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La semaine dernière, on braquait les projecteurs sur la situation de tensions financières qui agitent l’univers de la retraite. Le monde de l’entrepreneuriat n’est également pas sans traverser lui aussi des moments difficiles que la conjoncture économique ne fait qu’amplifier.
Le Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) indiquait en mai que l’indice de confiance des PME a enregistré une forte baisse de 11,7 points pour s’établir à 46,3. Mais ce n’est qu’une donnée qui s’ajoute à une mouvance plus à long terme témoignant d’un certain désengagement, voire d’une perte d’incitatif.
Ainsi, l’indice de confiance à long terme des PME est passé sous le seuil des 50 points. Toutes les provinces et tous les secteurs ont contribué à ce fort recul. « Près des trois quarts (72 %) des PME citent le carburant comme principale contrainte de coûts, tandis que la demande insuffisante reste le plus grand obstacle à la croissance (53 %) », poursuit la FCEI.
Il faut évidemment voir dans ces chiffres une lecture ponctuelle et conjoncturelle reflétant une économie en proie à un réveil inflationniste et qui a fait les premiers pas dans une récession pour l’instant dite technique. Mais une autre donnée de la FCEI, publiée en avril, vient témoigner d’un mouvement de fond plus déstabilisateur. Elle nous a appris que le nombre de fermetures d’entreprises dépasse celui des ouvertures depuis six trimestres consécutifs. « Les PME traversent l’une des périodes les plus difficiles pour faire des affaires depuis des décennies. La hausse des coûts des intrants, le fardeau fiscal, les pénuries de main-d’œuvre, les exigences réglementaires et l’incertitude économique mondiale freinent l’activité entrepreneuriale partout au pays », affirme l’institution.
Ce n’est pas tout. Un propriétaire sur deux indique qu’il ne conseillerait pas de démarrer une entreprise aujourd’hui, citant notamment les risques financiers et émettant des doutes quant à la viabilité à long terme.
En fait, les taux d’entrée d’entreprises ont chuté de près de 50 % depuis le milieu des années 1980 et demeurent à des niveaux historiquement bas. La FCEI indique que depuis le début de 2024, les sorties d’entreprises sont désormais plus nombreuses que les nouvelles entrées. Que nous avons atteint des taux de fermeture parmi les plus élevés et de création d’entreprises parmi les plus faibles. Des niveaux jamais atteints à l’exception de la pandémie et marquant l’une des pires périodes en dehors de cette pandémie.
Des vents contraires
Il faut le dire, l’incitation à se lancer en affaires est confrontée à de puissants vents de face. Déjà que l’observation de la Banque de développement du Canada (BDC) voulant que le tiers des nouvelles entreprises ferment dans les cinq ans suivant leur fondation peut en dissuader plus d’un.
Il faut d’abord mettre le tout dans le contexte d’une conjoncture économique peu accommodante pour le lancement d’une entreprise, de par les pressions inflationnistes, le climat d’austérité au sud de la frontière et un marché du travail dit favorable aux demandeurs d’emploi, rendant plus facile l’obtention d’un emploi bien rémunéré et offrant la flexibilité du télétravail. Il en résulte une baisse de la demande et une hausse des loyers, du coût en capital et des salaires qui ne peuvent que créer un environnement d’affaires plus austère et compliquer la vie de nombre de PME.
À plus long terme, le vieillissement de la population, les perturbations technologiques et la hausse des coûts créent un environnement d’affaires plus complexe. S’y greffe une pénurie de main-d’œuvre structurelle appelée à soutenir la croissance des salaires et des avantages sociaux dans la prochaine décennie, faisant ainsi du travail rémunéré une option relativement attrayante, et ce, encore plus avec l’influence du coût de la vie élevé et de l’accessibilité à la propriété.
La population décroissante des travailleurs autonomes peut servir de baromètre, ces travailleurs étant perçus comme étant ceux qui pourraient contribuer le plus à l’entrepreneuriat. L’évolution de l’environnement économique n’a fait qu’accélérer une tendance lourde à la baisse du taux de ces travailleurs au cours des dernières décennies.
Il ne faut pas non plus négliger la démographie. Une étude publiée par la BDC au début de l’année souligne que près de 61 % des PME appartiennent à des personnes âgées de 50 ans ou plus et que près d’un cinquième de ces personnes prévoient de se retirer de l’entreprise au cours des cinq prochaines années. Pour sa part, la FCEI disait à la fin de 2022 que 76 % des propriétaires de PME prévoyaient passer le relais d’ici dix ans. Or, plus les propriétaires de petites entreprises se retirent, moins il y a de nouvelles entreprises pour les remplacer, dit-on.
Le repreneuriat brouille les cartes
Le phénomène du repreneuriat, qui favorise davantage le transfert que la création d’entreprises, n’est toutefois pas sans exercer une influence certaine sur cette image d’ensemble. Depuis les quelque cinq dernières années, la proportion d’entrepreneurs nouveaux et établis qui entrent en affaires par le repreneuriat augmente de manière constante. Dans une étude publiée en mai 2024, le Centre de transfert d’entreprise du Québec, maintenant appelé Repreneuriat Québec, soulignait à larges traits qu’en 2021, pour la première fois, le repreneuriat dépassait la création de nouvelles entreprises, « marquant un tournant historique pour l’économie québécoise ». Le Québec venait alors de comptabiliser une hausse notoire de 32,1 % des transferts d’entreprise par rapport à 2015.
Ce qui n’enlève toutefois en rien l’absence d’incitatif à partir de zéro.


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