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En Inde, la quête de libération de l’âme par la crémation

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L'histoire se passe en 1518. Le poète Kabîr vient de mourir. Né à Bénarès, ville sainte de l'hindouisme, il vient d'une caste hindoue de tisserands qui s'est convertie à l'Islam. C'est l'un des poètes les plus populaires de son époque. Il promeut une expérience religieuse ouverte à tous, sans distinction de culte, de caste et de classe. Pour lui, le dieu hindou Râma et Allah ne font qu'un. Ses écrits irrévérencieux sur les clergés hindou et musulman, sur les rites, et son désir d'encourager un lien personnel avec le divin lui ont valu un véritable culte.

À sa mort, son corps est emmailloté dans un linceul blanc, puis emmené en procession à travers Bénarès pour les funérailles. Le cortège arrive à un carrefour. Un chemin conduit au cimetière, l'autre au crématorium. Ses fidèles se disputent. Les hindous veulent incinérer le corps conformément à leur tradition. Pas question, disent les musulmans qui exigent de l'enterrer. Une bagarre éclate et la dépouille de Kabîr tombe par terre. Lorsque ses partisans la ramassent, le corps a disparu du linceul. À la place, ils trouvent des pétales de rose.

Certains espèrent libérer leur âme de son enveloppe charnelle, qui se consume dans les flammes, et atteindre la libération, dite moksha, pour briser le cycle des réincarnations.

Ce récit met en lumière une différence fondamentale entre l'hindouisme et les religions du Livre en Inde. La crémation est un passage incontournable chez les hindous, ainsi que chez les sikhs et les bouddhistes, quoique dans une moindre mesure. Certains espèrent libérer leur âme de son enveloppe charnelle, qui se consume dans les flammes, et atteindre la libération, dite moksha, pour briser le cycle des réincarnations. Cette croyance n'est toutefois pas partagée par tous les courants de l'hindouisme.

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Des tarifs fixés par la loi

La crémation est si essentielle que le coût de la cérémonie peut être un sujet sensible en Inde. L'inflation des prix dans les crématoriums avait fait la Une de la presse durant la pandémie de Covid : de nombreux Indiens s'étaient émus de devoir débourser des centaines d'euros après avoir perdu plusieurs parents.

En 2024, la municipalité de New Delhi avait passé un décret pour faire respecter les tarifs fixés par la loi après de nombreuses plaintes. Puis, en mars dernier, Nigambodh Gath, le crématorium de la capitale, avait tenu à rassurer la population : les rumeurs de pénuries de gaz, liées à la fermeture du détroit d'Ormuz, se répandaient, menaçant de pousser à la hausse les frais d'incinération. "Nous n'avons aucun problème d'approvisionnement", avait rassuré le directeur de l'ONG en charge de l'établissement.

Les prix n'ont rien à voir avec ceux pratiqués par les sociétés de pompes funèbres en Belgique. Les familles ne déboursent que quelques milliers de roupies tout au plus à Nigambodh Gath, soit quelques dizaines d'euros, selon le format qu'elles choisissent. Le "bûcher VIP" avec ses 500 kg de bois coûte 3 500 roupies (environ 30 euros), tandis qu'un bûcher dit "normal" est facturé 2 800 roupies.

Entre terre et cendres : comment choisir ?

Certains hindous plus conservateurs préfèrent la tradition du bûcher funéraire. À leur mort, leur âme montera plus facilement au ciel que par la cheminée d'un four au gaz, pensent-ils. Cette dernière pratique s'est popularisée ces dernières années à New Delhi. Moins coûteuse et plus écologique.

Une grande variété de croyances et de rites

La tradition de la crémation chez les hindous remonte aux Védas, les quatre grands corpus en langue sanskrite écrits entre le Ier et le IIe millénaire avant notre ère. Le plus ancien d'entre eux, le Rig Veda, contient des passages adressés au dieu du feu, Agni, et évoque la séparation de l'âme et du corps pendant la crémation. D'autres textes de l'hindouisme complètent les connaissances et les rites autour de cette pratique comme les Upanishads et la Bhagavad-Gitâ composée autour du IIe et du IIIe siècle avant J.-C.

People look at the funeral pyre that night. The ceremony of the cremation of Manikarnika Ghat on the banks of the Ganges river in Varanasi, India.Une crémation à Manikarnika Ghat, sur les rives du Gange, dans la ville de Varanasi (Bénarès), en Inde. ©Copyright (c) 2017 Melnikov Dmitriy/Shutterstock. No use without permission.

Reste que, contrairement au christianisme ou à l'islam centrés autour d'un texte sacré, l'hindouisme englobe une grande variété de croyances et de rites. Selon les castes, selon les communautés, les usages autour de la crémation divergent. Quelques traits reviennent. La crémation a tendance à se dérouler dans les 24 heures après la mort. Le défunt ou la défunte est enveloppé(e) dans un linge blanc, couvert(e) de pétales de fleurs, conservé(e) quelques heures à son domicile durant lesquelles ses proches se joignent aux prières guidées par un pandit, un prêtre hindou, avant le départ vers le crématorium.

Les cendres sont généralement dispersées dans le Gange qui traverse Bénarès, devenue depuis le XVIIIe siècle un important site de pèlerinage pour les hindous. Ceux qui le peuvent organisent leur crémation dans cette ville, en particulier à Manikarnika Ghat, sur la rive du fleuve, où des centaines de corps sont incinérés chaque jour.

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