En pleine canicule, au début de l’été, alors que des écoles libéraient les élèves plus tôt que prévu pour permettre aux enfants d’échapper aux classes surchauffées, de nombreuses crèches continuaient à bouillir dans l’indifférence. Certaines d’entre elles n’ont eu d’autre choix que de demander aux parents de venir chercher les enfants plus tôt, pour les épargner, mais aussi pour préserver des éducatrices au bord du malaise.
Lire aussi: «L’an dernier déjà, il faisait trop chaud. Mais cette fois, on a été surpris»: la lutte contre la surchauffe des bâtiments ne concerne pas que les écoles, elle touche les crèches aussiCette situation raconte bien plus qu’un problème de canicule. Elle illustre le paysage des crèches en Suisse romande, où l’on attend du personnel et des parents qu’ils compensent ce que les politiques publiques n’ont pas anticipé. Quand une commune peine déjà à créer assez de places, la rénovation des bâtiments inadaptés passe forcément au second plan. On finit alors par accepter que ces lieux deviennent inhabitables.
Malgré les efforts consentis ces dix dernières années, les délais d’attente restent trop longs, même dans les régions les mieux dotées, et des déserts de crèches existent encore dans tous les cantons. La politique de la petite enfance semble prisonnière de la question de la couverture des besoins. Comment discuter des nouvelles missions de la profession si le débat public reste absorbé par les chiffres?
Ce sont les compétences des professionnels qui font la différence
Pendant ce temps, des enjeux majeurs passent sous les radars. Y aura-t-il assez de personnel formé demain? Comment répondre au déficit d’attractivité du métier, à l’épuisement des équipes face à la pénurie de personnel chronique et à la complexification des enjeux éducatifs? Des professionnelles expérimentées, portées par leur vocation, finissent par démissionner, découragées par des conditions qui ne sont pas à la hauteur.
Le rôle des crèches est souvent réduit à la garde des enfants pendant que les parents travaillent. Or celles et ceux qui accompagnent les tout-petits dans leur développement social, émotionnel, linguistique à un moment décisif de leur vie touchent à des enjeux de société essentiels, au moins aussi déterminants que l’école. Il faut créer davantage de places et les rendre plus abordables pour les familles. Mais ce sont les compétences des professionnels qui font la différence. Dans de nombreux pays dont les économies se portent bien, l’éducation de la petite enfance est considérée comme un investissement pour l’avenir. La Suisse, elle, ne lui consacre que 0,1% de son PIB, contre 0,8% en moyenne dans l’OCDE. Tant que le débat restera prisonnier de la quantité, la qualité, elle, restera son angle mort.


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