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L’empreinte durable des aménagistes de sentiers pédestres

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Concevoir et entretenir les milliers de kilomètres de sentiers pédestres du Québec est une tâche titanesque dont sont responsables les aménagistes. Méconnus, ils effectuent un travail extrêmement exigeant qui contribue à l’accessibilité de nos forêts et de nos montagnes en plus de rendre les randonnées des plus agréables.

Au parc d’environnement naturel de Sutton (PENS), l’équipe qui a la responsabilité des 52 kilomètres de sentiers est composée de huit aménagistes. Leur tâche du moment est de refaire à la main un escalier à flanc de montagne. L’ancien, fait de bois, n’a pas tenu le coup. On fait le choix cette fois-ci d’utiliser de la pierre et de bien drainer les environs afin d'éviter l’érosion.

Des aménagistes travaillent sur un sentier pédestre.

L'aménagement des sentiers est un travail d'équipe.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Pour aller à leur rencontre, il faut marcher environ deux kilomètres en montagne. La montée de 45 minutes est ardue. Je traîne un sac à dos avec mon matériel d’enregistrement, un fardeau bien léger comparativement à celui que doivent traîner les aménagistes. C’est que leur travail, ils le font à la force de leurs bras, aidés par des scies mécaniques, des pics et des pelles.

Guidés par le bien commun

Pendant qu’on gravit la montagne, j’écoute le directeur général du PENS, Jérémy Lachance, et le chef aménagiste, Gabriel Piette, discuter de choses et d’autres : les enfants, le prix des maisons et les contrats d’aménagement en externe qui leur sont confiés.

Des hommes marchent dans un sentier pédestre.

Jérémy Lachance et Gabriel Piette me guident vers le chantier des aménagistes.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Les deux hommes sont de toute évidence conduits par des valeurs environnementales tournées vers la santé, la justice et le bien-être collectif. Il faut quand même être convaincu pour effectuer un travail si exigeant. On ne le fait pas pour l'argent, m’avoue spontanément Gabriel. C’est pour le défi parce qu'on aime ce qu'on fait.

Le défi, oui, mais quand même. Il faut sûrement une motivation supplémentaire pour se lever aux aurores, beau temps mauvais, et se farcir plusieurs kilomètres de marche en montagne avant de commencer officiellement sa journée de travail.

De toute évidence, l'amour de la forêt y est pour quelque chose. J'aime bien travailler dans le bois, ça permet d'être un peu plus détendu, raconte une des aménagistes, Sylviane. Ces temps-ci, je m'intéresse un peu plus aux oiseaux, donc je sors mon application Merlin et je détecte les chants à ma pause. C'est intéressant.

Mais ce qui sort du lot et qui fait l'unanimité, c'est la camaraderie qui se développe entre les aménagistes, m'explique Gabriel.

Ça crée des liens quand même assez serrés de pelleter dans le même trou de bouette pendant neuf heures de temps avec des mouches dans les yeux. Il faut être capables de bien s'entendre.

Des aménagistes déplacent une pierre à l'aide d'un filet.

Les aménagistes utilisent des outils rudimentaires pour faire leur travail.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Malgré les liens d'amitié qui se créent et qui amènent fréquemment le groupe à se réunir à l'extérieur de la montagne, à force de manier la pelle, des petits bobos apparaissent, c’est inévitable. Mais chacun trouve son rythme et ses trucs pour éviter les blessures.

Ça garde en forme si on travaille intelligemment et si on ne force pas n'importe comment.

Une femme dans la forêt.

Sylviane Harrison est aménagiste au parc d'environnement naturel de Sutton.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Puiser à même la nature

La bienveillance les uns envers les autres est une valeur qui guide Sylviane. Celle-ci commence sa cinquième année comme aménagiste au parc. Il faut être à l'écoute pour bien évaluer comment se sent ton équipe. La jeune femme souriante y travaille du début de mai au début de novembre. Cet emploi saisonnier lui offre une grande liberté et lui permet d’exprimer sa créativité.

On travaille vraiment avec les éléments naturels. On cherche directement la pierre dans la forêt, on trouve des roches dans le bois, on trouve des arbres pour faire des marches, on travaille vraiment avec ce qu'on a sous la main.

