique
Étienne RIVIERE, médecine interne
Philippe BRUNET, néphrologue
Laurent BOUILLET, médecine interne
Arnaud PIGNEUX, hématologue
Florence LABROUSSE, diabétologue
Céline GUINAULT-CHAANINE, néphrologue
Damien GUINAULT, néphrologue
Georges BOURROUILLOU, généticien honoraire
Isabelle AUGUSTIN PASCALIS, néphrologue et diabétologue
Jeanne MONTASTRUC, médecine physique et réadaptation
Jeanne NGUYEN, médecine générale et USP
Guillemette MOLLARD, médecine générale
Marielle CHARVET, gynécologie médicale
Thierry LAFFON DE MAZIERES, médecine générale
Laurence LAVAYSSIERE, néphrologue et réanimateur médical
Chloé MEDRANO, néphrologue et réanimateur médical
Romain DUPONT, médecine interne
Solenn LOPEZ, médecine interne
Sabine BARRAULT, médecine générale
Anne DESBORDE DE CEPOY, médecine générale et USP
Cécile DELEUSSE, gastro-pédiatrie
Sondess HADJ KHELIFA, médecine interne
Paul-Marie CHANAREILLE, anesthésiste-réanimateur
Xavier DELBREL, médecine interne
Marine BOREL FONTANT, diabétologue
Fleur JOURDA DE VAUX, médecine générale et USP
Céline PAILLER VALTON, médecine générale
Mathieu GAUTHIER, gastro-entérologue
Clémence CAGNON, médecine générale et USP
Clotilde GAIBLE, néphrologue
Jean FONTAN, médecine générale et USP
Louis-Marie DUMONT, hépato-gastro-entérologue
Gaëlle LENCLUD, USP
Maylis de PARDIEU, imagerie médicale
Sarah MOUGINOT, médecine générale
Pauline BERNADET, néphrologue
Emmanuelle LE MOIGNE, médecine interne
Benoit LOZE, rhumatologue
Véronique MORIZE, médecin de la douleur et USP
Tazi OMAR, médecine vasculaire
Pierre-Marie CHANAREILLE, anesthésiste-réanimateur
Isabelle ARBARET, médecine générale
Marlène PATURAL, médecine générale
Frank DEMARET, médecine générale
Elsa CANDELOT, rhumatologue
Pierre-Olivier CADI, urologue
France CADI, cardiologue
Virginie CART REGAL, cardiologue
Cellou BALDE, néphrologue
Marie TEPHANY-RAMBAUD, psychiatre
Aurélie ESPARCIEUX, médecine interne
Anne AUROY-THIEBAUD, médecine générale
Anne BANOS, hématologue
Maylis LACROIX-VELTEN, urgentiste
Elise CASSAND, gériatre
Wilfrid WILLIAMSON, ophtalmologue
Marie-Pierre LUCU, urgentiste
Anne PESSONNIER, gynécologie-obstétrique
Ophélie BELLO-JUNTE, médecine générale et du sport
Camille HEURTE, médecine polyvalente hospitalière
Mireille SIMON, hépato-gastro-entérologue et oncologie
Eve LE COUSTUMIER, pneumologue
Clémence de CARRERE, gériatre,
Delphine BASTIE, médecine nucléaire
Laurence AUVIN, pédiatre.


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