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Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Paul Calandra, demande aux conseils scolaires de veiller à ce que les cérémonies de remise de diplômes à venir demeurent « strictement axées sur les élèves, apolitiques, inclusives et respectueuses », d’après une note obtenue par Radio-Canada.
La note signée par M. Calandra, en date du 20 mars, est adressée au personnel enseignant et au personnel des conseils scolaires. Dans le document, le ministre prévient les conseils scolaires que le non-respect de la directive pose un risque réel pour le bien-être des élèves.
Je n’hésiterai pas à considérer toutes les mesures mises à ma disposition par la Loi sur l’éducation pour veiller à ce que les élèves soient la priorité.
Les organisatrices et organisateurs et les administratrices et administrateurs ne doivent pas se servir de ces cérémonies comme forum pour exprimer des points de vue politiques, faire la promotion de positions personnelles ou institutionnelles ou s’impliquer dans des questions controversées ou source de division, quelles qu’elles soient, écrit le ministre.
Au minimum, les conseils scolaires doivent s’assurer que le personnel soit soumis aux mêmes exigences que celles attendues des élèves. En pratique, celles et ceux en position d’autorité doivent respecter des exigences plus strictes, à la mesure de leurs responsabilités, ajoute le ministre.
Interrogée par rapport aux motifs pour la rédaction de cette lettre, Emma Testani, la porte-parole du ministre Calandra, a dit que la missive parlait pour elle-même.
Questionné par les journalistes sur l’élément déclencheur de cette lettre, mercredi, le ministre Calandra affirme qu’il s’agirait de l’envoi d’une lettre par un surintendant d’un conseil scolaire de la région d’Hamilton aux enseignants organisant les bals des finissants. Selon M. Calandra, le surintendant, qu’il n’a pas identifié, aurait demandé au personnel de son conseil de profiter de l’événement pour promouvoir plusieurs sujets controversés , dont celui de la colonisation.
L’été dernier, une école secondaire d’Ottawa a demandé à une élève de rester à la maison après qu’elle eut fait des commentaires propalestiniens lors de la cérémonie de remise de diplômes de son établissement.
Des élèves préoccupés
Jayden Deskes, un élève de 12e année originaire de Hamilton qui participait mardi à la manifestation contre la réforme du programme d’aide financière de l’Ontario, s'est dit inquiet par la note de service.

Jayden Deskes (à gauche) et Aowyn Savage (à droite), élèves de 12e année, se disent préoccupés par la note de service envoyée aux enseignants et au personnel du conseil scolaire.
Photo : Radio-Canada
Je suis autochtone et ma mère orne ma toque de finissants de perles. Je crains que cela ne soit perçu comme un facteur de division ou comme un acte politique, a-t-il déclaré. Je crains que les élèves ne puissent plus exprimer leur propre culture, ce qui pourrait avoir des répercussions sur de nombreux groupes de justice sociale au sein des écoles.
Aowyn Savage, qui est également élève de 12e année à Hamilton et qui participait aussi au rassemblement devant l’Assemblée législative de l’Ontario, a qualifié la note de service de répressive pour la liberté d'expression des jeunes.
Une lettre déconnectée
Martha Hradowy, la présidente de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO), estime que la lettre du ministre Calandra est déconnectée.
Les enseignants et le personnel du milieu de l’éducation n’ont pas besoin d’être sermonnés par le ministre par rapport au professionnalisme, dit-elle par écrit.
Le conseiller scolaire Dan MacLean, du Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), pense que le ton de la note est dur. Le personnel est bien conscient de ses responsabilités professionnelles et apolitiques.
M. MacLean affirme que le gouvernement Ford est peut-être un peu plus inquiet de ce que les élèves vont dire , étant donné les changements apportés au Régime d'aide financière aux étudiantes et étudiants de l'Ontario (RAFEO).
Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO) soutient la note ignore la réalité de l’expérience vécue des élèves.

« Déconnectée », un ton « dur », visant à « intimider »… Les associations représentant les enseignants et le personnel scolaires ne mâchent pas leurs mots pour condamner la lettre envoyée par le ministre de l’Éducation de l’Ontario. (Photo d’archives)
Photo : Getty Images / AJ_Watt
Le gouvernement de l’Ontario a placé sous tutelle huit conseils scolaires dans les derniers mois. Paul Calandra s’est aussi doté de nouveaux pouvoirs dans le cadre de l’adoption du projet de loi 33, en novembre 2025, qui a suscité la controverse.
Dans une déclaration adressée à ses membres, le président du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO), Joe Tigani, laisse entendre que les propos de la lettre du ministre de « semblent viser à intimider le personnel et à le dissuader de s’exprimer, notamment sur des questions d’importance publique et politique ».
Pour ce dernier, il s’agit d’un « abus de pouvoir grave et totalement inacceptable ».
« Bien que certaines parties de la lettre soient présentées comme faisant la promotion d’un environnement respectueux pour les élèves, nous sommes profondément préoccupés par le fait que son ton et le ciblage direct du personnel visent à réprimer l’expression et le plaidoyer légitimes des travailleurs de l’éducation », indique M. Tigani, en ajoutant que la lettre était « particulièrement insultante pour les travailleurs de l’éducation » contenue des conditions dans lesquelles ils « donnent le meilleur d’eux-mêmes pour soutenir les élèves de l’Ontario » jour après jour.
Il conclut que le « véritable respect des élèves passe par un investissement dans un système éducatif adéquatement financé ».
L’activisme étudiant : moteur de progrès social
De son côté, l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) s’est dite profondément préoccupée par cette restriction générale des droits à la liberté d’expression des élèves, des enseignants et du personnel, particulièrement dans les établissements dont la raison d’être est d’apprendre aux jeunes à penser de manière critique et à s’exprimer librement .
L’éducation publique devrait favoriser, et non restreindre, le libre-échange respectueux des idées , soutient Anaïs Bussières McNicoll, directrice des libertés fondamentales de l’ACLC. Nous apprenons à nos enfants à questionner, à analyser et à s’exprimer, car la pensée critique et la liberté d’expression sont essentielles à la participation démocratique. L’activisme étudiant est depuis longtemps un moteur de progrès social, qu’il s’agisse de la lutte contre les frais de scolarité ou des revendications pour la lutte contre les changements climatiques.
Avec les informations d’Alina Snisarenko et Haydn Watters, CBC News


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