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Alors que Val-d’Or et La Sarre l'utilisent déjà pour sortir des gens de la rue, le Programme de supplément au loyer itinérance, communément appelé le PSL itinérance, reste inexploité à Rouyn-Noranda. Des élus municipaux lancent donc un appel direct aux propriétaires privés de la ville pour faire débloquer la situation.
Le principe du programme est simple : il permet à une personne en situation d’itinérance d'habiter un logement du marché privé en ne payant que 25 % de son revenu. Le reste du loyer est directement subventionné.
À défaut d’avoir des logements sociaux, il est possible de subventionner des unités de logement, rappelle la conseillère municipale Vicky Brazeau. Je crois que le PSL itinérance est peu connu, alors qu’il permettrait d’offrir un logement aux personnes en situation d’itinérance.
Mme Brazeau a relayé ce même message cette semaine lors de la séance du conseil municipal de Rouyn-Noranda. Selon elle, ce programme constitue un levier sous-utilisé pour atténuer les crises du logement et de l’itinérance, toutes deux bien visibles dans la région.
Elle fixe une première cible très concrète : convaincre des propriétaires de libérer une quinzaine de logements à court terme.
J’avais le goût de lancer ce défi aux différents propriétaires de Rouyn-Noranda. Une quinzaine, c’est une belle cible. Je crois qu’on est capables de l’atteindre. Ça répondrait énormément à la demande.

Vicky Brazeau, membre du conseil municipal de Rouyn-Noranda. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Un modèle utilisé à Val-d’Or
Plus à l’est, à Val-d’Or, 42 logements participent déjà au PSL itinérance, dont les 40 unités du Château Marie-Ève. Cinq logements sont également occupés sous ce régime à La Sarre.
Anna Dagenais, directrice adjointe à La Piaule, confirme que le programme offre une souplesse essentielle au Château Marie-Ève, en opération depuis octobre 2023. C’est très, très important pour nous. Sans PSL itinérance, il n’y aurait pas de Château Marie-Ève, explique-t-elle.
Cette souplesse bénéficie aux locataires : si la personne déménage, le soutien financier l'accompagne. Une étape clé, selon Mme Dagenais, car la transition entre la rue et un toit ne se fait pas du jour au lendemain.
Sortir quelqu’un de la rue, le placer en appartement, ça prend un certain temps d’adaptation. Ça peut être plus long que pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, souligne-t-elle.

Le Château Marie-Ève offre, depuis septembre 2023, un toit à des personnes à risque de se retrouver en situation d'itinérance.
Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry
Comme un village
Au-delà du soutien financier, le PSL itinérance se distingue du programme régulier en offrant un suivi psychosocial continu. Pour les organismes du milieu, cette prise en charge rassure aussi bien le locataire que le propriétaire.
« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est un énorme stresseur de les placer en appartement. C’est un léger traumatisme en soi. Il faut mettre en place une organisation de services autour de ces gens-là pour les aider à réintégrer tranquillement la société. Ça prend beaucoup de patience, de bienveillance et d’accompagnement », fait observer Anna Dagenais.
On dit toujours que ça prend un village pour élever un enfant. C’est le même principe ici.

Anna Dagenais, directrice adjointe de La Piaule de Val-d'Or, organisme qui vient en aide aux personnes en situation d'itinérance et qui gère le Château Marie-Ève. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry
Encadrement offert
Planifié et déployé par Santé Québec, le programme s’efforce de bâtir des ponts avec le secteur privé. Mélanie Flageole, conseillère cadre en itinérance et dépendance pour Santé Québec en Abitibi-Témiscamingue, rappelle que les propriétaires ne sont pas laissés à eux-mêmes.
Ce que l’on recherche, ce sont des propriétaires qui veulent collaborer, indique-t-elle. Il y a un accompagnement avec un intervenant pour les usagers à compléter tous les documents nécessaires pour évoluer éventuellement dans un PSL régulier.
Mme Flageole précise qu’il existe un volet jeunesse pour les jeunes qui s'apprêtent à quitter un service d’hébergement en protection de la jeunesse.
En Abitibi-Témiscamingue, une soixantaine de logements fonctionnent avec le PSL itinérance, selon elle. Le Château Marie-Ève est occupé à plus de 75 % actuellement, alors que la liste d’attente compte au moins une cinquantaine de noms.


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