La stratégie de l’évitement est plutôt efficace au quotidien, lorsqu’il s’agit d’éviter un collègue bavard, ou un voisin envahissant. Il suffit d’un peu de malice, comme prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, ou feindre le retard et partir en courant. Mais il existe des cas où l’événement ne vous demande pas votre avis, il vous met en demeure de le vivre. La Coupe du monde, par exemple. Même confiné chez vous, vous serez certainement dérangé par les cris des voisins. Même isolé sur une île déserte, vous serez probablement alerté par des supporters échoués. Car le pouvoir de la Coupe du monde dépasse la simple confiscation des écrans publicitaires. Il se produit comme une forme de trou noir informationnel où nous sommes tous aspirés, l’espace-temps se déformant sous nos pieds en direct! C’est alors que des phénomènes très curieux se produisent…
Les hystéries collectives corrompent nos sens, c’est une évidence. Mais saviez-vous qu’elles travestissent aussi nos éléments de langage? Syntaxe et sémantique conjuguent alors leurs effets pour nous réapprendre à parler le présent. Les ellipses se bousculent. «Tu vas vu le match hier à la télé?» devient «tu as vu?», ou pour les plus chanceux «on a gagné la Coupe du monde!» devient «on a gagné!». Tout le monde est censé deviner ce qui n’a plus besoin d’être énoncé.


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