Il y a peu, une étude mettant en lien des analyses d’os oraculaires, des données archéologiques et des modélisations climatiques a peut-être permis d’éclaircir une importante chute démographique dans le centre de la Chine lors des dernières années de la dynastie Shang.
Une baisse de 90% de l’activité humaine dans la région
Première dynastie chinoise historique dont l’existence est confirmée par l’archéologie, la dynastie Shang a régné sur la vallée du fleuve Jaune (Huang He) de 1600 à 1046 avant J.-C. Or, les dernières année de ce règne ont été marquées par une chute brutale de la population. Une étude menée par l’Institut des sciences géographiques et de la recherche sur les ressources naturelles de Pékin (Chine) a peut-être établi les causes de cette chute violente.
Les travaux des archéologues et historiens publiés dans la revue Science Advances en mars 2026 impliquent l’analyse d’os oraculaires, des données archéologiques ainsi que des modélisations paléoclimatiques. Ces trois éléments ont été mis en œuvre pour expliquer comment un changement climatique global a pu être la cause directe dans l’effondrement des premières civilisations de l’âge du bronze en Chine.
Il est principalement question d’ouragans (typhons, cyclones) ayant provoqué des catastrophes majeures, notamment de vastes inondations dans le centre du pays. Cependant, si le nombre de décès est difficilement chiffrable – peut-être plusieurs millions de personnes – les scientifiques ont indiqué une baisse de 90% de l’activité humaine dans la région.
Témoignages humains, preuves matérielles et explication physique
Les chercheurs ont analysé pas moins de 55 000 os oraculaires, ces derniers fabriqués avec des morceaux d’omoplates de bœuf ou des carapaces de tortue, sur lesquels étaient gravés des textes divinatoires. En observant la multiplication des demandes de rituels pour « arrêter la pluie » ou apaiser les « divinités des crues », les historiens ont été en mesure de dater précisément la décennie où la météo est devenue incontrôlable. Il s’agit là d’un témoignage humain, décrivant à l’instant T la crise majeure subie par la population.
Viennent ensuite les données archéologiques, preuves matérielles des destructions et de l’exode de la population. Sur les sites de la plaine de Chengdu et du fleuve Jaune, les chercheurs ont découvert d’épaisses couches de limon et de boue stérile recouvrant les habitations, preuves des gigantesques inondations. Citons également la découverte de fosses communes et l’arrêt brutal des artisanats de bronze, démontrant l’évacuation rapide des villes.
Évoquons le dernier point complétant ces travaux : les modélisations paléoclimatiques, fournissant l’explication physique du phénomène. Des climatologues de l’équipe de recherche ont utilisé des superordinateurs boostés à l’intelligence artificielle pour reconstituer l’atmosphère de la Terre il y a 3 000 ans. Les données provenaient d’éléments naturels comme des sédiments lacustres et la cerne des arbres. Les résultats ont notamment révélé un déplacement massif de la mousson asiatique, ayant favorisé une pénétration inhabituelle des ouragans plus profondément dans les terres, jusque dans le centre du pays.
Source: DR
Un parallèle important avec le présent
« Nous avons constaté que l’intensification de l’activité cyclonique a eu des répercussions considérables sur les phénomènes climatiques extrêmes et les changements sociaux dans l’intérieur de la Chine il y a environ 3 000 ans. Ces résultats soulignent l’urgence d’améliorer la préparation aux catastrophes actuelles provoquées par les typhons dans un contexte d’accélération du changement climatique. », peut-on lire dans l’étude.
Ainsi, l’étude établit un parallèle entre le passé et le présent, avec l’objectif d’alerter sur un fait précis : le réchauffement climatique actuel est capable de modifier les trajectoires des cyclones. Les auteurs appellent les autorités chinoises à adapter les infrastructures urbaines, à améliorer les systèmes d’alerte mais également, à mieux sécuriser les exploitations agricoles.


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