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“Idomeneo” contre vents et marées

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On pourrait se dire que la Monnaie, après avoir investi beaucoup de temps et d'argent dans les décors de Benvenuto Cellini (La Libre du 30 janvier) a dû se serrer la ceinture pour ceux d'Idomeneo (La Libre du 9 mars) : il ne reste sur scène que quelques parallélépipèdes verticaux de plexiglas, agencés et réagencés sur des roulettes par une douzaine de figurants habillés comme des grands prêtres de secte, servant occasionnellement de support à des projections vidéos au déclenchement aussi aléatoire qu'une guerre états-unienne, et dont on se dit que, remis à l'horizontale, ils seraient parfaits pour protéger carottes et salades contre les gelées tardives.

Moche et peu coûteux

On pourrait y voir aussi l'illustration jusqu'à l'absurde des projets du "Collectif 17h25", cinq institutions lyriques françaises et belge (la Monnaie justement) qui viennent de se réunir à Paris pour avancer dans un projet éminemment louable de "structures standards et réutilisables pour la construction des décors". La façon la plus économe et écologique de réutiliser des décors n'est-elle pas que, d'emblée, ils ne ressemblent à rien ? Rien d'identifiable géographiquement, historiquement et esthétiquement ? Ceux de cet Idomeneo, moches et – on l'espère au moins – peu coûteux, pourront être stockés (dans un potager ?) et récupérés dans deux ou trois saisons pour un Orfeo, un Tannhäuser ou un Wozzeck. À condition cette fois que les solistes évitent de produire ce bruit de plastique peu mélodieux en les frappant.

Budget ? Écologie ? L'explication est ailleurs. Christina Scheppelmann avait promis des esthétiques nouvelles à la Monnaie et l'arrivée de metteurs en scène qui n'y avaient jamais travaillé. Confirmation avec Thaddeus Strassberger pour Benvenuto Cellini, et ici encore pour un Idomeneo donné à Prague en septembre, qui confirme que Calixto Bieito aurait peut-être dû être invité à Bruxelles, mais il y a vingt ans. Après les 180 spectacles dont il se targue, l'Espagnol est manifestement à cours d'idées, comme l'avaient laissé deviner ses derniers spectacles aux quatre coins de l'Europe. Sans vision précise de l'œuvre de Mozart, il se contente d'enfiler images déjà vues, poncifs, bizarreries et outrances qui ne créent ni beauté, ni même sens.

"Idomeneo", un tournant dans l'histoire de la musique

Yes, Jerry can

Entre ballon et essuie de plage, chaussures à bout de bras et cascade de bidons en plastique, les chanteurs font ce qu'ils peuvent pour garder la partition au milieu du village, contraints à jouer la carte d'un histrionisme qui frise souvent le grotesque. Un Idomeneo molesté par la foule (le formidable ténor Joshua Stewart, voix riche en couleurs qui résiste à tous les mauvais traitements), une Ilia en pyjama jaune ensanglanté entre douce folie et troubles obsessionnels compulsifs (Shira Patorchnik, soprano souple quoiqu'à la projection limitée – mais il lui est demandé de trimbaler des chaînes dont le cliquetis couvre presque son chant, puis de vomir le contenu d'un jerrycan qu'elle vient d'ingurgiter), un Idamante en costume cravate qu'on enferme dans un sac de chantier (la mezzo-soprano Gaëlle Arquez et son timbre velouté, vomissant quant à elle une sorte de pétrole) et une Elettra hystérique à souhait (Kathryn Lewek, soprano vaillante jusque dans l'impossible scène finale mais pas toujours synchronisée avec l'orchestre). Et les chœurs de la Monnaie en salopettes (de mineurs ?) et vestes (de pompiers ?), toujours enthousiastes et fervents même si, plus d'une fois, leur cohésion est ici menacée par les danses tribales et autres mouvements désordonnés qui leur sont imposés.

Heureusement, il y a dans la fosse Enrico Onofri, qui emmène l'orchestre dans une prestation historiquement informée du meilleur tonneau et fait ce qu'il peut pour soutenir les chanteurs pris dans la tempête scénique du grand n'importe quoi. Sens dramatique constant, beauté et richesse du son, soin extrême apporté aux récitatifs accompagnés, le chef italien sauve Troie, Argos, la Crète, et même le secteur biculturel belge.

Bruxelles, la Monnaie, jusqu'au 28 mars ; diffusion sur Musiq3 le 26 mars à 19h ; www.lamonnaie.be

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