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Des documents déclassifiés montrent que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a amassé plus de 900 pages de renseignements sur l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique (UBCIC) pendant plus d’une décennie.
Ces documents font partie de quelque 6000 pages qui montrent l’ampleur des moyens déployés par la GRC pour perturber les activités d’organisations politiques autochtones légitimes dans les années 1970.
Pour beaucoup d’Autochtones qui étaient présents à cette époque, ces révélations ne sont pas une surprise. Nous savions qu'ils étaient là, et cela faisait simplement partie du jeu, a déclaré Adam Eneas, chef héréditaire snpink'tn.
Il était chef de bande indienne snpink'tn (de Penticton) et président du comité des revendications territoriales de l’UBCIC en 1975, lorsque son nom apparaît le plus souvent dans les documents.
Les documents le décrivent comme ayant une position militante contre le gouvernement et suivent ses déplacements et ses activités lors de réunions politiques et d'actes de protestation.
Adam Eneas et d’autres assurent que cette surveillance ne les a pas dissuadés de continuer à se battre pour leurs droits. À l’époque, la jeune UBCIC se battait pour que la Colombie-Britannique reconnaisse les revendications territoriales, alors qu’il n’y avait pas de mention des droits des Autochtones dans la Constitution.
En mars 1975, un rapport note que, contrairement à l'opinion générale, le mouvement autochtone n'est pas une organisation à moitié engagée. La GRC regardait avec attention les fusions avec d’autres organisations à des fins de lobbying uni.
Toutes les factions et organisations autochtones ont été regroupées en un seul grand corps organisé et cohérent, unies par un objectif commun : l’autodétermination.
Les documents révèlent que les renseignements avaient des informateurs.

Le chef héréditaire Snpink'tn Adam Eneas et une photo de lui-même prise lors d'une réunion de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique en 1975.
Photo : Radio-Canada / Marc D'Amours
Adam Eneas assure qu’ils savaient que leurs appels téléphoniques étaient surveillés.
Il se souvient d'une conversation avec une amie qui travaillait pour une compagnie de téléphone locale dans la vallée de l'Okanagan. Elle m'a dit "je pourrais probablement me faire licencier pour ça, mais je voulais que tu saches que ton téléphone est sur écoute".
À l’époque, il téléphonait souvent à son ami George Watts, un leader nuu-chah-nulth, sur l’île de Vancouver. Lors d’un appel, George Watts avait mentionné un rassemblement fictif sur un pont à Port Alberni, pour voir si la police viendrait. Ce qui a été le cas, assure Adam Eneas.
Cela n'apparaît pas dans les documents déclassifiés.
Il savait qu’il était surveillé
Le nom d’Adam Eneas apparaît à de multiples reprises en lien avec l’occupation de bureaux des Affaires indiennes à Kamloops, Vernon et Williams Lake en mai 1975. Les archives du Service de sécurité de la GRC révèlent que des informateurs ont divulgué des renseignements sur certaines des occupations planifiées dans les jours précédant leur réalisation.
L’une des personnes ayant occupé le bureau à Vernon était Ken Basil, membre de l'AIM (American Indian Movement) et ancien chef de la Première Nation Bonaparte. L'AIM était une des priorités de surveillance du Service de sécurité de la GRC. Ken Basil est mentionné à de nombreuses reprises.
Sa fille, Elaine Alec, raconte avoir grandi en entendant les histoires d’activisme politique de son père. Elle le décrit comme un guerrier pour son peuple qui n'avait aucune peur du gouvernement. Il savait qu’il était surveillé, dit-elle, ajoutant qu’il se méfiait également des informateurs potentiels au sein du mouvement.
Enfant, elle se souvient que son père lui avait montré comment vérifier si un téléphone était sur écoute.
Une surveillance désormais plus sophistiquée
Le grand chef de l’UBCIC, Stewart Phillip, était dans sa vingtaine dans les années 1970. Il participait à de multiples actions politiques, dont l’occupation du bureau à Vernon. Pour lui, c'était une période passionnante. Nous étions certainement conscients [de la surveillance.]
Cela n'a pas entamé notre détermination [...] Au contraire, cela l'a renforcée. Nous avons simplement poursuivi notre travail pour défendre les droits et les intérêts de notre peuple.
En 1976, le Service de sécurité concluait que l’UBCIC est une organisation vouée à l’amélioration des conditions de vie des Autochtones par des moyens légaux et sans tendances subversives connues.
Stewart Phillip n’est pas surpris que l’UBCIC ait été une des cibles du Service de sécurité. Il pense que la surveillance n’a jamais arrêté, mais qu'elle est juste devenue plus sophistiquée.

Stewart Phillip est aujourd'hui grand chef de l’UBCIC. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Le Service de sécurité a été remplacé par le Service canadien du renseignement de sécurité en 1984. La sous-ministre adjointe principale et sous-directrice des Politiques et des Partenariats stratégiques du SCRS assure que le service n'enquête pas sur les manifestations légales, le militantisme ou la dissidence.
Cependant, Nicole Giles reconnaît qu’il existe un déficit de confiance avec de nombreux Autochtones.
Nous n'entamons des enquêtes que lorsqu'il existe des motifs raisonnables de soupçonner une menace de violence grave, affirme-t-elle.
Avec les informations (nouvelle fenêtre) de Chantelle Bellrichard et Brett Forester


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