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"Votre inaction nous tue !", accuse la pancarte brandie par une activiste de Greenpeace, ce mercredi matin, devant le Congrès des députés à Madrid. L'Espagne est en proie à une série de feux de forêt sans précédent depuis plusieurs semaines, largement due à l'emballement du climat. Dans ce contexte, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a proposé un "pacte d'État face à l'urgence climatique".
Mais la polarisation croissante de la vie politique espagnole rend tout accord quasiment impossible avec la droite. La concorde des premiers jours face au drame vécu par le pays n'a pas duré. Le Parti populaire (PP, conservateur), première force d'opposition, ergote et justifie son refus par un discours aux accents climato-négationnistes.
"C'est probablement l'accord dont l'Espagne a le plus besoin aujourd'hui", a martelé le Premier ministre, mardi. Dans un pacte d'État, les forces politiques principales se mettent traditionnellement d'accord sur un objectif commun d'intérêt supérieur.
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Une ébauche de ce pacte est déjà sur la table. Un bon texte, selon Greenpeace : "Il reprend une bonne partie de nos demandes, sur la lutte contre l'abandon rural (qui facilite les incendies, NdlR), la protection de la nature. Il y a aussi une partie dédiée à la santé publique. Mais le grand absent reste la réduction des émissions de CO2", estime Eva Saldana, directrice de l'ONG en Espagne. "Ce pacte d'État n'est pas celui de Sánchez. C'est la société civile qui fait pression depuis des années pour l'obtenir", insiste-t-elle.
L'Espagne est aux prises avec le feu de forêt le plus étendu dont elle se souvienne dans la province d'Ávila. D'autres provinces sont également touchées par trois mégafeux. Plus de 173 000 hectares ont déjà été rongés par les flammes depuis le début de l'année, avec un bilan de 15 morts. Une quatrième vague de chaleur a en outre démarré ce mercredi.
Des catastrophes qui ne font que s'enchaîner : plus de 350 000 hectares avaient déjà brûlé en 2025 ; des inondations ont frappé le pays cet hiver ; un épisode de "goutte froide" avait fait près de 230 morts en 2024 à Valence…
Un constat sans appel que les scientifiques relient aux dérèglements climatiques. Pour Eva Saldana, la non-reconnaissance de cette réalité et de sa dimension par une partie du monde politique est les principaux facteurs qui bloquent l'action.
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"'Le changement climatique tue' est un mantra de la gauche pour ne pas assumer ses responsabilités et la mauvaise gestion du gouvernement", a ainsi lancé Ester Munoz, la porte-parole du Parti populaire au Congrès des députés, dans une interview accordée à EsRadio ce lundi. Sa formation multiplie les critiques contre la proposition du Premier ministre, jugée "idéologique" et "sectaire".
Une attitude en ligne avec l'attitude du président du parti, Alberto Núñez Feijóo, qui rejette presque systématiquement toutes les initiatives du gouvernement. Son allié, le parti d'extrême droite nationaliste Vox, adopte une attitude encore plus radicale et rejette totalement le pacte.
En 2025, Pedro Sanchez avait déjà brandi une initiative similaire durant les incendies. Alberto Nunez Feijoo avait suivi le mouvement, proposant son propre "plan intégral contre les incendies". Ce dernier repose cependant sur l'idée que les pyromanes sont la principale cause des incendies, et le changement climatique un facteur très secondaire. À rebours des constats des spécialistes.
Dans la roue de l'extrême droite
"Le PP prétend traiter les incendies comme s'il s'agissait d'un phénomène isolé. Mais il faut un regard plus large, à long terme, qui cherche la transformation de notre modèle de planification et de gestion territoriale, de notre modèle énergétique, alimentaire et productif en général", commente Eva Saldana, qui estime que regarder un incendie ou une inondation au coup par coup ne permet pas une adaptation efficace.
"Que le climat change est une constante au fil de l'histoire de l'humanité, [l'important, c'est] comment les humains agissent face aux choses qui changent", a surenchéri Ester Munoz, lundi, semblant nier le rôle central des activités humaines dans le dérèglement du climat actuel.
"Le discours du Parti populaire est en grande partie conditionné par celui de Vox", observe Jaime Ferri Dura, professeur émérite de sciences politiques à l'université Complutense de Madrid. Une accointance stratégique qui n'est pas près de se dissiper : le PP envisage de gouverner avec l'extrême droite à l'issue des élections générales de 2027.
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