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Publié le 19/04/2026 16:49 Mis à jour le 19/04/2026 16:52
Temps de lecture : 6min
Des Libanais arborent un drapeau du Hezbollah, le 17 avril 2026, à Nabatieh (Liban). (AFP)
Depuis l'entrée en fonction du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam l'an dernier, le pouvoir libanais a pris plusieurs décisions à l'encontre du Hezbollah, notamment un engagement à désarmer la milice chiite. En vain.
Des négociations difficiles en vue. Un cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril entre Israël et le Liban, après un mois et demi de guerre. Annoncée par le président américain Donald Trump, cette trêve doit permettre l'ouverture de discussions entre l'Etat hébreu et le pays du cèdre. Mais celles-ci s'annoncent compliquées, alors que ni la classe politique israélienne, ni le Hezbollah n'y sont favorables.
Le mouvement chiite, financé et soutenu par l'Iran, a ainsi annoncé samedi 18 avril ne pas être concerné par les discussions en préparation avec Israël, accusant les autorités libanaises de conduire le pays à "la capitulation". Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a estimé que la façon dont "l'Amérique imposait son texte et parlait au nom du gouvernement libanais" était une "insulte" au Liban. "Assez, de soumettre le Liban à ces humiliations en négociant directement avec l'ennemi israélien et d'écouter ses diktats et avec ce spectacle honteux à Washington", a-t-il déclaré.
La veille, le président libanais Joseph Aoun avait nié que des discussions directes avec son voisin israélien, qui incluent le désarmement du Hezbollah, constituaient un "signe de faiblesse". Ces pourparlers, alors que le Liban est en état de guerre avec Israël depuis 1948, ne sont pas "une concession", a insisté le chef de l'Etat, promettant de ne pas "céder un iota du territoire national". Les négociations avec Israël restent un sujet clivant au Liban, qui ne reconnaît pas officiellement l'Etat hébreu : certains y voient une opportunité de mettre fin à des décennies de conflits récurrents, tandis que d'autres, comme le Hezbollah et ses partisans, s'y opposent fermement.
Historiquement, "le Hezbollah dispose d'une assise populaire sur la question de la défense du territoire libanais, car il s'est construit comme un mouvement de guérilla en réaction à l'occupation du sud du Liban par Israël à partir de 1978", rappelle Erminia Chiara Calabrese, chercheuse à l'Institut français du Proche-Orient à Beyrouth. Le mouvement chiite a aussi gagné en popularité en construisant "tout un réseau d'institutions parallèles qui assurait aux Libanais du sud des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, la prise en charge de la famille de ceux qui tombaient au combat", abonde Karim Emile Bitar, professeur de relations internationales à l'université Saint-Joseph de Beyrouth et à Sciences Po Paris.
Lorsqu'Israël quitte finalement le Liban en 2000, la société civile libanaise se "polarise", rappelle-t-il néanmoins : "Une partie du pays continue de soutenir le Hezbollah, tandis que pour l'autre, il est devenu une milice qui ne veut pas revenir dans le giron de l'Etat". Bien que devenu "très impopulaire chez une partie des Libanais" ces dernières années, tout en restant l'une des principales forces politiques du pays, le mouvement chiite a regagné en popularité depuis l'extension du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis au Liban.
"Les frappes indiscriminées d'Israël ont donné du grain à moudre au narratif du Hezbollah", souligne Karim Emile Bitar, rappelant que les frappes israéliennes ont fait 350 morts et 2 000 blessés "en dix minutes" lors d'un jour désormais connu comme le "mercredi noir" au début du mois d'avril. Et le chercheur d'ajouter : "Un certain nombre de Libanais estiment qu'on ne peut pas négocier sous le fer et le feu, et qu'Israël doit au moins s'engager à respecter l'intégrité territoriale du Liban, se retirer des zones encore occupées, avant de pouvoir sérieusement envisager de négocier."
"La population du sud du Liban se dit : 'On va négocier avec notre agresseur ?'" confirme Erminia Chiara Calabrese. D'autant que l'armée israélienne reste présente sur le sol libanais en dépit de la trêve et a établi une "ligne jaune" de démarcation dans le sud du pays, comme dans la bande de Gaza. Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a d'ailleurs promis qu'Israël comptait occuper une partie de la région, même après la fin de la guerre.
"Les bombardements et les ambitions territoriales d'Israël sur le Liban ne font que renforcer l'influence du Hezbollah, vu comme le seul acteur capable de protéger le territoire libanais."
Erminia Chiara Calabrese, spécialiste du Hezbollah
à franceinfo
Au-delà de son influence politique, le Hezbollah pose aussi un problème militaire à l'Etat libanais. Depuis l'entrée en fonction du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam l'an dernier, Beyrouth a pris plusieurs décisions inédites à l'encontre du Hezbollah, notamment un engagement à désarmer le mouvement chiite, qui restait le seul groupe à avoir conservé ses armes après la guerre civile de 1975-1990 au nom de la "résistance" contre Israël. La décision a été dénoncée par le Hezbollah.
Si l'armée libanaise a commencé cette tâche, elle est loin de l'avoir terminée. Elle "est soumise à des injonctions contradictoires", pointe Karim Emile Bitar.
"D'un côté, on lui demande de désarmer en quelques mois le Hezbollah, alors que depuis des années celui-ci est plus puissant qu'elle. De l'autre, on ne livre pas à cette armée les capacités militaires, financières logistiques pour mener à bien cette mission."
Karim Emile Bitar, spécialiste du Moyen-Orient
à franceinfo
Pour éteindre l'influence du mouvement chiite, le gouvernement libanais "pourrait renforcer sa présence dans certaines zones et contrôler plus étroitement le Hezbollah", pointe Karim Emile Bitar. "Mais c'est un équilibre difficile à trouver : la société libanaise est très polarisée, le Hezbollah compte encore une base captive et profite de l'état de guerre pour renforcer son esprit de corps." Le chercheur estime qu'un affaiblissement du Hezbollah ne pourrait se faire "que dans le cadre d'un accord global avec l'Iran, dans lequel l'Iran accepterait de brider ses proxys régionaux". Un scénario auquel Israël, qui souhaite mener des négociations parallèles avec l'Iran et le Liban, est pour l'instant opposé.
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