Dans le domaine de la santé, les apparences sont parfois trompeuses. Depuis des décennies, l’Indice de Masse Corporelle (IMC) est l’outil universel des médecins pour décréter si un patient est en bonne santé, en surpoids ou obèse. Pourtant, une étude fracassante menée par l’Université de Californie du Sud (USC) et publiée dans les Annals of Internal Medicine vient bousculer ce dogme. Les chercheurs démontrent qu’environ 26 % des personnes affichant un IMC totalement « normal » souffrent en réalité d’une obésité clinique cachée, les exposant à de graves complications médicales sans qu’elles ne soient dépistées.
Ce que vous allez apprendre
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Pourquoi l’IMC classique passe à côté de la « graisse cachée » chez les personnes minces.
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Les nouveaux critères de la revue The Lancet pour redéfinir l’obésité clinique et préclinique.
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Comment évaluer soi-même son risque de santé à la maison avec un simple mètre ruban.
Quand l’indice de masse corporelle devient aveugle
L’IMC se base sur un calcul mathématique simple liant uniquement le poids et la taille d’un individu. Historiquement, l’obésité est déclarée lorsque cet indice atteint ou dépasse le score de 30. Mais ce système souffre d’un défaut majeur : il ne fait aucune distinction entre la masse musculaire et la masse grasse (le tissu adipeux). Ainsi, un athlète très musclé peut être qualifié d’obèse à tort, tandis qu’une personne d’apparence mince peut abriter un excès de graisse viscérale hautement toxique pour ses organes.
Pour mesurer l’ampleur de ce biais, l’équipe menée par le Dr Brian Lee, hépatologue à Keck Medicine (USC), a analysé les données de l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition (NHANES) aux États-Unis. Ils se sont concentrés sur un groupe d’adultes d’âge moyen ayant bénéficié d’examens corporels approfondis.
Les résultats sont sans appel : en appliquant les nouvelles normes médicales mondiales, 78 % des Américains de cette catégorie entrent dans les critères de l’obésité. Plus frappant encore, un quart (26 %) des personnes ayant un IMC dit « normal » (entre 20 et 25) et la moitié (50 %) de celles étiquetées en « surpoids » (IMC entre 25 et 30) basculent directement dans la catégorie de l’obésité clinique.
Les nouveaux critères : de l’IMC à la mesure de la graisse
Cette étude s’appuie sur un nouveau standard international établi par un comité d’experts sous l’égide de la prestigieuse revue médicale The Lancet. Sans rejeter l’IMC, cette norme impose d’utiliser d’autres indicateurs pour cartographier précisément la répartition des graisses :
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Le tour de taille.
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Le rapport taille/hanches et le rapport taille/hauteur.
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L’ostéodensitométrie (DEXA), un examen d’imagerie qui quantifie au gramme près la masse grasse et la densité osseuse.
Le modèle du Lancet introduit également deux stades distincts pour adapter la prise en charge :
| Stade d’obésité | Définition biologique et impact sur la santé |
| Obésité clinique | L’excès de graisse provoque déjà des lésions tissulaires ou des pathologies associées (diabète de type 2, hypercholestérolémie, douleurs chroniques aux articulations). |
| Obésité préclinique | L’excès de tissu adipeux est mesurable dans le corps, mais n’a pas encore déclenché de complications médicales visibles. |
« Étant donné que la plupart des médecins se concentrent uniquement sur l’IMC, cette population à risque ne bénéficie pas d’une attention suffisante en matière de dépistage et de traitement », s’inquiète le Dr Brian Lee.
Le casse-tête des nouveaux traitements comme l’Ozempic
Cette requalification médicale pose un défi de taille pour le système de santé. Ces dernières années, l’arrivée des analogues du GLP-1, des molécules régulatrices de l’appétit comme le sémaglutide (commercialisé sous les noms d’Ozempic ou Wegovy), ou le recours à la chirurgie bariatrique ont révolutionné la perte de poids.
