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«Mes manageurs étaient adorables au début», se souvient Rebecca, 29 ans, originaire du Pays de Galles. Lorsqu'elle a rejoint OnlyFans, le réseau social connu pour ses contenus pour adultes, ses agents lui répètent qu'elle est «belle» et qu'ils n'ont «jamais vu une fille» comme elle auparavant. Mais derrière les compliments se cache une mécanique bien rodée.
Quelques semaines plus tard, leur comportement dérape: ils commencent à critiquer son apparence et vont jusqu'à lui interdire certaines sorties entre amis, comme le révèle le documentaire de la BBC intitulé «OnlyFans: Inside the Machine».
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Lorsque Rebecca décide de modifier les identifiants de son compte, craignant que l'agence de gestion qui y a accès ne la bloque, les menaces fusent. «Je vais te faire disparaître, toi et ta fille», peut-on lire dans un message consulté par la BBC. Quelques semaines plus tard, deux hommes masqués se présentent à son domicile. L'un d'eux l'aurait «jetée dans les escaliers» après l'avoir étranglée, raconte la jeune femme, photographies de contusions sur ses jambes et sa gorge à l'appui.
Son histoire s'inscrit dans une série de témoignages visant des gestionnaires de comptes OnlyFans. Alors qu'ils se targuent d'aider les créateurs de contenu à développer leur activité sur la plateforme, certains intermédiaires agissent dans l'ombre en véritables oppresseurs. Dans une enquête récemment publiée, la BBC a recueilli les témoignages d'une soixantaine de créateurs britanniques et a infiltré l'un des plus grands groupes Telegram destinés aux agents gestionnaires de comptes.
De nombreux cas similaires
Les conclusions sont sans appel: la plateforme britannique fondée en 2016 ne protège pas assez ses contributeurs contre les dérives de l'écosystème qui gravite autour d'OnlyFans. «Ce que Rebecca a vécu correspond à tous les signes reconnus d'exploitation: contrôle, coercition, pression financière et impossibilité de partir librement, explique Eleanor Lyons, commissaire britannique chargée de la lutte contre l'esclavage. C'est un sujet que le gouvernement doit examiner de plus près. Nous avons potentiellement affaire à une plateforme qui facilite l'exploitation et les abus.»
L'entreprise assure toutefois prendre la sécurité des utilisateurs «extrêmement au sérieux» et investir «massivement» dans les dispositifs de protection. Un porte-parole rappelle également que la plateforme respecte les obligations légales concernant la sécurité en ligne. «Chez OnlyFans, nous sommes en relation avec nos créateurs et nos fans. Nous n'avons aucun lien avec des tiers, y compris des agences de gestion, et ne les approuvons pas», précise-t-il.
Aujourd'hui, plus de 4,6 millions de créateurs à travers le monde publient des vidéos et photos sur OnlyFans pour des abonnés payants. La plateforme prélève au passage une commission de 20%.
Bénéfices XXL
L'activité est extrêmement lucrative. Selon le dernier rapport financier, le bénéfice annuel avant impôts de la société Fenix International Limited –qui exploite OnlyFans– s'élève à 684 millions de dollars (environ 589 millions d'euros). Un essor financier qui a permis le développement d'un véritable marché d'intermédiaires. Des milliers d'agents promettent aux créateurs davantage de visibilité, plus d'abonnés et des revenus en hausse, contre une rémunération allant jusqu'à la moitié des gains générés.
Sous couvert d'anonymat, une autre créatrice de contenu raconte avoir vécu une expérience similaire. Après avoir demandé à réduire le pourcentage versé à son agent, celui-ci lui aurait répondu qu'elle «aurait ce qu'elle méritait». Elle recevait alors chaque semaine des messages menaçants, jusqu'à ce qu'elle rompe la collaboration.
Leanne, 33 ans, a quant à elle signé un contrat donnant à son agent l'accès à son compte, ainsi que la possibilité d'en modifier l'adresse e-mail. Ce dernier percevait 50% de ses revenus avant impôts, une fois la commission d'OnlyFans déduite. Dès le départ, elle précise ne pas vouloir réaliser de vidéos explicites. Sous la pression du gestionnaire de compte, elle finit par céder, à condition que le contenu soit vendu pour au moins 250 dollars (215 euros). Elle rapporte s'être sentie «physiquement malade» après avoir tourné ce contenu et ne l'a même pas regardé. Leanne a ensuite découvert que sa vidéo avait été vendue pour moins de 40 dollars (34 euros). «Ça m'a juste donné envie de vomir et je me suis sentie tellement humiliée», rapporte-t-elle. Aujourd'hui, elle ne publie plus aucun contenu sur la plateforme.
Pour Eleanor Lyons, OnlyFans a l'obligation légale de protéger les utilisateurs. «Il est alarmant que des cas d'exploitation soient signalés mais ne semblent pas faire l'objet de mesures adéquates», s'inquiète-t-elle. Un constat partagé par Sophie Kemp, avocate au sein du cabinet Kingsley Napley. Selon elle, l'entreprise a un devoir de diligence envers les créateurs. Et les conséquences juridiques pourraient bien finir par la rattraper. «Il ne s'agit que d'une question de temps avant qu'OnlyFans ne soit confronté à des plaintes pour négligence de la part de créateurs ayant subi un préjudice», conclut-elle.





























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