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Dans les profondeurs du lac Supérieur, un phénomène intrigue les scientifiques. Des truites siscowet, une forme de truite des grands fonds, ont été trouvées anormalement maigres, jusqu’à 40 ou 50 % plus petites que la normale. Une apparence si inhabituelle que les chercheurs les ont surnommées « poissons zombies ».
Ces observations proviennent d’équipes du Michigan qui surveillent l’état des populations de poissons.
Lors de la dernière campagne de pêche de l’année dernière, environ la moitié de nos prises était constituée de ces '' zombies ''. C’était en fait assez effrayant à voir, mais cela a également soulevé des inquiétudes quant à ce qui se passait en eaux profondes, explique Shawn Sitar, biologiste spécialisé dans la recherche halieutique.

De nouvelles recherches seront lancées dès juin, en collaboration avec l’Université d’État du Michigan, afin d’analyser la santé des poissons.
Photo : Great Lakes Fishery Commission/Andrew Muir
Ces truites, habituellement riches en gras pour s’adapter aux conditions extrêmes des profondeurs, présentent désormais des signes de dépérissement inquiétants.
Un écosystème fragile sous pression
Les truites concernées vivent à environ 55 mètres (plus de 180 pieds) de profondeur, où les conditions sont déjà difficiles, en raison notamment de l’obscurité quasi totale, de la forte pression et des ressources alimentaires limitées. Selon M. Sitar, c’est un écosystème très délicat et extrême.
Parmi les hypothèses avancées, le manque de nourriture figure en tête. Les chercheurs évoquent un déséquilibre dans la chaîne alimentaire.
Notre hypothèse la plus simple sur ce qui se passe est donc qu’il s’agit d’un phénomène écologique naturel, lié au fait qu’il n’y a tout simplement pas assez de nourriture, explique-t-il.

Les truites surnommées « poissons zombies » sont environ 40 à 50 % plus petites que la norme, et représentent près de la moitié des poissons pêchés dans certaines parties du lac Supérieur.
Photo : Radio-Canada / Céline Marti
D’autres pistes sont également étudiées comme les maladies, les contaminants ou encore les effets indirects des changements climatiques.
Nous avons remarqué que la température du lac Supérieur a augmenté […]. La couverture de glace a été variable par rapport aux niveaux historiques, ce qui pourrait avoir une incidence et expliquer ce phénomène.
Une découverte qui soulève des questions
Du côté canadien, c’est une découverte surprenante , pour le directeur exécutif de l’Association internationale de recherche sur les Grands Lacs, Jérôme Marty.
Cette découverte est d’autant plus étonnante parce que la truite du lac Supérieur avait montré des signes de rétablissement en novembre 2024 après avoir été décimée par des espèces invasives, comme la lamproie marine.
Pour M. Marty, l’inquiétude dépasse le simple cas de cette espèce.
Ce sont des espèces qui sont plutôt en haut de la chaîne trophique. Ce sont des espèces clés qui définissent la santé de la chaîne trophique pour l’écosystème, explique-t-il.

Jérôme Marty est le directeur général de l’Association internationale de recherche sur les Grands Lacs
Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche
Quand on a une espèce comme ça qui est touchée, il peut y avoir des conséquences sur l’ensemble de la chaîne.
Il souligne toutefois que, sur le plan économique, l’impact immédiat pourrait être limité. Mais à long terme, une perturbation de l’écosystème pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de l’industrie halieutique des Grands Lacs.
C’est quelque chose qui va falloir suivre parce qu’en général, quand il y a un problème pour une espèce, ce n’est jamais un problème qui vient tout seul et qui touche une seule espèce, dit-il.
De nouvelles recherches seront lancées dès juin, en collaboration avec l’Université d’État du Michigan, afin d’analyser la santé des poissons et de mieux comprendre les causes du phénomène.
La science n’a vraiment pas de frontières. Nous travaillons donc sans aucun doute ensemble pour essayer de mieux comprendre ce qui se passe dans la nature , conclut M. Sitar.


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