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MILAN - De l’extérieur, le hockey slovaque donne l’impression de traverser une succulente période de renaissance. Ceux qui tentent de redresser cette fédération tiennent toutefois un tout autre langage. Malgré les succès olympiques et les impressionnants choix au repêchage des dernières années, le chantier est énorme au pays de Juraj Slafkovsky.
Avant le départ pour Milan, un ami m’a conseillé d’entrer en contact avec le directeur responsable de l’éducation des entraîneurs et du développement des athlètes de la Fédération slovaque de hockey.
Il s’appelle Nicolas Struhar. Je l’ai rencontré en Grèce, au congrès de l'International Coaching Council for Excellence, et il est fort intéressant. C’est une super tête de hockey et de système sportif, a dit mon interlocuteur.
J’ai contacté Struhar en arrivant en Italie et, à ma grande surprise, je me suis retrouvé en visioconférence avec un jeune homme de seulement 24 ans. Mais, tel qu’on me l’avait prédit, j’ai rapidement été bouche bée.
Véritable mordu de hockey, Nicolas Struhar a étudié en coaching et en gestion à l’Institut des sports Vierumäki, en Finlande. Il a ensuite terminé une maîtrise au programme de performance athlétique et santé de l’athlète de l’Université Mid Sweden, et il est en train de faire un doctorat à l’Université Ghent en Belgique.
Je fais mon doctorat à distance, précise-t-il. Ça me permet de faire mon travail à temps complet à la Fédération slovaque.
Comment un scientifique de 24 ans peut-il se retrouver à un poste aussi névralgique d’une fédération sportive?
En 2022 (il avait 20 ans), la fédération cherchait à déterminer comment elle pouvait améliorer la formation de ses entraîneurs et la qualité générale du coaching offert aux athlètes. Je leur ai présenté ce que j’avais fait en Finlande et ils m’ont embauché, raconte Nicolas Struhar.
Les présentations faites, Struhar m’a avoué avoir souri en lisant, dans l’un de mes courriels, que le système de hockey slovaque donne l’impression de vivre une sorte de renaissance.
Pourtant, des signes très forts le suggèrent. Entre 2006 et 2021, aucun Slovaque n’avait été choisi au premier tour du repêchage de la LNH. Puis, en 2022, boum : Juraj Slafkovsky (Canadien) et Simon Nemec (Devils) ont été les deux premiers joueurs sélectionnés. Puis, Filip Mesar (Canadien) a été nommé au 26e rang. Jamais une telle chose n’était survenue auparavant. Au total, six Slovaques ont été repêchés en 2022.

Juraj Slafkovsky (au centre) prend la pose avec le directeur général du Canadien Kent Hughes et le vice-président des opérations hockey Jeff Gorton lors du repêchage de la LNH, le 7 juillet 2022.
Photo : Getty Images / Bruce Bennett
Puis, en 2023, deux autres Slovaques, Dalibor Dvorsky (Blues) et Samuel Honzek (Flames) figuraient parmi les 16 premiers espoirs sélectionnés. Cette année-là, sept Slovaques ont été repêchés.
À peine quelques années plus tard, Slafkovsky, Nemec et Dvorsky occupent des rôles clés dans leur équipe nationale. Et la Slovaquie vient de causer la plus grande surprise des Jeux de Milan-Cortina en terminant au 1er rang de son groupe au tour préliminaire, devant la Finlande et la Suède.
Il faudrait être un peu culotté pour prétendre que ces succès sont la conséquence d’améliorations apportées à notre système de développement. Les succès qu’on voit sont surtout le résultat de trajectoires individuelles, parce que certains de ces joueurs ont quitté la Slovaquie dès l’adolescence.
Slafkovsky a passé ses années de développement les plus importantes en Tchéquie et, surtout, en Finlande. Dvorsky s’est développé dans le système suédois avant de faire le saut dans la Ligue junior de l’Ontario. Parmi les trois jeunes meneurs de l’équipe olympique slovaque, seul Nemec a préféré poursuivre son apprentissage dans son pays.
Pour décrire l’état de notre fédération, je vais utiliser l’analogie d’un train. Nous devons nous occuper de nos membres, qui sont les gens qui attendent le train. Mais en même temps, nous devons aménager une voie ferrée parce que ça n’a pas été fait. Nous n’avons pas de fondation claire sur laquelle nous engager. Quant au train lui-même, il ne fonctionne pas très bien.
Notre fédération existe depuis une trentaine d’années. Quand je suis arrivé, je m’attendais à ce qu’il y ait au moins des rails, confie Struhar, qui travaille toutefois très fort pour créer une base solide.
Au bout du compte, c’est peut-être ce manque de structure, ou le manque de confiance envers la structure existante, qui fait en sorte qu’entre 200 et 300 joueurs quittent annuellement la Slovaquie pour parfaire leur développement dans des clubs étrangers. Dans une fédération qui compte seulement 12 000 membres, de tels exodes font très mal.
Ça fait plusieurs années que les dirigeants de la Fédération slovaque tentent d’appuyer leur système sur des bases solides. À la fin des années 2010, ils ont fait appel à une sommité finlandaise de l’Institut Vierumäki, Jukka Tiikkaja, pour les orienter.
C’était en quelque sorte l’époque médiévale dans la fédération et, selon ce que je comprends, Tiikkaja a semé un vent de renouveau. Il a apporté une nouvelle perspective et une nouvelle vision quant à la façon dont doit fonctionner une fédération et comment ses dirigeants doivent penser. Mais sa vision et celle des dirigeants de l’époque sont entrées en collision et n’ont pas parfaitement collé l’une à l’autre, indique Nicolas Struhar.
N’empêche que Tiikkaja a introduit en Slovaquie le concept de pédagogie non linéaire auquel Struhar adhère totalement. Il en fait même l’une de ses plus grandes priorités.

