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Entre murs et jardins de demeures bruxelloises

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Bruxelles, ville d'art mais surtout d'architecture. Depuis plus de vingt ans, les éditions Aparté mettent l'accent sur cet aspect du monde dans lequel nous vivons et dont on profite en levant les yeux. Le journaliste Paul Grosjean et la photographe Mireille Roobaerts savent y faire pour nous convaincre d'aimer cette ville ou du moins de la respecter comme capitale de grands architectes depuis la fin du XVIIIe siècle.

Car, depuis le château de Laeken objet d'un premier chapitre, suivi du parc royal et de ses "fabriques", jusqu'à ce qui fut l'appartement du baron Léon Lambert en passant par feu l'hôtel des ducs et comtes d'Ursel et l'hôtel Errera (défiguré par des restaurations outrancières), les auteurs ne manquent pas de repères pour couvrir 200 ans de créations privées ou détenues par l'État. Aux immeubles, il faut leur ajouter l'écrin qui les reçut et souvent les reçoive encore. Puis, ces demeures n'eurent pas été créées sans la volonté de certains hommes et de nombreuses familles nobles ou du monde économique. L'auteur donne de nombreux détails sur les plus fortes personnalités. Comme cela, l'approche est complète. Le lecteur y gagne en clarté.

Ajoutons ensuite que les photographies de Mireille Roobaerts sont splendides. Elles charpentent le volume avec un bonheur sans égal, en jouant des prises de vues originales et en choisissant des éléments parfois méconnus de certaines bâtisses. Mais les photographies très récentes ne sont pas les seules. Le volume est rempli de documents, gravures, peintures, photographies pour certains édifices et notamment ceux qui ont disparu.

Ce premier opus de Paul Grosjean, tient à la publication d'une série mensuelle sur les demeures bruxelloises, paraissant en 2025 et de nouveau en 2026, dans le supplément immobilier de La Libre Belgique. L'auteur y tient à la fois du poète qui rêve de sa ville idéale et de l'observateur parfois fataliste devant la bêtise humaine et le sens hyperdéveloppé du lucre. On rencontra ce vice dans le chef de certaines sociétés immobilières et d'autres "infondés" de pouvoirs patrimoniaux qui saccagèrent la cité et sa région, surtout durant la seconde moitié du XXe siècle. Le prix de la modernité fut énorme et cela commença sous Léopold II quand, à l'envers des autres grandes villes comme Paris, Londres, Amsterdam ou Berlin, on éventra le centre-ville pour laisser le train dévorer les entrailles du corps urbain.

Le monde joyeux et troublant de Clémence van Lunen

Demeures disparues

La ligne rédactionnelle voulue par Paul Grosjean se veut nette, incisive parfois, légère à d'autres moments, instructive, diverses dans ses approches. Chaque chapitre débute par le monument qu'il faut décrire. Mais l'auteur les regarde également comme des lieux de vie, comme s'il avait fréquenté ces espaces du vivant de leurs propriétaires. On le ressent pour les maisons d'Erasme et du Wavrien d'origine, Maurice Carême, sises toutes deux à Anderlecht. Il en est de même pour la maison Van Buuren, chef-d'œuvre total. Le clin d'œil à la perte immense du palais du Coudenberg est certes sympathique, mais était-elle utile ? Il en est de même avec l'hôtel d'Ursel, démoli dans les années cinquante du siècle passé et remplacé par une tour de bureaux. Il est un des pires symboles de la bruxellisation. "Ma volonté d'insérer des demeures disparues tient à ce qu'il fallait un peu casser le rythme, interpeller le lecteur sur ce que furent certains joyaux d'une cité incroyablement riche sur le plan architectural. L'appartement du baron Léon Lambert était lui aussi un symbole de ce que fut Bruxelles dans les années cinquante et soixante. Grâce à ce collectionneur, plus exceptionnel que d'autres, Bruxelles avait des airs de New York. Il avait fait de sa banque un lieu d'art, par l'immeuble et par ses collections. Son esprit y règne encore, différemment", nous disait Paul Grosjean. L'introduction a été rédigée par Francis Metzger (www.ma2.be), à qui on doit les formidables restaurations de l'Hôtel Corinthia Astoria, à Bruxelles et de la Royale Belge, à Boitsfort.

  • Livre d'art. Éditions Aparté. www.aparte-editions.be. Entre murs et jardins. 302 pp. 38 €, dans les bonnes librairies. www.mireilleroobaert.com, www.irisdelaforet.com, www.tresorsdebruxelles.be.

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