Dans la grande salle de conférences dans laquelle la ministre américaine de la Justice, Pam Bondi, a installé son bureau, deux peintures murales sont pour ainsi dire prophétiques: «Le Triomphe de la justice» et «La Défaite de la justice». Depuis que Donald Trump est retourné à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, nombre de constitutionnalistes américains, tant républicains que démocrates, tirent la sonnette d’alarme: le Département fédéral de la justice (DOJ) est en train de se transformer en un bureau d’avocats défendant le président américain. Comme le souligne la journaliste Stephanie McCrummen, du magazine The Atlantic, Pam Bondi est une ministre de la Justice «qui ne dit jamais non à Donald Trump». En une année de fonction, elle a «mené la plus impressionnante métamorphose du Département de la justice dans l’histoire moderne des Etats-Unis, transformant ce qui était une agence autonome chargée de défendre la Constitution américaine en une entité où l’Etat de droit est secondaire par rapport aux souhaits du président».
En chiffres, le changement est radical. Plus de 230 juristes et avocats ont été limogés par l’administration Trump 2.0, qui a accepté la démission de plus de 6000 autres. La division des droits civiques, qui a joué un rôle fondamental dans la lutte contre la discrimination raciale et la défense du droit de vote, a été éviscérée, tout comme les unités qui enquêtaient sur la corruption publique. Le DOJ est devenu une officine du Bureau ovale. Donald Trump utilise désormais le DOJ comme une arme politique. Il a exhorté Pam Bondi et ses collaborateurs à enquêter et inculper ce que le président américain décrit comme ses ennemis: l’ex-directeur général du FBI James Comey et la procureure générale de New York, Letitia James, (inculpations par la suite rejetées par un juge) et bien d’autres, dont son ex-conseiller à la sécurité nationale devenu critique du président, John Bolton.


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