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Jusqu'à récemment, la vaccination contre la rougeole semblait si efficace que le développement de traitements contre la maladie n'avait aucun intérêt, médicalement comme financièrement. Une flambée des cas de rougeole outre-Atlantique vient toutefois bousculer cette certitude: alors que les taux de vaccination déclinent, des entreprises biotechnologiques et des instituts universitaires se penchent sur des traitements spécifiques destinés aux malades et aux personnes vulnérables.
Les épidémies actuelles en Caroline du Sud et dans l'Utah ont fait bondir les chiffres: en juillet, le nombre de cas de rougeole avait dépassé les 2.289 recensés l'année dernière. À titre de comparaison, ce chiffre tombait à 285 en 2024, rapporte Wired. Les États-Unis sont actuellement confrontés au plus haut retour en force du virus depuis 1991.
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Extrêmement contagieuse, la rougeole requiert une couverture vaccinale de 95% pour être contenue. Cette couverture permet de protéger les personnes immunodéprimées et les nourrissons de moins de 12 mois, trop jeunes pour recevoir le vaccin.
Les enfants en bas âge sont les plus exposés aux complications graves liées à la maladie: pneumonie, infections bactériennes, surdité voire même lésions cérébrales potentiellement mortelles. «Ce que nous constatons actuellement, alors que nous assistons à une résurgence de la rougeole au sein des communautés, c'est un manque criant d'options lorsque quelqu'un est exposé au virus», explique Michael Mina, épidémiologiste et directeur médical d'Invivyd, une société de biotechnologie basée dans le Connecticut.
Thérapie monoclonale
La jeune pousse développe un traitement anticorps monoclonal qui imite les anticorps naturels produits par le système immunitaire pour lutter contre la maladie. Administrés par voie intraveineuse ou par injection, les anticorps monoclonaux ont déjà été utilisés pour traiter et prévenir le Covid-19, en particulier chez les personnes immunodéprimées.
Le traitement développé par Invivyd n'a pas encore été testé sur l'homme. L'entreprise rassemble actuellement les données nécessaires pour que la Food and Drug Administration (FDA), le gendarme américain des médicaments, donne son feu vert. Le processus reste cher et complexe: les essais cliniques coûtent des millions d'euros et nécessitent l'appui de partenaires pharmaceutiques. Ceux-ci sont souvent réticents à investir dans des produits considérés comme peu rentables en raison de la nature sporadique des épidémies.
Certains voient dans cette hausse des cas américains l'occasion d'avancer d'un point de vue médical. «Je pense qu'il s'agit là d'une véritable opportunité de résoudre un problème de santé publique, souligne Erica Ollmann Saphire, directrice générale de l'institut d'immunologie de La Jolla, à San Diego, en Californie. Un outil permettant de prévenir ou de traiter une maladie reste moins coûteux que la gestion d'une épidémie ou d'un cas d'encéphalite mortelle chez un enfant.» Plusieurs modèles épidémiologiques prévoient d'ailleurs que la rougeole pourrait devenir endémique aux États-Unis au cours des vingt-cinq prochaines années, même avec les taux de vaccination actuels.
Une autre piste est actuellement explorée par la science pour combattre la rougeole, celle des antiviraux. Ceux-ci comportent toutefois certains désavantages: d'une durée d'action limitée, ils doivent être administrés très rapidement après l'apparition des premiers symptômes. Des chercheurs de l'université d'État de Géorgie ont identifié un médicament antiviral oral et l'ont testé sur des rats, des furets et des chiens infectés par des virus apparentés. Les résultats semblent prometteurs. La prochaine étape sera de vérifier cette efficacité chez l'humain.
Une question reste cependant sur toutes les lèvres: les Américains accepteront-ils de prendre ces nouveaux traitements à l'heure où le mouvement antivax prend de l'ampleur et que, dans l'Utah, certains parents ont refusé que les médecins administrent de l'immunoglobuline à leurs enfants pourtant très malades? De surcroît, la mouvance anti-science gagne du terrain depuis que Robert Francis Kennedy Jr. dirige le ministère de la Santé et des Services sociaux, semant le doute sur les vaccins ou les traitements contre la dépression. Affaire à suivre.




























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