Pour ce qui résonne désormais comme l’ultime legs artistique de feu Pierre Audi, l'édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence s’avance en jeu de miroirs, tissant des passerelles thématiques d’une production à l’autre. Si le voyage initiatique reliait La Flûte enchantée à La Femme sans ombre, c’est la question de la maternité et de la transmission qui unit l’opéra de Strauss à la création mondiale de Francesco Filidei. Accabadora – opéra adapté du roman de la regrettée Michela Murgia, disparue en 2023 à l’âge de 51 ans – propose un contre-pied saisissant à La Femme sans ombre à travers la coutume sarde du «fillus de anima» (fille d’âme).
Dans la Sardaigne des années 1050 pétrie par les traditions, la vie comme la mort appartiennent aux femmes. C’est au cœur de cet univers que résonne le nom de fille d’âme, «ces enfants doublement engendrés, nés de la misère d’une femme et de la stérilité d’une autre», écrivait la romancière Michela Murgia. De ce manque partagé se noue l’histoire de Maria, offerte par sa mère biologique à Bonaria Urrai, la couturière veuve et sans âge du village. Sous ses étoffes sombres la couturière est aussi l’Accabadora de Soreni — «la dernière mère», celle dont les mains reçoivent le pouvoir d’accompagner les âmes et de faire basculer la vie. Tout le drame palpite autour de ce secret dévoilé: la découverte par Maria du véritable rôle de sa Tzia Bonaria, et de ce fil invisible qui, malgré l’ombre, va continuer de se transmettre.


5 hour_ago
53





















.jpg)






French (CA)