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Un siècle après sa mort, Georges Vézina sera désigné vendredi comme personnage historique du Québec. Si cette reconnaissance est saluée par plusieurs, un hommage officiel est toujours attendu de la part de son ancien club, les Canadiens de Montréal.
La proposition pour ce statut national remonte à 2021. Saguenay a, pour sa part, déjà fait de Georges Vézina un personnage historique en décembre 2020 aux côtés d’Arthur Vining Davis, Sir William Price et Marguerite Belley.
Les enfants de Marcel-Stanley, fils du célèbre hockeyeur, se réjouissent de la reconnaissance décernée à leur grand-père.

Marcel-Stanley Vézina bien assis dans la coupe Stanley remportée la veille de sa naissance par son père Georges Vézina.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Vous ne pouvez pas vous imaginer l’élément de fierté qu’on a eu. C’est spécial, c’est unique, ça n’arrive pas souvent dans une famille qu’une personne soit reconnue comme personnage historique du Québec, témoigne Yvon Vézina.
Les gens me demandent si je suis parent avec le Centre Georges-Vézina. Oui, mais ça ne représente pas de dividendes.
Un gardien mythique
Né le 21 janvier 1887 à Chicoutimi, Joseph-Georges-Gonzague Vézina rejoint, en 1904, le club amateur de hockey de Chicoutimi sans jamais n’avoir chaussé les patins.
Le Chicoutimien se fait remarquer en 1910 lors d'une partie hors-concours contre le club de hockey Canadien, qui était de passage au Saguenay. Georges Vézina signe ensuite un premier contrat de 800 $ par an avec l’équipe montréalaise.
Les petits-fils de Georges Vézina ont peu entendu parler, pendant leur jeunesse, des performances exceptionnelles de leur grand-père. Les hockeyeurs étaient bien loin du statut de vedette des joueurs d’aujourd’hui.
Il n'en parlait pas beaucoup. On en n'entendait pas parler. On l'a connu sur les photos, avoue Roger Vézina.
Le trio se réjouit pour leurs enfants et leurs petits-enfants, qui en savent quasiment plus sur leur ancêtre.
C'était pas de coutume à l'époque. Il s'en parlait pas chez nous. Papa ne parlait pas de Georges Vézina, ajoute Yvon.

Les petits-fils de Georges Vézina : Roger, Yvon et Georges.
Photo : Radio-Canada / Rémi Tremblay
En 1916, le Canadien remporte la première coupe Stanley de son histoire avec Georges Vézina devant les buts. Une autre coupe s’ajoute à la fiche de Vézina en 1924. C’est d’ailleurs lors de cette saison qu’il connaît ses meilleures performances.
Le gardien de but s’effondre pendant l’entracte d’une partie, le 28 novembre 1925. Une tuberculose avancée lui est diagnostiquée, mettant un terme à sa carrière prématurément. Georges Vézina s’éteint quelques mois plus tard, le 27 mars 1926 à l'âge de 39 ans à Chicoutimi.
Un athlète des régions
Le journaliste sportif Mikaël Lalancette s’est penché sur la vie de l’athlète discret dans un ouvrage biographique : Georges Vézina, l’Habitant silencieux.
Celui qui a porté l’uniforme montréalais de 1910 à 1925 n’a jamais voulu s’installer en permanence à Montréal. En saison morte, le cerbère se consacrait à la menuiserie, employant même une vingtaine de personnes dans sa manufacture de portes et de fenêtres, La maison Georges Vézina Limitée.
Sa maison était le Saguenay. Il utilisait ce rapport de force pour négocier des contrats, pour dire : je ne retournerai peut-être pas jouer pour le Canadien. Il est passé de 800 $ la première année à 6000 $ à sa dernière année. Le revenu moyen d’un ouvrier était de 437 $ en 1910, raconte le journaliste.
Un joueur d’une région du Québec, de l’extérieur de Québec et de Montréal, il y en n'avait pas dans le hockey professionnel à cette époque-là, précise-t-il.
La légende de Georges Vézina a notamment été alimentée par le fait qu’il n’a pas raté un seul match en 16 saisons, cumulant 367 parties consécutives, dans une époque où les équipes ne comptaient qu’un seul gardien de but.
Il était le premier Canadien français à jouer pour le Canadien, à faire briller le hockey québécois. Il a été des meilleurs de son époque, sinon le plus grand.
Il y a une histoire pour un mythe : les raisons circonstancielles de la fin de sa carrière et de sa mort. Pas tuable, qui a joué malade, avec la réalité de cette époque, les retards de train, blessé. Il lui est tout arrivé ou presque, résume Mikaël Lalancette.
Son style de jeu s’ajoute également à la légende. Il défendait les filets de façon hyper élégante dans la plus noble des traditions qu’il soit, c’est-à-dire debout, jamais à genou, jamais couché. Il n'avait pas le droit, mais il y en a qui feignaient des chutes. Lui, il n’a jamais fait ça, expose Mikaël Lalancette.
Le tempérament discret et effacé était propre au sportif. D’ailleurs, ces caractéristique lui valurent le surnom du Concombre de Chicoutimi, une traduction de l’expression anglaise Cool as a cucumber, rappelant une personne calme et détendue.
Georges Vézina a fait partie des premiers joueurs intronisés au Temple de la renommée du hockey, près de 20 ans après son décès, en 1945.
Un trophée de 99 ans
Outre l’aréna qui porte son nom dans l’arrondissement de Chicoutimi, les marques de Georges Vézina se font rares dans l’espace public québécois. Mikaël Lalancette s’interroge quant à la place qui revient à Georges Vézina au Saguenay–Lac-Saint-Jean soulignant le potentiel touristique associé à la première vedette québécoise des Canadiens de Montréal.

