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Il y a 75 ans, la mystérieuse disparition de la pierre du destin

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Si on vous dit « histoires de Noël », vous penserez sûrement à des contes enfantins et à des légendes. Mais plusieurs événements historiques se sont aussi déroulés autour d’un 25 décembre. Dans ce texte : la mystérieuse disparition de la pierre du destin, le jour de Noël 1950, qui a laissé un vide aussi béant que symbolique dans la chaise du couronnement, à Londres.

Lorsque le soleil se leva le 25 décembre 1950, la précieuse chaise du couronnement des rois et des reines, trônant dans l’abbaye de Westminster, à Londres, était vide. La pierre du destin, un lourd bloc de grès drapé de mystère et de légendes, et intégré dans le siège royal depuis des siècles, s’était soudainement volatilisée.

La disparition n’avait toutefois rien de mystique : une porte du célèbre « Coin des Poètes » de l’église gothique avait visiblement été forcée. La police se lança alors aux trousses des présumés voleurs — une quête qui passionna les Britanniques.

Le doyen de l’abbaye de Westminster remarqua rapidement de nouvelles lettres, fraîchement gravées sur la chaise, parmi les nombreux graffitis : « JFS ». Il les pointa du doigt pour les caméras de la BBC quelques jours plus tard. Plusieurs avancèrent qu’elles signifiaient « Justice for Scotland ».

Après tout, la pierre du destin, utilisée pour le couronnement des rois écossais pendant des siècles, avait été prise en 1296 par le roi anglais Edward Ier au tout début des guerres d’indépendance. Ramenée à Londres pour montrer la soumission du peuple écossais, la pierre avait alors été installée dans une cavité de la chaise de couronnement, un chef-d’œuvre de chêne sculpté.

Pressentant que la pierre historique devait se trouver en route vers l’Écosse, les autorités firent fermer la frontière entre les deux pays, une première en 400 ans.

Les autorités avaient bien vu.

C’était un groupe de quatre étudiants écossais, de l’Université de Glasgow, qui avait réussi le tour de force. Pour ces jeunes nationalistes, il s’agissait d’un acte politique.

« La pierre du destin est le symbole de l’Écosse. […] L’y ramener était un geste très symbolique », a déclaré l’un de ces étudiants, Ian Hamilton, lors d’une rare entrevue, accordée à la BBC en 2018.

Le plan des étudiants

Il avait été initialement convenu que Ian Hamilton allait se cacher dans un coin sombre de l’abbaye avant qu’elle ne ferme ses portes pour la nuit. Il devait ouvrir plus tard une porte de l’intérieur pour ses complices Gavin Vernon et Alan Stuart, mais un gardien l’a trouvé et jeté dehors.

La seconde tentative eut lieu le 25 décembre, au petit matin. Trois des jeunes ont forcé la serrure d’une porte, pendant que la quatrième membre du groupe, Kay Matheson, se tenait tout près, dans une voiture prête à partir rapidement.

Lorsque la pierre oblongue de 152 kg a été retirée de la chaise de couronnement, elle s’est fracturée en deux morceaux. Des experts ont avancé qu’elle a pu avoir été fissurée lors de l’explosion des bombes des suffragettes, des décennies auparavant. Ian a raconté à la BBC avoir paniqué et s’être précipité à l’extérieur avec le plus petit des deux morceaux et l’avoir placé sur le siège arrière de la voiture.

Un policier les remarqua. Ian et Kay firent semblant de s’embrasser et bavardèrent même avec le policier, se débarrassant de lui en disant avoir été incapables de trouver un endroit où dormir. Le plus gros morceau fut ensuite récupéré et placé dans le coffre d’un second véhicule. Il fut enterré dans la campagne anglaise, dans le comté de Kent. Le plus petit se retrouva chez une amie de Kay Matheson, à Birmingham.

Lorsqu’ils retournèrent chercher le plus gros bloc de grès la veille du jour de l’An, ils trouvèrent des gens du voyage confortablement installés par-dessus. Ils réussirent à les convaincre de les laisser creuser. La pierre connut d’autres cachettes, notamment sous les lattes du plancher d’une usine de Bonnybridge, puis à Stirling, avant d’être réunie avec son petit frère de roc par un tailleur de pierres de Glasgow.

La pierre du destin fut remise à la Scottish Covenant Association (SCA), qui faisait campagne pour la création d’un Parlement écossais.

Les allers-retours de la pierre

Quelques mois plus tard, en avril 1951, la SCA déposa la pierre dans les ruines de l’abbaye d’Arbroath, un lieu symbolique : c’est là que la Déclaration d’indépendance de l’Écosse fut lue solennellement en 1320. La SCA avisa les autorités qui, elle le savait, allaient prestement la retourner à Londres. Deux ans plus tard, la reine Élisabeth II a pu s’asseoir sur la chaise sertie de la pierre pour son couronnement.

Le plan des étudiants avait néanmoins fonctionné. « La pierre du destin avait reçu énormément d’attention et ravivé le débat sur l’indépendance de l’Écosse », note le Musée de Perth, en Écosse.

Plus de quarante ans plus tard, elle put finalement rentrer chez elle, escortée par des archers. Elle fut initialement exposée au château d’Édimbourg en 1996 avant de se rendre au musée de Perth, où elle en est depuis la principale attraction. La pierre a toutefois repris la route vers Londres en 2023, pour le couronnement du roi Charles III.

Les quatre étudiants ne furent jamais arrêtés, même si la police avait réussi à découvrir leur identité — Ian Hamilton, qui avait emprunté de la bibliothèque un nombre effarant de livres sur la pierre du destin, fut rapidement ciblé.

Le 19 avril 1951, le procureur général Hartley Shawcross avait raillé le quatuor à la Chambre des communes, qualifiant ses actes de vulgaire vandalisme. « Je ne crois toutefois pas que l’intérêt public requiert que j’ordonne des poursuites criminelles », a-t-il dit, ne voulant pas élever les étudiants au statut de « martyr ou de héros ». Ni « générer plus de soutien à la cause de l’indépendance de l’Écosse », résume le Musée de Perth.

Quelques années avant son décès en 2023, Ian Hamilton a réfléchi sur ce chapitre de sa vie, avant de conclure : « Faire quelque chose pour son pays sans verser une goutte de sang, c’est quelque chose, je crois, dont on peut être fier. »

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