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Selon un texte d’opinion publié par Mining.com, l’Europe ne souffre pas d’un manque de ressources intellectuelles, de capitaux ou de capacités technologiques dans le secteur des minéraux critiques. Son problème serait plutôt d’ordre politique et institutionnel : elle aurait progressivement construit un système d’innovation incapable d’anticiper les besoins stratégiques de demain.
Dans une analyse publiée le 12 juin sur Mining.com, le géologue économique Nicholas Vafeas soutient que la dépendance européenne envers la Chine dans les chaînes d’approvisionnement des minéraux critiques n’est pas le résultat d’une fatalité géologique ou économique. Il affirme plutôt qu’il s’agit d’un choix collectif découlant de la manière dont l’Union européenne finance et oriente sa recherche scientifique.
Une Europe qui innove… mais dans les limites fixées par Bruxelles
L’auteur rappelle que l’Union européenne investit environ 380 milliards d’euros par année en recherche et développement. Le continent dispose d’universités de calibre mondial, d’ingénieurs hautement qualifiés et d’une importante capacité scientifique.
Malgré cela, constate-t-il, l’Europe se retrouve régulièrement à réagir aux évolutions technologiques plutôt qu’à les façonner.
Pour Vafeas, une partie du problème réside dans la philosophie même du financement public de la recherche européenne. Depuis une vingtaine d’années, les programmes de recherche sont de plus en plus orientés vers des « missions » précises : lutte contre les changements climatiques, efficacité énergétique, transformation numérique, économie circulaire, etc.
Cette approche produit certes des résultats, mais elle tend également à concentrer les ressources sur des objectifs déjà identifiés par les décideurs politiques.
Or, les innovations véritablement révolutionnaires émergent souvent de domaines qui ne sont pas encore considérés comme prioritaires.
Le piège de la planification
Pour illustrer son propos, l’auteur cite l’exemple des batteries sodium-ion.
Aujourd’hui, cette technologie attire l’attention de nombreux industriels puisqu’elle pourrait réduire la dépendance mondiale au lithium. Pourtant, il y a vingt ans, alors que les batteries lithium-ion s’imposaient comme la solution dominante, il aurait probablement été difficile d’obtenir du financement pour une technologie considérée comme inférieure.
À l’époque, un tel refus aurait semblé rationnel.
Le problème, explique Vafeas, est que les besoins stratégiques évoluent constamment. Ce qui paraît secondaire aujourd’hui peut devenir essentiel demain lorsque les chaînes d’approvisionnement se concentrent ou que les réalités géopolitiques changent.
La leçon chinoise
L’une des parties les plus intéressantes de l’analyse concerne la comparaison entre les modèles chinois et européen.
Selon les données citées par l’auteur, la Chine génère environ 1,8 million de demandes de brevets pour des dépenses en recherche comparables à celles des grandes économies occidentales. Cela représenterait plus de 3 500 brevets par milliard de dollars investi en recherche et développement, soit environ 250 % de plus que les États-Unis et l’Union européenne combinés.
Bien entendu, une partie de ces brevets est souvent critiquée pour sa qualité variable.
Mais pour Vafeas, les observateurs occidentaux passent à côté du véritable enjeu. La Chine accepte volontairement une certaine inefficacité afin de multiplier les paris technologiques.
Autrement dit, Pékin préfère financer un grand nombre de projets dont plusieurs échoueront, plutôt que de risquer de manquer la prochaine technologie stratégique.
L’Europe, à l’inverse, cherche à optimiser l’utilisation de ses ressources en filtrant les projets selon des critères politiques et administratifs stricts. Ce processus élimine certes les initiatives les moins prometteuses, mais il pourrait également éliminer les innovations dont l’importance n’apparaîtra que plusieurs années plus tard.
L’erreur des minéraux critiques
Selon l’auteur, le cas des minéraux critiques illustre parfaitement cette faiblesse.
Il y a vingt ans, le raffinage du lithium, le traitement du graphite, la séparation des terres rares ou la fabrication des précurseurs de batteries occupaient une place marginale dans les débats européens.
La Chine, elle, investissait déjà massivement dans ces secteurs.
Aujourd’hui, ces activités se trouvent au cœur des enjeux industriels, militaires et géopolitiques.
Résultat : l’Europe est devenue très compétente dans la conception de technologies utilisant les minéraux critiques, tandis que la Chine s’est spécialisée dans le contrôle des chaînes d’approvisionnement permettant de les produire.
Cette distinction est fondamentale.
Le pouvoir industriel ne repose pas uniquement sur la découverte de nouvelles ressources, mais aussi sur la maîtrise du raffinage, du traitement, du recyclage et des infrastructures qui rendent ces ressources utilisables.
Une critique qui résonne au Canada
Bien que l’analyse porte sur l’Europe, plusieurs des critiques formulées par Vafeas trouvent également un écho au Canada.
Depuis plusieurs années, Ottawa et les provinces investissent massivement dans les batteries, les véhicules électriques et la transition énergétique. Toutefois, les projets miniers, les infrastructures énergétiques et les installations de transformation continuent souvent de se heurter à des délais réglementaires importants.
Comme l’ont démontré récemment plusieurs dossiers miniers et énergétiques au Canada, l’accès aux ressources n’est pas toujours le principal obstacle. La capacité de construire rapidement les infrastructures nécessaires l’est souvent davantage.
La réflexion proposée par Nicholas Vafeas soulève donc une question qui dépasse largement les frontières européennes : les gouvernements occidentaux sont-ils devenus trop habiles à financer les technologies à la mode et pas assez préoccupés par les capacités industrielles fondamentales qui pourraient déterminer les rapports de force économiques de demain?


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