Le centre George-Vézina (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Vincent Côté
Le journaliste est d’avis que c’est le trophée Vézina qui l’a vraiment gardé en vie, l’un des deux seuls trophées de la LNH associé à un joueur québécois, l’autre étant Maurice Richard.
S’il n’y avait pas eu le trophée Vézina, je me demande ce que serait devenu Georges Vézina 100 ans après sa mort? Est-ce qu’on s’en souviendrait de cette façon-là. Est-ce que ça m’aurait poussé à faire un livre en 2021 racontant sa vie, sa carrière, questionne-t-il.
Le trophée Vézina est remis, chaque année depuis 1927, au meilleur gardien de but de la LNH en saison régulière. Quelques joueurs québécois ont mis la main sur le trophée. C’est notamment le cas de Patrick Roy, José Théodore, Marc-André Fleury et Martin Brodeur.
Le trophée revêt une grande importance pour ce dernier qui l’a remporté à quatre reprises en six saisons. Il fait remarquer que la distinction est voté par les directeurs généraux, du monde de hockey .
On dirait que ça t’établit dans la Ligue nationale. Ça faisait longtemps que je jouais dans la Ligue nationale, mais j’étais toujours deuxième derrière Dominik Hašek. Il a eu tellement de bonnes saisons et j’avais de bonnes saisons. J’étais jamais capable de gagner le trophée, se rappelle-t-il. Quand j’ai été capable d’en gagner un, on dirait que ça ouvert la possibilité d’en gagner plusieurs.
En étant Québécois, sachant qu’il est donné au meilleur gardien de but, c’est quelque chose de spécial, reconnaît celui qui a porté l'uniforme des Devils du New Jersey pendant 21 saisons.
Marty rappelle en riant, qu'à l’époque, il avait deux chiens nommés Stanley et Vez en l’honneur de Vézina.
C’est une bonne affaire que le gouvernement ait décidé de s’impliquer. Mon nom est attaché à son nom à travers les trophées. C’est super le fun.
Une erreur historique à corriger
Mikaël Lalancette qualifie d’erreur historique le fait que l’organisation du CH n’ait jamais honoré Georges Vézina. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il y a encore des enfants de Georges Vézina qui vivraient d’un grand honneur, indique celui qui s’est demandé au moment de lancer le livre portant sur le gardien de but si la démarche allait forcer le Canadien à bouger.
Un avis partagé par le journaliste Réjean Tremblay, qui est d'avis que les Canadiens de Montréal ont raté leur chance, au cours des dernières décennies.
Les joueurs de hockey de l’époque, c'étaient de grandes vedettes, mais ils étaient traités comme des ouvriers non syndiqués. Par son statut, il a réussi à obtenir le respect et une paye décente.
Georges Vézina aurait dû être honoré en même temps que le chandail de Jacques Plante a été retiré en 1995, soutient Réjean Tremblay. Jusque dans les années 70, le numéro 1, c’était le numéro réservé aux gardiens de but. Plante et Vézina ont été les plus grands porteurs de ce numéro-là avec le Canadien, plaide Réjean Tremblay.
Je réalise que le Canadien n’a pas fait grand-chose. Je pense que le dernier geste qu’ils ont fait pour Georges Vézina, c’est en 1926 quand ils ont offert le trophée à la Ligue nationale.
Réjean Tremblay espère que le CH prendra la balle au bond, au moins en soulignant la démarche du gouvernement du Québec.


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