Dans ces colonnes, le philosophe neuchâtelois Olivier Massin a récemment mis en garde contre la montée d’une nouvelle conception de l’injustice dans notre société (LT du 22.06.2026). Ce serait en substance une injustice «sans coupable», s’opposant à une conception «avec coupable». Le professeur clarifie sa cible lorsqu’il cite «les oxymores qui lui servent de devises: «racisme sans racistes», «oppression sans oppresseurs», «sexisme sans sexistes.» En gros, les injustices dites «systémiques» (qui, soit dit en passant, n’empêchent pas du tout de parler de racisme avec racistes; cf. l’affaire des groupes WhatsApp de la police lausannoise). Ces formules, dont on peine à cerner la prévalence dans nos quotidiens, sont peut-être monnaie courante dans certains débats trop «wokisés» internes à la discipline de l’auteur, la philosophie, ce qui justifierait l’émotion qu’ils semblent provoquer chez lui.
Il est ici crucial de clarifier un point omis par le professeur Massin lorsqu’il caricature deux conceptions de l’injustice et leur opposition; celle qu’il qualifie de «classique» (avec coupable, donc) en opposition à celle dite «systémique» (sans coupable). En effet, loin d’être une innovation conceptuelle actuelle, la question des injustices sans coupable est un nœud de débat majeur au sein des sciences humaines, philosophie au premier chef, depuis le XIXe siècle. Nous pourrions aller plus loin: l’injustice sans coupable est au fondement même de nos sociétés industrielles et de ce que l’on nomme l’Etat social.


13 hour_ago
21




















.jpg)






French (CA)