La Slovaquie a défait l'Italie 3-2 en tour préliminaire du tournoi de hockey masculin des Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Photo : Getty Images / Elsa
Nous savons depuis plusieurs années que l’habileté qui fait la différence dans le développement des joueurs est le QI hockey. Or, ce que les gens appellent le QI hockey est, en fait, la capacité de prendre des décisions sur la glace. Plus rapidement vous êtes capable de prendre la meilleure décision face à la situation qui se développe devant vous, meilleur vous êtes. À la limite, à peu près tous les athlètes peuvent devenir forts et patiner rapidement, mais il est très difficile de développer la capacité de prendre constamment les bonnes décisions.
Et pour développer ces capacités, il faut que nos entraîneurs conçoivent leurs entraînements avec des exercices qui stimulent la capacité de prendre des décisions. Nous mettons beaucoup l’accent là-dessus, explique le dynamique dirigeant de la fédération slovaque.
Pendant que le monde s’étonne de la tenue de la Slovaquie sous les projecteurs olympiques, Nicolas Struhar maintient une vision à long terme.
Je suis réaliste. Je pense que les résultats des réformes que nous sommes en train de faire seront perceptibles dans 10 ans. Mais d’ici deux ans, je veux que la fondation soit bien installée et que nous ayons un système établi et fonctionnel pour développer nos entraîneurs, dit-il.
Le lancement de ce programme est déjà en marche. Depuis peu, la fédération slovaque forme chaque année une dizaine d’entraîneurs-formateurs pendant neuf mois. Chacun de ces entraîneurs est ensuite envoyé dans un club à temps complet avec la mission d’y développer… les entraîneurs. À terme, Nicolas Struhar veut pouvoir compter sur une cinquantaine de ces formateurs sur le terrain à la grandeur du pays.
Par ailleurs, pour assurer la cohésion et l’adhésion à sa vision et à son message, la Fédération slovaque est en train de déterminer ses valeurs fondamentales. Dans quelques années, c’est ce que les joueurs et les entraîneurs apprendront et appelleront la façon slovaque.
En faisant en sorte que le style de jeu des équipes nationales soit nettement établi, que le type de joueur recherché soit clairement identifié et que leurs 100 clubs locaux travaillent avec une vision claire, les dirigeants du hockey slovaque ont pour ambition de se tailler une place parmi les plus performantes nations européennes aux côtés de la Suède, de la Finlande et de la Suisse.
Ce que nous avons de plus fort en ce moment, c’est notre riche histoire en matière de hockey. Nous avons encore tendance à rechercher les victoires rapides pour montrer aux gens que nous faisons quelque chose de bien. Mais pour atteindre notre objectif, il faut continuer à faire confiance à la science et à créer les conditions pour que nos athlètes atteignent les standards identifiés par la science, estime Nicolas Struhar.
En conclusion, le miracle slovaque auquel on assiste à Milan est véritablement un miracle, puisqu’il n’a été planifié par personne. Nombreux sont ceux qui ont hâte de voir jusqu’où il se poursuivra.


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