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La glace dans le golfe réjouit les côtiers, mais elle pourrait n’être que de passage

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Les températures froides, cet hiver, ont permis la formation d'une plus grande couverture de glace dans le golfe du Saint-Laurent, notamment autour des provinces atlantiques.

Les résidents de plusieurs communautés côtières remarquent que le rivage est non seulement glacé, mais que la mer a gelé vers le large, aussi.

Le pêcheur d'éperlan, Alyre Hébert, s'en réjouit. Il a pu installer sa cabane à côté de plusieurs autres près du quai de Caraquet dans la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick.

Cette année, c'est un vrai record! Les cabanes à éperlan sur la glace. Un vrai record, s'exclame-t-il.

Des cabanes à éperlan sur la baie gelée.  Deux pêcheurs marchent sur la glace.

Des cabanes à éperlan près du quai de Caraquet à la fin du mois de février 2026.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Il se rappelle de l'hiver 2024 alors qu'il n'y avait pas assez de glace pour y déposer sa cabane à éperlan.

On n'a pas pu mettre la cabane sur la glace parce que ça gelait pas. Quand ce que ça gèle pas, ben pas de glace. C'est mieux, beaucoup mieux cette année, raconte-t-il.

Il a mesuré la glace dans sa cabane et selon ses calculs, elle fait une quarantaine de centimètres.

Alyre Hébert debout près de la cabane à éperlan sur la glace.

À 75 ans, Alyre Hébert adore la pêche à l'éperlan. Après sa journée de travail comme chauffeur d'autobus scolaire, il est heureux de retrouver sa cabane sur la glace à Caraquet.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Un soubresaut de glace

Ben c'est sûr que ça fait du bien. Ça ajoute à notre relief. On était habitués de voir ça dans le décor, explique Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne.

Mais ce n'est qu'un soubresaut, dit-il, parce que le réchauffement climatique va continuer à produire des hivers plus doux.

Peter Galbraith.

Le chercheur Peter Galbraith est heureux de voir cette année la glace de son balcon à Rimouski, au Québec, d'autant que ce paysage tend à disparaître avec le réchauffement climatique.

Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon

Les hivers de glace peuvent encore arriver par accident, ajoute-t-il.

Mais je pense que, dans la normalité des choses, ouais, c'est peut-être un peu fini les grosses années de glace.

Le chercheur rappelle que, dans les années 1990, la glace pouvait couvrir presque tout le golfe, jusqu'à Terre-Neuve-et-Labrador lors des gros froids. Cette année, elle demeure en deçà de la normale des 30 dernières années.

Photo aérienne des provinces atlantiques avec glace, neiges et nuages.

Une photo de la NASA du 27 février 2026 montre la banquise dans le golfe du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / NASA

Cet hiver, on a monté jusqu'à 18 km cubes de glace, explique Peter Galbraith. La moyenne climatique sur 30 ans c'est 62, donc on est vraiment loin, loin, loin d'une année quand même normale.

Une glace hésitante à Cap-Bateau

La banquise n'est pas au rendez-vous partout sur les côtes acadiennes, notamment à Cap-Bateau à l'Île-de-Lamèque.

Armandine et Emmanuel Haché devant la mer. Ils portent des manteaux d'hiver.  Il n'y a pas de glace sur l'eau.

Armandine et Emmanuel Haché aimeraient que la banquise reste tout l'hiver le long de la côte à Cap-Bateau où ils demeurent.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

De grandes étendues de glaces viennent sur le rivage, mais repartent souvent quelques heures plus tard, au gré des vents, raconte le pêcheur de homard à la retraite, Emmanuel Haché.

On était tout le temps habitués d'avoir la glace, puis là, on n'en a pas. Ça fait bizarre, se désole-t-il.

Il demeure tout près de l'eau avec son épouse Armandine qui va souvent admirer l'horizon.

J'espère qu'elle va revenir. Moi, j'aimais la glace parce que ça protège la côte. Sinon, ça brise beaucoup. C'est pas mal tout défait le bas de la côte. On a perdu beaucoup de terrain, déplore-t-elle.

Assez de glace pour protéger le littoral de l'érosion ?

Les glaces agissent comme une barrière de protection du littoral, puisqu'elles absorbent la force des vagues. Sans elles, les tempêtes hivernales peuvent accélérer l'érosion.

Là où elles sont plus présentes cette année, elles protégeront les côtes, selon Dominique Bérubé, géomorphologue côtier au ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick.

Certainement, ça va aider. La banquise est mieux formée dans plusieurs régions, pas partout, affirme -t-il.

Ce spécialiste des côtes et de l'érosion estime que le littoral connaît un peu de répit en 2026, mais à long terme, le rivage continuera d'être à la merci de la mer.

Cet élément-là, qui nous a favorisés pendant des décennies, des siècles, ben là, il y a moins de présence de glace et on peut s'attendre à ce qu'il y ait plus d'érosion, surtout pendant l'hiver.

Dominique Bérubé debout près d'un quartier résidentiel et d'une baie gelée. Il porte une tuque et un manteau d'hiver. Le quartier et la baie sont enneigés.

Le géomorphologue côtier Dominique Bérubé estime qu'il ne faut plus se fier sur les glaces pour protéger les côtes.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

La couverture de glace dans le golfe du Saint-Laurent est aussi importante pour les phoques du Groenland, qui dépendent de la banquise pour donner naissance à leurs petits.

Elle devrait tenir le coup, selon le scientifique Peter Galbraith.

Je pense que la glace est suffisamment forte pour permettre la mise-bas de phoques sans que des tempêtes brisent tout. Il y a ça de bon, selon lui.

À Caraquet, les pêcheurs d'éperlan ne s'inquiètent pas pour la banquise, cette année, puisque la glace est stable et épaisse.

Alyre Hébert pense surtout au repas d'éperlans qu'il souhaite dévorer.

J'ai vraiment envie d'en manger. Si j'en pogne aujourd'hui ou demain, on a assez pour faire un bon repas avec 35 [éperlans], lance-t-il en riant.

Mais lui aussi craint que la glace hésite à revenir l'année prochaine et qu'il ne puisse plus pêcher.

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