C'est une grosse lecture de terrain, ajoute Gabriel, qui a connu Sylviane à l’école secondaire et avec qui il partage une passion pour la nature.

Où est-ce que l’eau va, comment bien drainer, les degrés de pente, c’est ce qui nous force à construire des infrastructures ou à garder le sentier plus naturel, précise le chef aménagiste. Le niveau d’aménagement varie aussi selon l'achalandage du sentier.

Un escalier en pierre.

L'escalier prend forme au cœur de la forêt.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Les aménagistes n’ont toutefois pas carte blanche. Ils s'inspirent des normes établies par Rando Québec et ils sont guidés par les contraintes liées aux zones protégées et celles d’une réserve naturelle, comme c’est le cas au PENS. Il faut prendre ça en considération, mentionne le directeur général, Jérémy Lachance. On ne va pas arriver dans la montagne et faire un sentier où on veut. Il y a des règles à respecter.

Un homme dans la forêt.

Gabriel Piette est le chef aménagiste au parc d'environnement naturel de Sutton.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Le souci du travail bien fait

Je suis admiratif devant les liens qui unissent les aménagistes, mais aussi devant tant d’ardeur et le souci du travail bien fait. Patients et observateurs, les aménagistes s’entraident pour réaliser une construction harmonieuse et le plus inaltérable possible.

Les vieux routiers Gabriel et Sylviane accompagnent les petits nouveaux, comme Chloé Poirier, nouvellement bachelière en architecture du paysage de l’Université de Montréal, qui a décidé le temps de la saison estivale de sortir de sa zone de confort.

Avant de travailler dans un bureau, je voulais aller sur le terrain, mais c’est demandant, avoue la jeune aménagiste. La première semaine, je me suis demandé si c'était réellement ça que je voulais faire cet été, mais finalement, l'équipe est tellement géniale, on rit, c’est vraiment le fun.

En travaillant sur le terrain, on apprend rapidement à appliquer des solutions efficaces.

La randonnée pédestre connaît un essor formidable au Québec, mais tous les marcheurs qui empruntent les milliers de kilomètres de sentiers exercent une très forte pression sur le milieu.

Des aménagistes en plein travail.

Les aménagistes en plein travail

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Au parc d’environnement naturel de Sutton, on compte près de 100 000 randonneurs chaque année. Il faut donc architecturer solidement les chemins des terrains de la montagne qui appartiennent à Conservation de la nature Canada.

Considérant le nombre de visiteurs et les changements climatiques, il faut bâtir nos sentiers pour qu’ils soient [durables], explique le directeur général du PENS, Jérémy Lachance. Quand on a une équipe de qualité comme on a ici, on n'a pas à retravailler nos sentiers chaque année.

L’impact des changements climatiques

Justement, les précipitations abondantes des dernières semaines auraient pu passablement abîmer les sentiers, mais il n’en est rien. L’attention particulière portée par les aménagistes donne les résultats escomptés, se réjouit le chef d’équipe, Gabriel. On a mis beaucoup d'efforts dans le drainage de nos infrastructures. On a passé un gros mois et demi là-dessus. Je dirais que ça a fait une très bonne différence.

Des travailleurs fabriquent un escalier de pierre dans un sentier pédestre.

L'escalier est construit avec des pierres.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Bon nombre des randonneurs qui empruntent les sentiers du parc d’environnement naturel de Sutton ne réalisent sûrement pas tout le travail que demande leur aménagement. C’est pourquoi de nombreuses activités d’éducation sont organisées, afin de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes au plein air responsable.

On n'est pas dans la consommation. Ici, on vient vivre avec la nature et on en prend soin, insiste Jérémy Lachance. On fait attention à ce qu'on aime. En apprenant les bons comportements à avoir en montagne, on va peut-être les reproduire une fois qu’on sera de retour en ville, espère-t-il.

Des travailleurs en pause.

Le travail des aménagistes est exigeant physiquement.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

C’est justement une empreinte durable dans le temps que laissent les aménagistes, se plaît à croire Sylviane. Originaire de Lac-Brome, elle se dit heureuse de prendre soin de son environnement immédiat.

On va revenir ici dans des années et les escaliers de pierre qu’on est en train d’aménager seront encore là. Je vais pouvoir dire, cette roche-là, c’est moi qui l'ai placée.

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