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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Notre chroniqueur rend hommage à Ofer Bronchtein, militant de la paix au Proche-Orient, avant de pointer les excès de Ben Gvir, ministre et chef de file de l’extrême droite, qui a provoqué un tollé en filmant les militants de la «flotille pour Gaza» agenouillés.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Ofer Bronchtein, le célèbre pacifiste israélo-palestinien vient de rendre l’âme. Car il en avait une, belle et tourmentée. Ofer était mon ami depuis des lustres. La première fois que je l’ai rencontré, dans les années 70, selon mes souvenirs incertains, il arrivait à une manifestation de soutien à Israël. Déjà connu et controversé, des manifestants exaltés voulurent l’exclure de l’évènement. Mon intervention calma les choses. De là naquit notre amitié, jamais interrompue malgré nos divergences. Ofer, je l’ai écrit, avait une belle âme, mais ce n’était évidemment pas un saint. Il est vrai que j’en ai rencontré peu dans mon existence. Ouvert et sympathique, il possédait un carnet d’adresses impressionnant et bénéficiait ainsi d’un entregent international.
Un jour que je le rencontrais à Tel-Aviv, il proposa au président de «France-Israël - Alliance Général Koenig» que j’étais de me présenter à Ramallah le président Mahmoud Abbas. Je déclinais poliment à tort ou à raison. Venu de l’extrême gauche, ses relations étaient forcément orientées vers ce côté, c’est ainsi qu’il me présenta à Tel-Aviv Daniel Cohn-Bendit que je trouvai réservé à mon endroit…
Il y a quelques mois, Ofer, très diminué par la maladie, m’a proposé d’adhérer à son groupe de parole très hétéroclite, ce que j’acceptais sans hésiter. Et que je ne regrette pas. Bien sûr, mais sans fâcheries jamais, nos divergences étaient abyssales. Moins sur le fond que dans la forme, Ofer était un sioniste convaincu. Jamais il ne barguigna sur la nécessité d’un État juif indépendant. De mon côté, j’ai toujours été pour la création d’un État pour les Arabes sur une partie du territoire disputé. Moins, je l’avoue, par générosité que par intérêt. Préférant, comme on dit, un petit chez moi qu’un grand chez les autres. Que cela plaise aux sionistes religieux ou non, Hébron, quel que soit l’attachement qu’ils y portent et que je comprends est majoritairement habité par des Arabes musulmans. Même si je sais bien que le terrible pogrom de 1929 n’y est pas pour rien. Mais si partage il y avait, ce serait à la stricte condition que cet honnête bargain soit définitif et assorti de garanties de sécurité impérieuses.
Mais dans la forme, tout nous séparait : je lui reprochais continuellement son aveuglement à ne pas voir les représentants du peuple arabe de Palestine, au-delà même du Hamas, infiniment plus intéressés par la destruction du seul État Juif que par la création d’un énième État arabe sur une partie d’un territoire qu’ils considèrent depuis le grand mufti comme arabe et musulman.
Benyamin Netanyahou été contraint de faire alliance avec Ben Gvir, un extrémiste démagogue plus dommageable à l’image d’Israël que cent Rima Hassan.
Je reprochais amicalement à Ofer cet aveuglement. Il suffit d’écouter Bill Clinton qui aura tenté de jouer les bons offices pour confirmer ma thèse sur l’irrédentisme de la partie arabe. Quant à Yitzhak Rabin, j’ai écrit dans ces colonnes un article intitulé «SOS Rabin» qui relève maintenant de l’archéologie médiatique. Je reprochais déjà à ces médias français que l’on dit de progrès leur absence totale de solidarité avec un homme qui «cherchait la paix d’Oslo comme s’il n’y avait pas le Hamas mais combattait le Hamas comme s’il n’y avait pas Oslo». Ce combat-là, déjà, était combattu avec hargne par une presse déjà dotée à l’égard d’Israël d’un sens critique à sens inique. Quelques mois plus tard, Rabin était assassiné par un terroriste juif excédé par le terrorisme...
J’avoue, quand je vois aujourd’hui la même presse béatifier à titre posthume un Rabin qu’elle avait diabolisé au pire moment, en être encore mortifié. Mais le pacifiste Bronchtein voulait faire fi de cette réalité implacable pour tenter la conciliation inconciliable. Car, in fine, le problème, dans sa profondeur, réside précisément dans le fait qu’il n’y a pas d’équivalent à Ofer Bronchtein dans le camp d’en face.
