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Dossiers médicaux numériques : des soignants continuent d’avoir peur pour les patients

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La régie de santé de la Nouvelle-Écosse se prépare à aller de l’avant, samedi, avec le déploiement à travers plusieurs hôpitaux d’un nouveau système d’information clinique. Cela se fera en dépit du fait que des travailleurs se disent insuffisamment formés et préparés. Ils craignent que les patients en paient le prix.

Les responsables de la régie de santé rétorquent qu’une transition de cette importance ne peut se faire sans heurts, mais insistent pour dire qu’aucun patient n’a subi de préjudice.

Le système informatique One Person One Record (OPOR) a été lancé le 6 décembre dernier au Centre de la santé IWK, à Halifax. Le 9 mai, il sera étendu aux hôpitaux dits de la zone centrale — c’est-à-dire d’autres secteurs de la grande région d’Halifax, sur la côte est, et dans la région de West Hants.

Ultimement, le système centralisé doit être utilisé partout dans la province. Il donnera accès à tous les renseignements et dossiers médicaux au même endroit, plutôt que d’être partagé entre des dizaines de systèmes, comme c’est le cas actuellement.

Inacceptable, décrie un médecin

Par l’entremise d’une demande d’accès à l’information, CBC a obtenu la lettre rédigée par un médecin de l’Hôpital IWK et adressée à la ministre de la Santé de la Nouvelle-Écosse, Michelle Thompson, et à la cheffe intérimaire de la régie de santé, Karen Oldfield.

Ce médecin — dont le nom est caviardé dans le document obtenu — décrit dans sa lettre la mésaventure d’une femme enceinte qui avait besoin d’une césarienne d’urgence.

Trois employées de l'hôpital marchent en direction de l'entrée d'un bâtiment du centre IWK, identifié sur sa façade par un logo et par son adresse.

Le « Women's Building », un édifice du Centre des sciences de la santé IWK, le 2 mai 2022 à Halifax.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Les travailleurs devant utiliser OPOR ont été tellement mal préparés, dit-il, qu’ils n’arrivaient pas à comprendre comment utiliser le programme pour transférer une femme en travail vers la salle d’opération.

La patiente a finalement accouché par voie vaginale, ce qui était contre-indiqué, parce que personne n’arrivait à comprendre comment suivre les étapes complexes du système pour "réserver une césarienne d’urgence" et transférer la patiente vers la salle d’opération, a écrit le médecin.

Il énumère dans sa lettre d’autres ennuis rencontrés, comme des résultats de tests manquants pour le streptocoque du groupe B, des demandes d’échographies qui se sont perdues, et des interruptions inopinées du système.

C’est inacceptable, décrie-t-il.

Je ne peux tolérer plus longtemps qu’on me dise d’être "patient", lorsque c’est au détriment de la sécurité et du bien-être des patients, et de l’argent des contribuables.

Lorsque la question de la césarienne n’ayant pas été pratiquée a été abordée avec la Dre Krista Jangaard, cheffe de la direction de l’Hôpital IWK, celle-ci a répondu qu’elle ne pouvait commenter la situation, par respect pour la confidentialité de la patiente.

Ce que je peux vous dire — et ce qui a été clairement indiqué lors de la mise en service et tout au long des cinq derniers mois — c’est que les soins passent en premier. Ainsi, dans tous les cas où un patient a besoin de soins, ceux-ci sont prodigués, et l’on se préoccupera de la documentation ensuite, a déclaré la Dre Jangaard.

Pas au point, insistent des travailleurs

Plusieurs travailleurs de la santé de première ligne ont été questionnés par CBC sur leur expérience depuis le lancement de One Person One Record. CBC a accepté de préserver leur anonymat, car ces personnes ont exprimé des craintes de faire face à des représailles au travail.

Toutes les personnes interrogées ont dit être d’avis que le nouveau système avait le potentiel d’améliorer les choses. Ils soutiennent en revanche que le système OPOR et les personnes qui doivent l’utiliser ne sont pas prêts pour un déploiement à plus grande échelle à travers le système de santé.

Ils [la régie de santé] ont une échéance et ils veulent la respecter, a déclaré un employé. Nous sommes davantage préoccupés par la sécurité des patients.

Les modules de formation étaient inutiles, ils n’étaient d’aucune façon adaptés à mes tâches, a dit une autre personne.

Je suis jeune et techniquement compétent, et ça me fait peur.

En date de mercredi de cette semaine, la section de l’outil de travail qui doit permettre de prescrire de l’insuline n’avait pas encore été construite, a remarqué un travailleur de la santé.

Une infirmière en uniforme bleu poudre et un homme avec une veste violette sont de dos, face à un ordinateur à l'écran allumé rempli d'icônes.