Cependant, l’accès à ces traitements et aux prises en charge par les assurances santé reste strictement verrouillé par les critères de l’IMC classique. Les personnes ayant un IMC normal mais souffrant d’une obésité clinique interne se retrouvent exclues de ces innovations thérapeutiques. Des essais cliniques contrôlés sont actuellement indispensables pour prouver si l’élimination de cet excès de graisse chez des personnes d’apparence mince permet de réduire efficacement leurs risques cardiovasculaires et métaboliques.
En attendant que la médecine globale mette à jour ses logiciels, le Dr Lee conseille de ne pas se fier uniquement à sa balance. Les patients peuvent utiliser un simple mètre ruban chez eux pour mesurer leur tour de taille et de hanches. C’est un moyen simple, accessible et immédiat de vérifier si un excès de tissu adipeux invisible menace silencieusement leur santé.
Voici comment procéder méthodiquement :
1. La prise de mesures (Les règles de l’art)
Pour éviter de fausser les calculs, prenez vos mesures debout, idéalement devant un miroir, sur une peau nue et en relâchant les muscles (ne rentrez pas le ventre !).
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Le tour de taille : Placez le ruban horizontalement à mi-chemin entre la dernière côte palpable et le haut de l’os de votre hanche (ce qui correspond généralement à la zone située juste au-dessus du nombril). Expirez normalement avant de mesurer.
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Le tour de hanches : Placez le ruban à l’endroit le plus large de vos fessiers.
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Votre taille (hauteur) : Votre hauteur totale en centimètres (par exemple, 175 cm).
2. Le Rapport Taille/Hauteur (RTH)
Le verdict de l’étude : C’est aujourd’hui l’indicateur le plus fiable et le plus simple pour détecter la graisse abdominale (viscérale) qui entoure les organes, peu importe votre musculature ou votre morphologie.
Le calcul :
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Exemple : Une personne mesurant 1m70 (170 cm) avec un tour de taille de 80 cm aura un rapport de : .
Les seuils de santé :
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Moins de 0,50 : Profil sain. Votre tour de taille fait moins de la moitié de votre hauteur. Le risque de complications liées à la graisse cachée est faible.
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Entre 0,50 et 0,59 : Surpoids préclinique / Excès de graisse viscérale. Le risque métabolique commence à augmenter.
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0,60 ou plus : Obésité clinique ou préclinique. Risque élevé de développer du diabète de type 2 ou des maladies cardiovasculaires, même si le poids sur la balance semble correct.
3. Le Rapport Taille/Hanches (RTHi)
Cet indicateur permet de déterminer votre morphologie de répartition des graisses. Il met en évidence le contraste entre la zone abdominale et le bassin.
Le calcul :
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Exemple : Une femme avec un tour de taille de 75 cm et un tour de hanches de 100 cm aura un rapport de : .
Les seuils d’alerte de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) :
Selon les critères médicaux, le risque de complications de santé (notamment cardiovasculaires) devient élevé lorsque le rapport dépasse les seuils suivants :
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Pour les femmes : Risque élevé à partir de 0,85 ou plus (morphologie dite en « pomme », où la graisse se stocke dans l’abdomen plutôt que dans les hanches).
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Pour les hommes : Risque élevé à partir de 0,90 ou plus.
Que faire si vos résultats sont dans la zone rouge ?
Si votre IMC est normal mais que votre rapport taille/hauteur dépasse , cela signifie que vous avez probablement une proportion élevée de masse grasse viscérale (souvent appelée « mince gros » ou skinny fat en anglais).
La bonne nouvelle, c’est que la graisse viscérale est métaboliquement très active et réagit très bien aux changements d’hygiène de vie. Pour inverser la tendance, la solution ne consiste pas à faire un régime draconien (qui vous ferait perdre du muscle et aggraverait le problème), mais à :
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Faire du renforcement musculaire (soulever des poids, pompes, squats) pour augmenter la masse maigre.
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Privilégier le cardio à intensité modérée (marche rapide, vélo) qui puise directement dans les réserves de graisse abdominale.
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Réduire les produits ultra-transformés et les sucres raffinés, qui sont les premiers responsables du stockage de la graisse autour des organes.


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