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De coiffeuse à archéologue amateure, il n'y a qu'un pas. Un pas au musée Walters Art de Baltimore, en l'occurrence. C'est là que Janet Stephens, coiffeuse de formation, remarque quelque chose de bizarre dans les coiffes des bustes romains. Ces cheveux de marbre qui ornent les sculptures sont parfaitement et minutieusement coiffés, mais aucune épingle ne vient les maintenir en place. Il ne s'agit pas non plus de faux cheveux. Si les perruques et extensions existaient dans l'Antiquité, en particulier au sein des hautes sociétés égyptienne et romaine, ces coupes de cheveux renfermaient un autre mystère.
Cette (presque) archéologue autodidacte ne vient pas de nulle part. Quand elle n'est pas dans son salon de coiffure, Janet Stephens tourne des vidéos où elle reproduit les coiffures du passé avec des outils d'époque. À son retour du musée Walters Art, elle s'est plongée dans les textes latins, armée de l'outil Google Traduction. L'évidence la frappe après des années de recherche et de tentatives de coiffes. Le mot «acus» semble désigner plusieurs objets: une épingle à cheveux à une seule branche, un fer à friser ou une aiguille et du fil. Longtemps, les experts l'ont traduit uniquement par le mot épingle. Janet Stephens se demande s'il pourrait en fait s'agir d'une aiguille et d'un fil.
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Elle met sa théorie en pratique en utilisant une aiguille et un fil afin de, littéralement, coudre des coupes de cheveux romaines. Bingo. «L’utilisation d’une aiguille et de fil pour recréer les coiffures féminines permet de comprendre comment celles-ci étaient réalisées avec le matériel facilement accessible de l’époque, écrit-elle dans le papier final de son étude publiée dans le Journal d'Archéologie romaine, que Popular Mechanics relaie. Les coiffures souvent complexes représentées sur les bustes peuvent être reconstituées de manière simple, économique et précise sur de vrais cheveux, sans avoir recours à des prothèses capillaires onéreuses.»
Les Romaines pouvaient dormir avec ces coiffes
«Complexes» est un euphémisme. Dans la Rome antique, la mode était aux coiffures spectaculaires: de multiples tresses enroulées autour de la tête, entrecroisées en panier ou façon vannerie, couronnaient les femmes les plus aisées. Des coupes qui ne pouvaient pas tenir à la seule aide d'épingles à tige unique, pourtant très répandues à l'époque. À la fin du Iᵉʳ siècle, ces lourdes piques auraient irrémédiablement glissé à travers ces superpositions.
Mais avec sa petite aiguille qu'elle fait passer à travers les tresses pour les coudres entre elles, Janet Stephens constate une meilleure tenue. Même une laque moderne ne rivalise pas. Elle n'utilise pourtant aucun autre produit que de l'eau, bien que les riches Romaines employaient aussi des pommades. Ces coiffures complexes étaient faites pour tenir, et même peut-être au point de dormir avec.
La plupart de ces coiffures étaient irréalisables pour une femme seule. Mais malgré la virtuosité exigée, le métier de coiffeur n'était pas bien considéré dans la Rome antique. L'aristocratie choisissait souvent ses coiffeuses parmi les servantes ou les esclaves. Avec leurs chevelures, les riches Romaines montraient au monde leur richesse et leur pouvoir. Une manière de clamer qu'elles avaient les moyens d'être coiffées par plusieurs paires de mains. Les femmes plus modestes pouvaient arborer des coiffures sophistiquées à condition de s'entraider.
Pour Janet Stephens, c'est peut-être la boucle formée par ce fil qui a fini par inspirer l'invention des épingles en U, plus pratiques et faciles à retirer en fin de soirée. Un incontournable que les salons de coiffure d'aujourd'hui continuent d'acheter en nombre pour faire tenir les chignons.




























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