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Hantavirus : ce virus mortel était connu depuis 30 ans, alors pourquoi l’a-t-on presque oublié ?

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Au 12 mai, au total, dix passagers sont à ce jour considérés comme positifs ou fortement suspects dans ce foyer international d’hantavirus

Le MV Hondius, qui transportait environ 150 passagers et membres d'équipage de 23 nationalités, fait désormais route vers les Pays-Bas où une désinfection complète doit être menée avant toute nouvelle opération. En France, 22 cas contacts ont été identifiés après les vols de rapatriement et placés sous surveillance pendant 42 jours.

Cette situation ravive les souvenirs des débuts de la Covid-19. Pourtant, le virus impliqué dans cet épisode n'a rien de nouveau.

Un virus mortel mais presque invisible pendant trois décennies

Jusqu'au foyer survenu à bord du navire de croisière, peu de personnes avaient entendu parler de cet hantavirus sud-américain capable de provoquer des formes pulmonaires graves avec une mortalité pouvant atteindre 30 à 50 % dans certains clusters.

Et le paradoxe intrigue : comment un tel pathogène a-t-il pu rester dans un angle mort de la surveillance mondiale ? Une étude publiée dans Virology en 1996 documentait déjà plusieurs cas de transmission interhumaine en Argentine.

Le plus important cluster documenté avant le MV Hondius remonte à 2018-2019, dans la région d'Epuyén en Patagonie argentine. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine avait alors confirmé plusieurs transmissions interhumaines successives après un rassemblement social, entraînant le décès de 11 personnes sur les 34 cas confirmés.

Pour de nombreux spécialistes, cette rareté explique en partie pourquoi le virus est longtemps resté dans un angle mort de la surveillance mondiale.

Contrairement au Covid ou à la grippe, le virus des Andes semble nécessiter des contacts très étroits et prolongés pour se transmettre entre humains. Les contaminations surviennent surtout dans des contextes familiaux ou de promiscuité importante.

Comment se propagent les épidémies ? © Christoph Burgstedt, Adobe Stock

La principale cause des épidémies n'est pas celle que vous pensez

La plupart des épidémies sont stoppées à temps et se limitent à moins d’une centaine de cas. Mais certaines se propagent à une vaste échelle et infectent des milliers personnes. Et le facteur prédominant pour expliquer cette dissémination n'est ni les voyages ni les contacts avec les animaux.... Lire la suite

« Ce n'est pas le Covid. N'oublions pas... Chez des couples qui étaient proches et d'une hôtesse de l'air qui a pris en charge la femme malade qui est décédée peu après, nous obtenons des résultats de tests négatifs. Cela devrait convaincre presque tout le monde maintenant que c'est un virus dangereux, mais seulement pour la personne qui est vraiment infectée. Et le risque pour la population générale reste absolument faible », a déclaré le porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier.

Le foyer apparu à bord du MV Hondius a remis sous les projecteurs le virus des Andes, un hantavirus transmissible entre humains documenté depuis les années 1990. Les autorités sanitaires internationales continuent toutefois de juger le risque pandémique faible malgré la multiplication des cas dans plusieurs pays. © Hannah McKay, Reuters

Pourquoi le foyer du MV Hondius inquiète davantage aujourd’hui

Le cluster actuel présente plusieurs caractéristiques inédites qui changent la perception du risque autour du virus des Andes.

 l’hantavirus se manifeste de façons très différentes. © Xavier Demeersman, ChatGPT

8 questions sur l’hantavirus : symptômes, transmission, risques… le point indispensable de l’Inserm

Un foyer d’hantavirus détecté sur un navire ? Une souche capable de transmission humaine ? Pas de vaccin ni de traitement ? Il n’en fallait pas plus pour que l’OMS réagisse face à la menace d’une pandémie, dont le souvenir de la dernière s’est immédiatement ravivé dans les mémoires. Parce que, oui, avec des symptômes proches de la grippe, ce virus peut tuer. Alors que le navire Hondius est en quarantaine, où en est la recherche contre cette infection ? Faut-il s’inquiéter ?... Lire la suite

Les Pays-Bas figurent parmi les pays les plus touchés. Un couple néerlandais ayant voyagé en Amérique du Sud avant l'embarquement fait partie des premières victimes du foyer. L'épouse, contaminée au virus des Andes, est décédée en Afrique du Sud après une évacuation médicale. Le médecin du navire, également néerlandais, a lui aussi été testé positif à la souche Andes et placé à l'isolement après son retour aux Pays-Bas.

Le Royaume-Uni recense deux cas confirmés et un cas probable. L'Allemagne compte également une victime : une passagère allemande décédée le 2 mai à bord du navire après le développement d'une pneumonie sévère. Les analyses réalisées aux Pays-Bas ont ensuite confirmé l'infection par le virus des Andes. D'autres cas ont été signalés en Espagne, en Suisse et aux États-Unis. 

Cette dispersion internationale inquiète davantage les spécialistes que le nombre brut de cas lui-même. Le virus des Andes possède en effet une incubation particulièrement longue pouvant atteindre six semaines, compliquant fortement le traçage des contacts et le suivi sanitaire des passagers disséminés dans plusieurs pays.

Faut-il craindre une nouvelle pandémie et remettre en place des gestes barrières face au virus des Andes ? 

Pour l'instant, les autorités sanitaires internationales ne recommandent aucune mesure généralisée pour la population. L'OMS, le CDC américain et l'ECDC continuent de juger le risque de pandémie faible.

Face au risque de propagation du virus des Andes sur le territoire français, le gouvernement a publié le 11 mai un décret instaurant un protocole sanitaire renforcé pour les passagers du MV Hondius, ainsi que pour les personnes identifiées comme cas contacts. 

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a défendu des mesures « très strictes », présentées comme « les plus strictes de la zone européenne », avec pour objectif de « casser les chaînes de transmission ».

Aucun vaccin contre le virus des Andes n’est actuellement disponible, mais plusieurs candidats expérimentaux sont déjà testés par des chercheurs américains et asiatiques. Certaines équipes explorent la piste de l’ARN messager pour lutter contre les hantavirus émergents. © Xavier Demeersman, ChatGPT

Hantavirus : un vaccin contre le virus des Andes est-il prêt si la situation dégénère ?

Alors que le foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius a déjà provoqué trois décès et plusieurs contaminations confirmées au virus des Andes, dont une passagère française rapatriée en France, plusieurs équipes travaillent déjà sur des vaccins expérimentaux, y compris à ARN messager. Mais les recherches les plus avancées ne ciblent pas forcément la souche impliquée dans cet épisode.... Lire la suite

Interrogé ce mardi matin sur France 2, le chef du service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, Bruno Mégarbane, a cherché à rassurer sur le risque de propagation du virus en France. Le médecin a notamment écarté l'hypothèse d'une situation comparable à la Covid-19, soulignant que le virus était actuellement circonscrit à « une seule chambre de l'hôpital Bichat » et qu'aucune circulation active n'était observée sur le territoire.

Selon lui, les autorités sanitaires disposent cette fois d'un avantage majeur : les chaînes de contamination semblent identifiées. « On connaît le patient zéro, on connaît tous les cas contacts et leur cheminement », a-t-il expliqué, estimant que cette traçabilité devrait permettre de limiter efficacement la diffusion du virus.

Le foyer du MV Hondius agit néanmoins comme un signal d'alerte : il montre à quel point certains virus émergents longtemps restés sous les radars peuvent soudainement devenir des enjeux mondiaux lorsqu'ils croisent mobilité internationale, promiscuité et délais d'incubation prolongés.

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