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- « Une course contre la montre » : après les incendies, cinq millions de tonnes de bois ...
Les incendies qui ont ravagé la Gironde et les Landes laissent derrière eux des millions de tonnes de bois brûlé ou abattu en urgence. Pour éviter qu’il ne perde toute valeur ou ne favorise la prolifération de ravageurs, la filière forêt-bois doit désormais rapidement organiser son évacuation et lui trouver des débouchés.
Martin Rigaud-Pezzoni - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Le brasier à peine refroidi, une autre bataille s’engage déjà dans les forêts meurtries de Gironde et des Landes. Celle d’évacuer, de stocker et de valoriser au plus vite des volumes colossaux de bois coupés, endommagés ou partiellement calcinés, avant qu’ils ne se dégradent trop. « C’est une véritable course contre la montre », reconnaît Benoît Fraud, directeur général d’Alliance Forêts Bois. « Notre priorité est de les évacuer rapidement vers des plateformes de stockage dédiées, de préserver au maximum leur valeur et, à terme, de rémunérer les propriétaires forestiers. » Ce chantier s’annonce colossal pour la filière forêt-bois de Nouvelle-Aquitaine. Fixé depuis samedi, le mégafeu le plus dévastateur en France depuis plus de 50 ans, qui s’est déclaré le 22 juillet, a ravagé près de 42 000 hectares, presque exclusivement des surfaces boisées. Un sinistre qui frappe de plein fouet un secteur stratégique pour l‘économie régionale, fort de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de quelque 60 000 emplois.
Avec près de 170 km de « coupes tactiques » - ces pare-feu ouverts dans l’urgence pour ralentir la progression des flammes - ce sont au moins 40 000 tonnes de bois qui ont été abattus à la hâte et qui devront être ramassés en priorité. Ce chiffre pourrait encore augmenter dans les prochains jours, avec les opérations de sécurisation qui seront menées pour faire tomber les arbres menaçant de s’effondrer à proximité des routes ou des habitations. Un arrêté ministériel a été publié mercredi au Journal officiel afin de reconnaître le caractère inédit de ce brasier et ainsi alléger les formalités pour ces opérations d’abattage.
En y ajoutant les arbres directement calcinés par l’incendie, ce sont près de cinq millions de tonnes de bois qui devront être gérées dans les prochains mois. Un volume considérable, équivalent à « un peu moins d’une année de consommation » de l’industrie du bois sur le massif des Landes de Gascogne, indique François Guiraud, président du Comité interprofessionnel du pin maritime (CIPM). Des volumes titanesques dont il faudra absorber le stock. « La filière risque d’en avoir pour au moins deux ans d’exploitation », souligne Éric Plantier, membre du bureau de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine (Fibna) et président de la société FP Bois. Son entreprise, qui utilise exclusivement du pin maritime sain pour fabriquer des produits d’aménagement intérieur, ne pourra toutefois valoriser le bois récupéré que pendant une période limitée. « Nous n’aurons que trois à quatre mois pour l’utiliser avant que sa qualité ne se dégrade », explique-t-il.
Les bois brûlés seront évacués dès que possible des parcelles sinistrées afin d’éviter leur dégradation et les épidémies. Ici, des grumes brûlées issues des terribles incendies de La Teste-de-Buch (Gironde) en 2022. Photo d'illustration Sipa/Sabrina Dolidze
Une urgence sanitaire
C’est donc toute une chaîne qui s’organise en urgence pour utiliser ce bois coupé ou brûlé. Selon leur état sanitaire et leur qualité, les grumes seront triées puis orientées vers les débouchés les plus adaptés. Ainsi, les troncs épais et pas trop abîmés - le bois d’œuvre - seront dirigés vers des scieries afin d’en faire des matériaux de construction, des charpentes ou du mobilier. D’autres alimenteront la fabrication de palettes, de panneaux, ou fourniront l’industrie papetière… Les bois brûlés les plus dégradés pourront encore trouver une seconde vie sous forme de bois-énergie, en alimentant des chaufferies ou des centrales biomasse. Le ramassage du bois brûlé ne pourra débuter « qu’à partir de cet automne », précise Alliance Forêts Bois.
Cette mobilisation répond aussi à une urgence sanitaire. Plus les arbres sinistrés restent en forêt, plus ils deviennent un terrain favorable aux ravageurs qui peuvent ensuite se propager aux arbres sains. C’est le cas du scolyte sténographe, un insecte qui creuse et pond sous l’écorce des pins affaiblis et accélère leur dépérissement, ou encore du nématode du pin, un ver ravageur détecté fin 2025 dans le département des Landes et dont la propagation est favorisée par le bois brûlé. « Il faut évacuer les stocks de bois pour ne pas donner à manger ni au scolyte, ni au feu », insiste la préfète de Gironde, Sophie Brocas. Une course contre la montre qui s’avère d’autant plus délicate que « de nombreuses entreprises et usines sont à l’arrêt en plein mois d’août », déplore Éric Plantier.
« Plusieurs années pour les récolter et les valoriser »
Benoît Fraud, directeur général d’Alliance Forêts Bois, répond à nos questions.
Combien de temps avez-vous pour récupérer et valoriser les arbres - coupés ou brûlés - avant qu’ils ne perdent leur valeur ?
« Il n’existe pas de délai unique : la vitesse de dégradation dépend de nombreux facteurs, notamment de l’état du bois après l’incendie, des conditions climatiques et de son exposition. La chaleur, l’humidité ou les attaques d’insectes peuvent altérer progressivement ses qualités et réduire ses possibilités de valorisation. Quand viendra le temps de la récolte, c’est-à-dire dès que les sols auront suffisamment refroidi, nous ferons comme nous l’avons fait après les incendies de 2022 ou les tempêtes : nous interviendrons avec rapidité et efficacité. Afin de préserver au maximum la valeur des bois, nous envisageons la réouverture des aires de stockage sous arrosage, comme après la tempête Klaus de 2009, pour les conserver et permettre à la filière de les consommer progressivement. »
La filière sera-t-elle capable d’absorber cet afflux massif ?
« Les volumes concernés sont exceptionnels. Il faudra plusieurs années pour les récolter et les valoriser dans leur intégralité, sur un marché qui sera saturé. Tant que la demande locale, régionale et extra-régionale sera en capacité d’absorber les volumes, elle sera priorisée. »
« Un réajustement des prix pourra être nécessaire »
Quel sera l’impact économique ?
« Un réajustement des prix pourra être nécessaire, en lien avec la qualité des bois, qui varie selon l’intensité des dégâts. Il est toutefois trop tôt pour en mesurer précisément l’ampleur. »
Les incendies de La Teste-de-Buch en 2022 ont-ils changé votre façon de gérer l’après-incendie ?
« Dès cette période, Alliance Forêts Bois a lancé avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) le projet “Bocage forestier”. Son principe : implanter des haies diversifiées de feuillus (chêne-liège, chêne vert, poirier sauvage, etc.) en bordure de parcelle de pins maritimes. Plus de 43 kilomètres de lisières diversifiées ont déjà été implantés. Cependant, le pin maritime restera l’essence principale du massif des Landes de Gascogne parce qu’il est naturellement adapté aux sols sableux, acides et pauvres du massif. Nous souhaitons, en tant que forestiers, être associés aux futures discussions sur la reconstitution des forêts et l’aménagement du territoire. »


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