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Des magasins détenus par des Mi’kmaq ont une fois de plus été visés par des descentes, la semaine dernière à Moncton. Le copropriétaire accuse les autorités d’acharnement et de violer ses droits issus des traités.
Le calme règne ces jours-ci au L’Nuk Lounge, sur la rue Germain. Le 2 avril dernier, des agents du ministère de la Sécurité publique ont mené une opération dans ce commerce spécialisé dans la vente de cigarettes et de produits du cannabis non réglementés.
Selon le copropriétaire des lieux, Cody Caplin, les agents ont notamment saisi des produits et de l’argent comptant. Ils ont par la suite barricadé le bâtiment avec des panneaux de contreplaqué.

Sur des avis vissés sur les panneaux, on peut lire que la propriété a été temporairement saisie et que les propriétaires auraient enfreint les lois encadrant la vente de cannabis et de tabac.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
L’autre point de vente de l’entreprise, situé sur la rue Main, a lui aussi été visé le 2 avril. Radio-Canada a demandé plus de détails au ministère, mais sa porte-parole se fait avare de commentaires en invoquant le fait que l’enquête se poursuive.
Cody Caplin affirme que c’est la quatorzième fois en trois ans que ses commerces sont visés par des opérations. Il en a vraiment ras-le-bol.

Cody Caplin est membre de la Première Nation d’Eel River Bar, dans le nord du Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Ils essaient de nous tuer financièrement et spirituellement. C’est un génocide économique et du racisme. C’est un système colonial, a-t-il dit mercredi après-midi lors d’une manifestation organisée par L’Nuk devant les locaux du ministère de la Sécurité publique.
Cet entrepreneur mi’kmaq argumente que les droits issus des traités lui permettent de vendre du cannabis et du tabac sur l’ensemble du territoire.
Ce n’est pas illégal. Nous sommes des Mi’kmaq, nous sommes souverains, nous avons notre propre nation. Ils [les agents provinciaux] n’ont pas du tout de juridiction sur nous parce que nous sommes sur un territoire mi’kmaq non cédé. Ils essaient juste de nous forcer la main pour avoir le monopole sur le cannabis et le tabac parce qu’ils perdent trop d’argent, affirme-t-il.
Cody Caplin indique qu’il doit comparaître en Cour provinciale en mai à Moncton en lien avec des accusations liées à la vente de tabac et de cannabis. Il affirme qu’il va lutter en cour pour faire reconnaitre ses droits.
On va se battre. On va se battre jusqu’au dernier souffle, sur tous les fronts, dit-il.
Nous livrons tous la même bataille
Lors de la manifestation organisée mercredi après-midi, d’autres entrepreneurs autochtones s’étaient déplacés pour l’appuyer.
C’est le cas de Mimi Jadis, une Mi’kmaq originaire du Nouveau-Brunswick qui est copropriétaire d'un magasin de cannabis à l’Île-du-Prince-Édouard.

Mimi et Adam Jadis ont tenu à montrer leur soutien lors de la manifestation de mercredi.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Je pense que c’est important, parce que nous livrons tous la même bataille à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse ou au Nouveau-Brunswick. Nous traversons les mêmes choses, nous sommes tous visés par des descentes. C’est pourquoi nous sommes ici. Il faut se rassembler.
Elle est dans le même bateau que Cody Caplin. Son commerce, le Mniku Trading Post, a été visé par des descentes policières il y a quelques mois à peine.
D’après un communiqué de la GRC, plusieurs kilogrammes de cannabis ont été saisis en septembre 2025 dans les locaux de l’entreprise. Mimi Jadis et son conjoint ont été accusés de huit infractions chacun.
La province doit négocier, selon un ancien chef national
L'ex-chef national Del Riley – un leader autochtone de l'Ontario qui épaule ces commerçants dans leur lutte – a lui aussi manifesté devant les locaux du ministère de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick.

Del Riley dénonce ce qu’il qualifie de racisme de la part des autorités. Selon lui, les droits issus des traités permettent aux autochtones des Maritimes de vendre du cannabis.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Le peuple mi’kmaq a le titre absolu sur les terres ici. Ils n’ont jamais rien cédé. En fait, parce qu’ils sont des autochtones issus des traités, ils ont aussi le droit d’écrire les lois. Ça va causer des maux de tête à la province. Mais à un moment donné, ils devront s’assoir pour parler de ceci. Ils ont peur en ce moment, a-t-il dit en entrevue lors de la manifestation.
Une position qui ne fait pas l'unanimité. En 2024, une juge de la Nouvelle-Écosse a rejeté les arguments de quatre Autochtones qui avançaient que les droits issus des traités leur permettent de vendre du cannabis près d’Halifax. La juge a tranché qu’il manque de preuves appuyant cet argument.
Au cours des derniers jours, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, a tenu des propos semblables. La situation est tendue dans cette province en raison de perquisitions dans des commerces dans des communautés autochtones.


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