Je le revois ce 19 novembre 2023 sur BFM, alors qu’il venait de critiquer Israël sans aménité, désespéré de ne pouvoir obtenir d’un Anwar Abu Eisheh, ancien ministre de la Culture palestinien et pourtant modéré, la moindre condamnation ferme et précise du grand pogrom du 7 octobre. Et ce malgré les objurgations de Benjamin Duhamel. Dors en paix, cher Ofer, toi qui ne put l’obtenir sur terre.
Passons maintenant à Ben Gvir, son exact contraire. L’homme m’a toujours inspiré, par sa vulgarité, une antipathie. Lors du dernier passage de Benyamin Netanyahou à Paris avant le 7 octobre, je l’avais mis en garde publiquement mais amicalement. Car j’ai de l’amitié pour le premier ministre, moins extrême que l’on dit et doté d’une intelligence d’exception qui contraste tant avec la médiocrité morale et intellectuelle du personnel politique israélien, pour cause de recrutement à la proportionnelle intégrale. Au demeurant, c’est bien parce que le centriste Benny Gantz n’avait pas voulu s’allier avec lui que «Bibi» a été contraint de faire alliance avec cet extrémiste démagogue plus dommageable à l’image d’Israël que cent Rima Hassan.
Ayant écrit cela fermement, l’avocat qui signe cette chronique désabusée plaidera pour ce dernier des circonstances atténuantes. Les dieux, disaient les Grecs, rendent fous les hommes qu’ils veulent perdre. Je suppose qu’il en est de même, hélas, du Dieu d’Israël.
Depuis toujours, mais sans aucune mesure depuis le 7 octobre, l’État juif a été accablé par les mensonges et la désinformation à une échelle désormais industrielle et planétaire. Le mythe du génocide commis par l’État pogromisé l’a emporté comme je l’avais prédit dans mon «Journal de Guerre» quelques jours après le 7 octobre mais dans des proportions que je n’avais osé imaginer.
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Le mythe a prospéré alors même que le procureur Karim Kahn, de la Cour pénale internationale, pourtant peu amène à l’égard d’Israël, a écarté la thèse du génocide, lors d’un entretien avec Mehdi Hasan au début du mois. Rappelons, parce que malheureusement ce rappel n’est pas inutile, qu’il s’agit de la riposte au pire pogrom depuis la Shoah et qu’il est établi, en dépit de sa brutalité forcément cruelle pour les civils utilisés comme boucliers humains du Hamas inhumain, le ratio des victimes civils-terroristes est moins cruel que celui des plus récents conflits en territoires urbains, comme celui de Mossoul. Je renvoie notamment les incrédules à l’étude minutieuse de John Spencer, analyste au Modern War Institute de West Point. Pourtant, je ne sache pas que les Français, les Anglais ou les Américains, qui n’ont pas connu de pogroms, aient été accusés dans leur combat contre l’État Islamique, de génocide après Mossoul.
Pour ne parler que du dernier bobard en date, le New York Times a publié un article sur les abus sexuels de prisonniers Palestiniens par les Israëliens, reprenant l’information selon laquelle Tsahal entraînerait des chiens pour violer des Palestiniens. Enfin, je rappelle une nouvelle fois que pendant deux ans les médias publics ont abreuvé sans précautions leur auditoire des bilans de la Défense Civile de Gaza en cachant délibérément que le Hamas se cachait derrière cet intitulé rassurant.
Ce qui exaspère également le public israélien et le rend fou c’est la focalisation et l’obsession de Sion. Cette disproportion qui laisse croire que seule l’armée israélienne cause des morts. Et qu’il ne se passe rien ni au Soudan ni en Éthiopie.
Pour reprendre la dernière et stupide provocation de Ben Gvir à l’égard des militants de la flottille (le 20 mai, il a publié une vidéo de militants de la «flotille pour Gaza» agenouillés et les mains liées, après leur interception en mer et leur placement en détention, provoquant ainsi un tollé international, ndlr) j’affirme que celle-ci, qui n’a pourtant causé aucun mort, a généré 100.000 fois plus de médiatisation que les pendaisons de jeunes opposants iraniens par la République Islamique ces dernières semaines.
Ironiquement, le lendemain, les policiers basques utilisaient une violence encore plus importante – elle aussi filmée – à l’encontre des sympathisants de la flottille à l’intérieur de l’aéroport de Bilbao. Qui en a parlé ? C’est dans l’abîme de cette injustice béante que Ben Gvir fait des émules. Raison pourquoi, entre l’utopique Ofer Bronchtein et Ben Gvir le cynique, j’ai choisi mon camp. Celui de la vérité et de la sécurité contre le mensonge et l’inhumanité.


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