Le 10 mai 1994, Nelson Mandela livrait sa vision pour l’Afrique du Sud. Elle sera une «nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde», annonçait l’ancien prisonnier devenu président. Trente-deux ans plus tard, l’arc-en-ciel est balayé par les tempêtes xénophobes. Ces dernières semaines, des milliers de migrants ont quitté l’Afrique du Sud pour échapper au mouvement March and March qui a déjà tué au moins quatre étrangers.
Ces violences xénophobes de masse ne sont pas une première en trente ans. En mai 2008 par exemple, 62 personnes avaient été tuées dans les townships de Johannesburg lors d’une révolte dirigée contre les étrangers.
Mais l’image de justicière que veut se donner Pretoria à l’international en prend un coup. Fin 2023, c’est l’Afrique du Sud qui avait attaqué en premier Israël pour génocide à Gaza, devant la Cour internationale de justice (CIJ). Elle a aussi accueilli le premier sommet du G20 sur sol africain en 2025, affrontant sans faillir le boycott de Donald Trump, qui l’accuse de maltraiter la minorité afrikaner blanche.
Lire aussi: «Tuer des pauvres est devenu parfaitement normal dans notre pays»: en Afrique du Sud, l’exode forcé des étrangers visés par une violente campagne xénophobeLe chemin perdu de l’«ubuntu»
En avril 2027, l’Afrique du Sud accueillera à nouveau l’édition africaine du Forum économique mondial (WEF). De l’intérieur, elle est toutefois minée par la misère, la criminalité et des inégalités raciales plus grandes encore qu’aux Etats-Unis. Le taux de chômage s’élève à 32,7%; trois décennies après la fin de l’apartheid, un ménage blanc gagne toujours près de cinq fois plus en moyenne qu’un foyer noir. La corruption s’est encore aggravée sous la présidence de Jacob Zuma de 2009 à 2017. En 2012, son gouvernement issu de l’ANC de Nelson Mandela rompait le contrat social post-apartheid en tuant 32 mineurs noirs à Marikana.
L’Afrique du Sud est orpheline de ses figures tutélaires depuis le décès de l’archevêque Desmond Tutu en 2021, et elle a perdu depuis longtemps déjà le chemin de l’ubuntu. Cette notion issue des langues bantoues qui exprime le partage, Pretoria la tirait d’un proverbe: «Je suis parce que nous sommes.» Un message foudroyé, indispensable au monde pourtant.
Lire aussi: «Ubuntu», un livre à prendre partout avec soi, «en un temps comme le nôtre»

13 hour_ago
23




















.jpg)






French (CA)