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Incendies : des pompiers entre émotion et agacement face au combat incessant et au manque de moyens

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Plusieurs représentants des soldats du feu ont pris la parole pour dénoncer la fatigue physique et mentale des équipes, et alerter sur le manque de moyens.

 des pompiers entre émotion et agagement face au combat incessant et au manque de moyens. (photo d’illustration lors d’une intervention à Martigues en juillet 2025)

LILIAN AUFFRET / Hans Lucas via AFP

Incendies : des pompiers entre émotion et agagement face au combat incessant et au manque de moyens. (photo d’illustration lors d’une intervention à Martigues en juillet 2025)

Un combat contre les flammes mieux engagé, mais qui a coûté cher aux pompiers. Le week-end de ces samedi 1er et dimanche 2 août a été marqué par de belles avancées dans la lutte contre les incendies en Gironde et dans le Var, respectivement décrits comme « fixé » et « stabilisé ». Sauf que sur le terrain, les sapeurs-pompiers font grise mine. Professionnels comme volontaires, ils ont été mis à rude épreuve par une saison déjà très violente et qui fait remonter des interrogations quant au manque de moyens consacrés à la lutte contre les incendies et aux efforts considérables demandés aux soldats du feu.

Symbole de cette fatigue et de ces nerfs à vif : le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, Eric Brocardi est apparu très ému sur le plateau de CNews, où il était invité à réagir à des images de collègues mobilisés contre les flammes. « C’est compliqué… C’est compliqué parce qu’il y a des regards [à l’image] et il y a des pertes derrières », a-t-il glissé, alors que quatre pompiers ont péri en luttant contre les incendies cet été et que des centaines de maisons ont été détruites par les flammes.

Des êtres humains éprouvés

« Quand je vois ces pompiers se battre, on ne peut qu’être fiers d’eux », a ajouté Eric Brocardi, qui n’a pas tu les difficultés constatées sur le terrain, s’interrogeant sur ce qui sera « laiss[é] derrière ». « Leur courage ne sera pas oublié, et puis de toute façon on forcera les portes des médias pour le rappeler », a-t-il prévenu. Avant de demander que l’« on comprenne que ce sont des êtres humains » et que certains ont vu leur maison brûler « pendant qu’ils sauvaient celles des autres ».

Cette interview, que vous pouvez visionner ci-dessous, a été repartagée sur le compte X d’Eric Brocardi, où elle dépasse les 32 000 vues. « Et la carapace se brisa », écrit le porte-parole à son propre endroit, confiant que « l’émotion était trop forte » face aux « combats menés avec courage » et aux « pertes endurées ».

Un épuisement physique et psychologique

Ce n’est pas la première fois qu’Eric Brocardi, devenu l’un des visages de la crise des incendies, prend la parole dans les médias pour décrire les difficultés auxquelles font face les pompiers et les efforts qu’ils déploient. Mercredi à l’aube, il avait expliqué sur BFMTV que la « stabilisation » tout juste annoncée du mégafeu de Gironde était aussi une bonne nouvelle pour les équipes sur le terrain sur le plan psychologique.

« C’est une nouveauté d’avoir un temps aussi serein », avait-il expliqué, évoquant une forme de « repos » mental pour les sapeurs-pompiers dans « la mise en place de leur stratégie », jusque-là rythmée par l’inexorable avancée du brasier.

Comprenant que le grand public se focalise sur l’extinction des feux, le porte-parole avait souligné : « Le sujet c’est de comprendre que pour nous, c’est déjà une victoire de s’inscrire dans cette durée-là » avec un feu « stabilisé » et d’envisager « la prochaine étape », à savoir sa fixation. Mercredi soir, dans le journal de 20 heures de TF1, Eric Brocardi avait davantage insisté sur l’« impact direct » et physiologique de la météo et des « températures extrêmes » sur les pompiers, poussés dans leurs retranchements.

Ces dernières semaines, de nombreux représentants syndicaux ont pris la parole pour alerter sur « les corps mis à rude épreuve », les journées à rallonge et des nuits toujours plus courtes, la faute aux manques d’effectifs. « La ressource n’est pas intarissable », avait prévenu David Saquet, président de l’Unsa Pompiers interrogé par l’AFP, évoquant une « fatigue physique » et « mentale ».

Bientôt un « désastre sanitaire » chez les pompiers ?

L’autre question qui émerge progressivement est celle de l’impact du combat contre les incendies sur la santé des pompiers. Ce dimanche sur franceinfo, le porte-parole du syndicat SUD Rémy Chabbouh a tiré la sonnette d’alarme et affirmé : « On est à l’aube d’un désastre sanitaire dans les rangs des sapeurs-pompiers ». En cause, selon le syndicaliste, le manque de moyens et d’équipements, avec des soldats du feu qui interviennent « avec des bouts de tissus sur la bouche et sur le nez », faute de « cagoule filtrante ».

« Il faut vraiment prendre en compte [ces problèmes] rapidement » pour éviter « des morts à long terme », a-t-il prévenu, alors que plus de 330 pompiers ont par exemple été pris en charge médicalement dans le cadre de la lutte contre le mégafeu de Gironde. Samedi, Le Monde reprenait le chiffre d’« au moins 129 pompiers intoxiqués » sur les feux dans le département du Sud-Ouest. Mais au-delà de ces bilans sur le moment se cachent des complications sur le plus long terme.

« On fait plus d’enterrements que de mariages, et c’est moins à cause des flammes que des cancers », a ainsi tancé un officier cité par le journal du soir. Le bilan des 129 pompiers intoxiqués « est largement sous-estimé », a même estimé auprès du Monde Xavier Boy, le président de la FA/SPP-PATS, le premier syndicat de pompiers. « On peut être intoxiqué sans développer de symptômes et les gars ne sont pas du genre à se plaindre », a-t-il affirmé.

Une autre question sanitaire cruciale pour les soldats du feu est celle des polluants éternels, comme l’expliquait Reporterre dans un article paru en décembre dernier et consacré aux « risques invisibles » auxquels les pompiers sont confrontés « depuis des décennies ». En cause : l’omniprésence de PFAS dans les mousses anti-incendies ou dans les tenues antifeu, et ce depuis les années 1960, comme le rappelait encore récemment une étude reprise par le média scientifique The Conversation. Ces substances, aussi épinglées pour leur présence dans l’eau et les sols, peuvent notamment être responsables de cancers.

« On n’a parfois même pas le mode d’emploi des mousses anti-incendie et encore moins leur composition », avait d’ailleurs reconnu Sébastien Delavoux, délégué national de la CGT SDIS cité par Reporterre. Un représentant qui ajoute que « les pompiers ont vraiment entendu parler des PFAS quand, en mai 2024, pendant une manifestation », les cheveux de certains ayant été coupés pour faire « des analyses ». L’opération, menée par neuf organisations syndicales en partenariat avec les Écologistes, avait confirmé la présence de PFAS chez chacune des personnes testées.

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