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Dans les vidéos de l'assaut publiées sur les sites d'information, on distingue un bâtiment à deux étages encerclé par les forces de police. "Rends-toi. Prends l'enfant avec toi et dépose les armes", ordonne la voix d'un policier dans la nuit. "Jamais", répond au loin l'un des hommes pris au piège, sur un ton de défi. Six membres présumés de l'État islamique et leurs familles y sont terrés.
L'opération qui s'est déroulée à Yalova, au nord-ouest du pays, dans la nuit de dimanche à lundi aura duré plus de sept heures. Trois policiers ont perdu la vie au cours de l'intervention et un gardien de la paix a été blessé. L'opération s'est soldée par la mort de six membres de l'organisation djihadiste, et l'évacuation de onze personnes – femmes et enfants – qui vivaient à la même adresse.
Plus de 500 arrestations
L'opération s'inscrit dans un contexte plus large de coups de filet contre des cellules de l'organisation djihadiste. En une semaine, le ministre de l'Intérieur a publié sur son compte X les détails de quatre vagues d'opérations qui ont conduit à l'arrestation de plus de 500 personnes. "L'organisation terroriste EI (État islamique) planifiait des attaques pendant les célébrations de Noël et du Nouvel An", avait précisé le ministre la semaine dernière pour expliquer l'ampleur des opérations. Plus de 300 000 membres de forces de l'ordre ont ainsi été déployés dans tout le pays pour encadrer les célébrations du Nouvel An. Une menace qui fait resurgir le spectre de l'organisation terroriste sur le territoire.
Turquie: trois policiers tués lors d'une opération contre le groupe État islamiqueLa Turquie a été la cible de l'État islamique à plusieurs reprises en 2015-2016. L'organisation avait organisé des attentats suicides dans des rassemblements politiques de gauche et pro-kurde faisant des centaines de victimes. La dernière attaque remonte au 28 janvier 2024, dans une église d'Istanbul qui avait fait une victime, mais l'un des attentats les plus marquants reste celui de la boîte de nuit "Reina" à Istanbul.
La fusillade dans la nuit du 31 décembre 2016 et du 1er janvier 2017 avait fait 39 victimes dans une discothèque d'Istanbul. L'organisation avait revendiqué l'action qualifiant la Turquie de "protectrice des chrétiens" et précisant que les attaques se poursuivront "tant que les opérations militaires de la Turquie [en Syrie NdlR] continuent". De l'avis des spécialistes, cette attaque avait marqué un tournant dans la stratégie de l'État islamique qui vise désormais, non plus des militants politiques de gauche, mais l'État turc lui-même.
"Depuis 2019, l'organisation a perdu sa domination en Syrie, elle n'est désormais plus en mesure de mener de grandes attaques à cause de l'effondrement de ses capacités logistiques. Ce sont plutôt des attaques de petite ampleur, menées par des individus isolés, qui sont d'actualité", analyse l'avocat Onur Güler, spécialiste de la radicalisation.
Les chefs d'accusation des procès contre les membres présumés de l'organisation constituent des archives inestimables pour comprendre les ressorts et les profils de ses adeptes. Liés à la branche de l'EI au Horasan (région située entre l'Afghanistan, l'Iran, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Pakistan), certains feraient des allers-retours au Pakistan pour se former au maniement des armes.
Turquie : libération d'un journaliste détenu pour "menace" envers ErdoganBien que l'allégeance à l'État islamique soit difficile à prouver, Onur Güler estime entre 10 000 et 50 000 sympathisants les cercles de l'organisation. Contrairement à une idée répandue en Turquie, la moitié d'entre eux ne seraient pas d'origine syrienne ou centre-asiatique, mais bien de nationalité turque.
Cache d'armes en Turquie
Le mot d'ordre aurait été donné de s'éloigner des centres urbains et d'investir les campagnes. L'organisation aurait également enterré des armes en Turquie, d'après les aveux d'un de ses anciens membres. En dépit de l'absence de hiérarchie claire, l'idéologie continue de se diffuser autour de petits groupes qui recrutent notamment via les réseaux sociaux. Le groupe de Yalova appartenait à une communauté réunie autour d'une publication religieuse, Revue de la Morale et de la Sunna.
Si la dimension spectaculaire des opérations des derniers jours ravive les craintes, Onur Güler l'assure, l'État lutte activement contre ces réseaux et les derniers coups de filet sont une preuve de son efficacité. Mais comme dans d'autres pays, les instances judiciaires et policières sont confrontées à une nébuleuse en recomposition permanente, et bien souvent insaisissable.
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