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Le numérique camerounais avance. Depuis 2018, la contribution du secteur au PIB est passée de 25% à environ 30%, portée par la téléphonie mobile, les services en ligne et un écosystème de startups en pleine ébullition. Mais tirer vraiment profit de cette dynamique suppose de résoudre des problèmes structurels qui traînent depuis des années.
Ce que les chiffres disent réellement
Le taux de pénétration mobile a atteint 87,5% de la population en 2024, selon GSMA Intelligence et Datareportal. Sur la même période, le nombre d’utilisateurs d’internet est passé de 6,3 millions à 12,4 millions, soit une progression de près de 97% en à peine sept ans. C’est considérable.
Pourtant, l’accès reste inégal. Environ 20% de la population seulement utilise des services en ligne hors téléphonie classique, en raison du coût des appareils et des difficultés d’accès dans les zones rurales. Le réseau dorsal en fibre optique reliant Douala à Yaoundé et aux frontières du Tchad et de la Centrafrique s’étend sur environ 1 000 km, mais des pans entiers du territoire restent mal couverts.
Le boom des startups est réel. Entre 2018 et 2025, on note une accélération visible, portée par des compétitions comme le premier Prix Agritech Challenge 2026 où la solution numérique Lightrim a retenu l’attention pour la gestion et la surveillance du cheptel en temps réel. L’élevage bovin, par exemple, a enregistré une hausse de production estimée à 35%, en partie grâce à des outils numériques de suivi déployés dans le cadre du Projet d’accélération de la transformation numérique au Cameroun, le Patrnuc.
Et les services publics bougent aussi. En fin 2024, 38 services administratifs étaient disponibles en ligne, dont le paiement des droits de douanes, les marchés publics, la production des bulletins de paie. Les transactions via mobile money ont atteint 500 milliards de FCFA en 2024, selon les données du ministère des Postes et Télécommunications.
Les dangers qui ralentissent la machine
La cybersécurité reste le talon d’Achille. L’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication, l’ANTIC, a traité plus de 1 200 incidents depuis sa mise en service, et formé des milliers d’agents. Les cyberattaques ont crû de 156% entre 2020 et 2023. Un chiffre qui devrait alarmer davantage les décideurs.
La régulation progresse, prudemment. La loi n°2024/017 sur la protection des données personnelles a été adoptée en décembre 2024. Orange et MTN ont été sanctionnées pour manquements à la qualité de service. Un marché de gros pour les infrastructures passives a été réduit de 20 à 30% pour les coûts d’interconnexion. On ne sait pas encore si ces mesures suffiront à discipliner durablement le secteur.
Reste une question ouverte : le Cameroun saura-t-il transformer cette dynamique en croissance inclusive, ou le numérique restera-t-il un avantage concentré dans quelques grandes villes ?
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.


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