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Instaurer un contre-feu face au feu de forêt autoritariste

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Chaque semaine, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons la version écourtée d’un texte paru dans la revue Droits et libertés, vol. 45, no 1 (printemps-été 2026).

Le diagnostic est clair, et a été posé par de nombreux auteurs et organismes de la société civile au cours des dernières années : nous faisons actuellement face, chez nous comme ailleurs, à une montée de l’autoritarisme qui menace nos démocraties et les institutions nécessaires à leur pérennité.

Cette montée en puissance de projets politiques, dont la simple énonciation aurait été impensable il y a à peine une décennie, va de pair avec un enfoncement délibéré de la fenêtre d’Overton à droite et mû par le bulldozer numérique des « ingénieurs du chaos » décrits par Giuliano da Empoli. Et dans la ligne de mire de ceux qui alimentent cette tempête se trouve, sans surprise, l’effectivité des régimes de protection des droits et libertés de la personne, tout particulièrement lorsqu’il est question des droits de membres de groupes minoritaires.

Dérives autoritaires

Au sud de la frontière, les actes du gouvernement Trump dans son second mandat (appelons-le « Trump 2 ») constituent le symbole le plus évident, grossier et dangereux d’un petit groupe de personnes qui tente de faire aboutir la transformation d’un régime démocratique en régime autoritaire.

Bien que nous ayons la chance, au Québec et au Canada, d’évoluer dans des sociétés où nos institutions démocratiques sont encore solides et où le climat politique est moins polarisé qu’aux États-Unis ou dans d’autres régions du globe, les signes de potentielles dérives autoritaires commencent malgré tout à se multiplier.

Prenons pour exemple le cas de la Cour suprême du Canada, qui a jugé discriminatoire l’exclusion des demandeurs d’asile (et de leurs enfants) de l’accès aux garderies subventionnées du Québec. En réaction, presque tous les partis politiques québécois — à l’exception de Québec solidaire — ont minimalement évoqué la possibilité de déroger aux chartes des droits en vigueur au Québec pour suspendre les effets de cette décision.

C’est un des signes inquiétants de déplacement de notre fenêtre d’Overton collective. Un peu comme si, de la mesure exceptionnelle que représentait le recours à la dérogation avant que la Loi sur la laïcité de l’État du gouvernement caquiste ne soit adoptée (avec la suspension préventive de tous les droits qu’il était possible de suspendre dans la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte des droits et libertés du Québec), le choix de montrer qu’on « est game » de suspendre les droits fondamentaux des Québécois était désormais un passage obligé pour qu’un parti politique prouve qu’il est véritablement nationaliste.

Malgré ces dérives de plusieurs de nos élus, je refuse de croire que les Québécois ne sont plus attachés au régime de protection des droits et libertés de la personne, qui constitue le cœur de sociétés démocratiques depuis aussi loin que la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cela constitue néanmoins un signal d’alarme très sérieux pour quiconque souhaite le maintien de cette « digue collective » nous permettant d’assurer que les personnes qui sont temporairement aux commandes de l’État : 1. dirigent pour l’ensemble de la société ; et 2. n’abusent pas de leurs pouvoirs à l’encontre de portions de la population.

Dérapage illibéral

De toutes les démarches qu’il importe d’amorcer maintenant au Québec pour faire du renforcement de nos institutions démocratiques un projet porteur et emballant (leur stricte défense ne pouvant suffire pour barrer le chemin aux populistes), je suis persuadé que des efforts doivent impérativement être déployés pour réparer les conséquences du dérapage illibéral de la Coalition avenir Québec (CAQ). Il s’est accéléré depuis la dernière rentrée parlementaire, en septembre 2025, et la mitraille de projets de loi qui, s’ils sont adoptés, auront pour effet d’affaiblir durablement plusieurs de nos plus importants contre-pouvoirs.

Le gouvernement de la CAQ a rompu le consensus antérieur en ce qui concerne la modification de la Charte québécoise et y a intégré, par une série de projets de loi qui ne la concernait pas directement, différents principes controversés ayant pour objectif d’accroître les possibilités — pour l’État — de justifier des atteintes aux droits et libertés.

Pour que notre Charte demeure le puissant vecteur d’adhésion qu’elle était jusqu’ici et un contre-pouvoir effectif, au Québec, il est indispensable d’effacer ces modifications illégitimes et de recommencer la discussion collective à partir de ce texte primordial de l’ordre juridique québécois.

Les élections à venir au Québec doivent nous permettre, collectivement, de faire du projet de relever nos digues la colonne vertébrale de nos projets politiques au cours de la prochaine décennie. En peu de mots comme en cent : la démocratie ne se défendra pas toute seule !

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à dnoel@ledevoir.com.

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