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Derrière son grill, Marcus Fraser n’a pas de seconde à perdre. À peine finit-il de livrer une commande de hot-dogs qu’en arrivent trois autres. Devant le Centre Rogers au centre-ville de Toronto, où se trouve son kiosque, le trafic piétonnier est dense en ce début de week-end.
Chez les clients, on repère de nombreuses casquettes des Raptors, dont les matchs en séries éliminatoires de la Conférence Est de la NBA tiennent les partisans en haleine.
Même le propriétaire du kiosque, Johnny Prokos, en porte une, tout comme il en mettra une des Blue Jays le 8 mai, lorsque l’équipe de baseball disputera son prochain match à domicile devant des dizaines de milliers de personnes, dans le grand complexe sportif situé en face de son commerce.
On rencontre de nouvelles personnes chaque jour. C’est vraiment agréable, affirme-t-il.

Johnny Prokos est propriétaire d'un kiosque de hot-dogs au centre-ville de Toronto.
Photo : Radio-Canada
Cela fait quatre ans que Johnny a pris possession du kiosque qui, auparavant, appartenait à son père. Ce dernier l’avait ouvert au début des années 1990.
Depuis, le commerce a déjà cimenté son offre dans l’esprit de bien des Torontois, confie l’entrepreneur, qui pourrait toutefois faire face à plus de concurrence bientôt.
La semaine dernière, le conseil municipal de Toronto a mis fin à un moratoire vieux de 24 ans qui visait à restreindre le nombre de vendeurs ambulants au centre-ville. Il était donc impossible, depuis 2002, pour un nouveau vendeur d’obtenir un permis afin d’exercer dans les trois quartiers du centre-ville de la métropole.
La ville a changé, souligne un élu
Au cours du dernier quart de siècle, la ville a changé, affirme le conseiller municipal Chris Moise.
C’est une ville multiculturelle [...] et les gens nous ont dit haut et fort qu’ils veulent vivre plus d’expériences en matière de nourriture.

Chris Moise représente un quartier du centre-ville au conseil municipal de Toronto (Photo d'archives).
Photo : Fournie par Chris Moise
Dans les quelques dernières années, on a vu plus de variété dans les camions de cuisine de rue, indique l’élu.
Or, depuis la mise en place du moratoire, le nombre de vendeurs ambulants au centre-ville avait fondu, observe M. Moise. Il n’y en avait que 47 en 2025, comparativement à 134 en 2002.
Les récentes mesures s’imposaient donc pour inverser la tendance et créer les conditions d’une expansion, note-t-il.
À partir du 15 juin, les nouveaux vendeurs pourront soumettre des demandes de permis pour s’installer au centre-ville. La période pendant laquelle les camions pourront rester au même endroit passera aussi de cinq à 12 heures.
À partir de 2027, les frais associés à l’obtention de permis, qui peuvent s’élever jusqu’à près de 7000 $ seront aussi réduits de 30 %.
Les hot-dogs sur la rue, ça fait partie du tissu de la ville
S’il est plus facile d’obtenir des permis, je crois que le prix de la nourriture sera plus abordable [...] et j’aime ça, affirme le Torontois Callum Seanor, grand fan de baseball, qui s’arrête presque toujours devant un camion de cuisine de rue avant d’aller à un match des Blue Jays.
C’est merveilleux, pourquoi pas? La libre entreprise!, s’exclame David Mackie, en attente de sa commande de hot-dog.
Pourvu que ce soit réglementé d’une certaine manière, qu’on n’en ait pas 100 000 et qu’on puisse utiliser les trottoirs de manière sécuritaire, note-t-il.
[Les vendeurs] obtiennent leur argent, j’ai mon hot-dog, je suis heureux.

Le Torontois David Mackie se réjouit de la fin du moratoire.
Photo : Radio-Canada
Les kiosques de hot-dogs aux coins de rue donnent d’ailleurs plus de goût, plus de saveur à la métropole, raconte l’enseignante Meagan Pelletier, qu’on rencontre en pleine visite scolaire en provenance de Gatineau.
[Les élèves] ont parlé beaucoup de ça dans l’autobus ; qu’ils veulent manger ça sur la rue.
Même son de cloche de la part de son collègue Gabriel Schultz.
C’est une nouveauté. On ne voit pas ça chez nous alors qu’à Toronto, ça fait partie du tissu de la ville.

Gabriel Schultz (à droite), qui habite à Gatineau, dit «avoir hâte» d'acheter des hot-dogs lorsqu'il vient à Toronto.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Mais bien du travail à reste à faire pour que le commerce de rue s’épanouisse, croit Marianne Moroney qui, jusqu’en 2018, était propriétaire d’un kiosque de hot-dog au centre-ville et dirigeait l’association des vendeurs de rue.
Elle croit que la Ville devrait entre autres mettre en place des infrastructures visant à faciliter l’installation des kiosques et créer un comité consultatif pour mieux être à l’écoute des doléances des vendeurs.
La Ville doit décider si le commerce de rue est une nuisance ou un bien commun, note-t-elle.
La Ville compte aussi identifier des parcs dans lesquels introduire la vente de nourriture, ce qui était interdit jusqu’ici.
Plus de musique aussi
Le conseil municipal a également voté en faveur de l’usage, par les musiciens de rue, d’amplificateurs pour leurs performances entre midi et 20 h, pourvu qu’ils ne dépassent pas le niveau sonore maximal prévu par le règlement municipal.
Les fonctionnaires municipaux en avaient fait la recommandation afin d’accroître les opportunités pour les musiciens locaux et les artistes.

Louis Toiski (à gauche) et Miguel Vasquez (à droite) jouent ensemble régulièrement devant l'hôtel de ville de Toronto.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
La mesure réjouit Miguel Vasquez et Louis Toiski. Les deux hispanophones se rencontrent deux fois par semaine devant l’hôtel de ville pour jouer de la musique, le premier à la guitare et le deuxième au xylophone.
On se sent très bien. Nous nous exprimons, nous jouons ce que nous ressentons. Peut-être que les gens ne nous comprennent pas, mais je dis souvent à Miguel, ne t’en fais pas. Joue ce que tu veux, déclare Louis Toiski.


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