Des travailleurs du Centre de la santé IWK, à Halifax, en Nouvelle-Écosse, s'entraînent avec le système One Person One Record avant son lancement à cet endroit, le 6 décembre 2025.

Photo : IWK Health / Ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse

Deux autres ont expliqué que certaines tâches courantes, comme l’envoi de demandes, pouvaient se faire de multiples façons, mais qu’une seule fonctionnait correctement.

Choisir l’autre méthode envoie l’information dans un abysse et l’expéditeur n’a aucun moyen de savoir si les renseignements ont été reçus ou non par le service auquel ils étaient destinés.

La province refuse de ralentir le rythme

Le syndicat NSGEU a réalisé en avril un sondage auprès de 260 de ses membres qui travaillent à l’Hôpital IWK.

Presque tous (224 répondants) ont dit avoir recensé des cas de documentation manquante ou erronée dans OPOR, et 58 ont dit avoir été témoins de préjudices directs aux patients. Le syndicat a partagé ces résultats avec l'hôpital et la régie de santé, et a plaidé pour retarder le déploiement d'OPOR prévu le 9 mai dans la zone centrale.

Tim Houston en chemise blanche et cravate verte à pois blancs, assis à une table brune, devant des drapeaux du Canada et de la Nouvelle-Écosse.

Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, en conférence de presse, jeudi à Halifax.

Photo : Radio-Canada

La cheffe de l’opposition officielle à Halifax, la néo-démocrate Claudia Chender, ainsi que le chef de la deuxième opposition, le libéral Iain Rankin, ont aussi demandé au gouvernement progressiste-conservateur de retarder le déploiement.

Le Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle-Écosse (NSNU), en revanche, n’a pas plaidé pour un report. Il s’est dit impressionné par les progrès à l’Hôpital IWK depuis la mise en fonction, et par la réactivité de l’employeur.

En conférence de presse avec d’autres membres de son Cabinet, jeudi à Halifax, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, a répété que son gouvernement n’allait pas retarder le déploiement du système prévu le 9 mai.

L’équipe a travaillé dur pour former et préparer les gens. Il y aura toujours un peu de nervosité, a-t-il déclaré.

Mon père disait : si tu n’es pas nerveux, c’est que tu n’es pas prêt. Donc, c’est correct d’être nerveux.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a signé un contrat de 365 millions de dollars sur 10 ans avec l’entreprise Oracle Health Canada (anciennement Cerner), une filiale du groupe américain Oracle, pour la conception et la maintenance de One Person One Record.

À un journaliste qui a demandé jeudi à Tim Houston s’il y avait une clause dans le contrat avec Oracle qui obligeait la province à passer à l’étape suivante le 9 mai, sans délai additionnel, le premier ministre a répondu : Je ne suis pas au courant de cela.

Nous ne mettrons jamais des patients en danger à cause d’une clause dans un contrat, jamais, s’est-il empressé d’ajouter.

Larry Ellison étend les bras. Il est sur une scène face au moniteur d'un ordinateur, avec un grand écran derrière.

Pour le système OPOR, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a signé un contrat de 365 millions de dollars sur 10 ans avec Oracle Health, autrefois Cerner, acheté par Oracle en 2022. Ci-dessus, le milliardaire Larry Ellison, cofondateur d'Oracle. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Robert Galbraith

Du soutien dans les hôpitaux de la zone centrale

Tanya Nixon, la vice-présidente responsable d’OPOR à la régie provinciale de santé, affirme que les formations ont été améliorées, en réponse à la rétroaction du personnel de l’Hôpital IWK. Elle indique que du personnel sera sur place dès le 9 mai pour aider les travailleurs sur le terrain.

Le système, ajoute-t-elle, n’a pas été conçu sur mesure pour la Nouvelle-Écosse. Il est donc normal qu’il évolue à mesure qu’il est ajusté aux réalités sur le terrain. Le personnel doit s’attendre à des ajustements après son lancement.

Une enseigne à l'extérieur dans le stationnement qui pointe vers le bâtiment et indique qu'il s'agit de l'entrée de l'urgence de l'hôpital pour enfants.

L'entrée des urgences à l'Hôpital pour enfants IWK à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 2 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Tanya Nixon encourage le personnel à ouvrir des billets de soutien informatique lorsqu’ils observent des bogues ou des problèmes dans les flux de travail.

La ministre de la Santé, Michelle Thompson, n’est pas disponible pour une entrevue cette semaine, car elle est en vacances.

S’il devait y avoir une situation où des soins urgents seraient nécessaires, ils seraient fournis, a assuré son ministère dans une déclaration écrite.

D’après le reportage de Carolyn Ray (CBC)

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