Depuis toujours, l’être humain cherche à mettre un nom sur ce qui le fait frissonner dans le noir. Craquements suspects, sensation d’une présence invisible, courant d’air glacial sans origine : autant de signes que certains attribuent aux fantômes. Mais et si la science pouvait fabriquer une maison hantée de toutes pièces, dans un laboratoire, pour disséquer ces frissons ? C’est exactement le pari qu’ont relevé des chercheurs britanniques dans le cadre du fameux projet Haunt. Leur cible : les ondes électromagnétiques, soupçonnées d’être à l’origine de ces sensations étranges. Sauf que l’expérience a livré une conclusion à laquelle personne ne s’attendait vraiment.
Quand un fleuret d’escrime a démasqué le premier « fantôme »
L’histoire commence en 1998, dans une usine où travaillait l’ingénieur Vic Tandy. Le lieu avait la réputation d’être hanté, avec son cortège habituel de malaises et de sensations de présence. Plutôt que d’invoquer l’au-delà, Tandy a fini par identifier un coupable bien terrestre : un mur d’infrasons, ces ondes sonores de très basse fréquence produites ici par les ventilateurs d’extraction de l’usine.
Le déclic est venu d’un détail digne d’un roman policier. Tandy a remarqué qu’une lame de fleuret d’escrime, coincée dans un étau, se mettait à vibrer toute seule. Ces infrasons, invisibles, peuvent pourtant être ressentis par le corps et provoquer des sensations étranges. Le « fantôme » n’était donc qu’une vibration mécanique. Une découverte fondatrice qui allait inspirer d’autres chasseurs de mystères, mais cette fois armés de la méthode scientifique.
Les ondes électromagnétiques, coupables idéales des chasseurs de fantômes
Après les infrasons, un autre suspect s’est imposé dans l’esprit des enquêteurs du paranormal : les champs électromagnétiques, souvent désignés par le sigle EMF. Produits aussi bien par certains minéraux magnétiques que par nos appareils électriques, ils sont devenus la bête noire des chasseurs de fantômes, qui n’hésitent pas à parcourir les lieux réputés hantés avec des détecteurs en main.
L’idée n’est pas totalement farfelue. Plusieurs études ont mesuré les champs électromagnétiques de lieux dits « hantés » et y ont relevé des variations d’intensité et d’agencement inhabituelles. Le problème, c’est que d’autres investigations n’ont, elles, rien détecté d’anormal. De quoi maintenir le doute et pousser des scientifiques à trancher la question en conditions contrôlées. Car pour croire aux maisons hantées, le public ne manque pas : un sondage de l’institut Gallup a révélé que 37 % des Américains y adhèrent.
Dans le salon d’une maman, la « chambre hantée » prend forme
C’est là qu’entre en scène une équipe de chercheurs qui, en 2004, a conçu une véritable chambre hantée sur mesure, l’expérience active démarrant l’année suivante. Le décor a été pensé dans les moindres détails. Les chercheurs ont opté pour une pièce circulaire, volontairement neutre et dépouillée, pour éviter qu’un simple meuble, comme une vieille armoire, n’éveille par lui-même des connotations effrayantes chez les participants. Faute de local adapté, l’expérience s’est finalement déroulée dans un cadre pour le moins inattendu : le salon de la mère d’un membre de l’équipe, pendant plusieurs semaines.
La pièce était maintenue faiblement éclairée et fraîche, pour imiter l’ambiance des lieux réputés hantés. Des zones d’infrasons et de champs électromagnétiques, connues des seuls chercheurs, pouvaient être activées ou désactivées à volonté. Au total, 79 participants ont passé 50 minutes dans cet espace, exposés soit aux infrasons, soit aux champs électromagnétiques complexes, soit aux deux, soit à rien du tout. On leur demandait de noter sur un plan leur position à chaque sensation étrange, avec l’heure et une brève description.
Le vrai suspect n’était pas celui qu’on cherchait
Les résultats, publiés en 2009, ont pris l’équipe à contre-pied. De nombreux participants ont bel et bien rapporté des sensations anormales : sentiment de présence, vertiges, odeurs inexplicables. Mais voici le rebondissement : le nombre de ces sensations n’était pas lié à la condition expérimentale. Que la pièce soit « activée » ou parfaitement « normale », les frissons apparaissaient tout de même.
Le facteur réellement déterminant se situait ailleurs. Les sensations étaient corrélées aux scores de signes du lobe temporal des participants et, surtout, à leur suggestibilité. Autrement dit, le simple fait de prévenir les gens qu’ils pourraient ressentir des choses étranges suffisait à faire naître ces impressions. L’explication la plus parcimonieuse ne pointait donc pas vers les ondes, mais vers le pouvoir de notre propre esprit. D’autres travaux menés en double aveugle ont abouti à une conclusion comparable : la présence ressentie et les expériences mystiques sont prédites par la suggestibilité, et non par l’application de faibles champs magnétiques.
Voilà de quoi renverser bien des croyances. Le grand responsable des frissons paranormaux ne serait peut-être ni un fantôme, ni une onde invisible, mais notre cerveau lui-même, prompt à combler le vide par des sensations. Reste une question fascinante : si l’attente suffit à créer l’illusion d’une présence, jusqu’où notre imagination peut-elle façonner ce que nous croyons percevoir dans l’obscurité ?


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