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Un préposé aux bénéficiaires de Charlevoix devra retourner au Sénégal. Après huit ans en sol canadien, Émile Falène Diatta s’est vu refuser sa demande d’asile le 9 mai dernier.
Mercredi, la Cour fédérale a confirmé la décision de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada. Le père de famille doit donc s'envoler vers Dakar à 21 h jeudi soir.
Si j’étais seul, pas de famille, je dirais : "C’est normal, je suis seul. Tout va s’arranger. Je peux avoir une autre vie ailleurs.", souffle celui qui vit à Baie-Saint-Paul depuis 2023. Mais quand je laisse des gens qui me sont chers en arrière, surtout un petit môme, ça me fait mal au cœur.
Se trouvant sous statut implicite, qui lui empêchait de quitter le territoire avant que sa demande ne soit traitée, M. Diatta retournera pour la première fois dans son pays d'origine depuis son arrivée au Canada en octobre 2017.

« Ça me fait mal au cœur », confie Émile Falène Diatta.
Photo : Radio-Canada
J’aurais bien aimé rester, continuer mon travail comme préposé aux bénéficiaires, aider le monde comme je l’ai toujours fait, ajoute celui qui travaillait jusqu’à tout récemment à l'hôpital de Baie-Saint-Paul avec sa conjointe Saly.
Je ne peux rien contre les lois de ce pays parce que ce sont ces mêmes lois qui m’ont fait entrer ici.
Il se demande maintenant comment son fils de 2 ans, le petit Pierre-Alphonse, va réagir demain matin s’il se lève et que son père n’est pas là.
Comme Saly Diatta travaille à l’hôpital très tôt le matin, M. Diatta ignore également qui déposera leur fils à la garderie, une tâche qui lui incombait jusqu’ici, car sa conjointe n'a pas encore de permis de conduire.
Préjudice irréparable
Nous souhaitions démontrer le préjudice irréparable pour l’enfant, qui perd son père, pour Mme Diatta, qui perd son mari et n’aura plus de moyen de locomotion pour se rendre au travail, pour l’employeur, qui perd un employé dont l’apport lui est essentiel, ainsi que pour la communauté, qui perd un soignant qualifié, indique par écrit Me Héléna Corriveau, l’avocate qui représente M. Diatta.
Selon Émile Falène Diatta, son employeur a tout fait pour appuyer son dossier, en vain. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale, comme employeur, accompagne M. Diatta dans ses démarches, peut-on lire dans une missive envoyée à Radio-Canada.
Comme travailleur de la santé dans la région de Charlevoix, il participe activement au maintien d’une expertise locale qui assure à la communauté un accès à des soins et des services de santé de proximité, poursuit le CIUSSS.
Je leur dis un grand merci, lance M. Diatta.
Aux yeux de Patrick Reduron, agent de liaison interculturel au Service d'accueil des nouveaux arrivants de Charlevoix, on fait face à l'échec de la machinerie administrative. Ça brise le cœur, dit-il.

Patrick Reduron est agent de liaison interculturel au Service d'accueil des nouveaux arrivants de Charlevoix.
Photo : Radio-Canada
Bien que l’organisme n’aide normalement pas les demandeurs d’asile, une exception a été faite pour aider le couple ces dernières semaines.
On trouve ça grave de voir qu’on laisse aller le père de l’enfant lorsque l’enfant est né au Canada. [...] Comment ça se fait qu’on laisse une famille se séparer?

Le Service d'accueil des nouveaux arrivants de Charlevoix est venu en aide à Émile Falène Diatta.
Photo : Radio-Canada / Charlotte Marschall
J’y crois toujours, même jusqu’au dernier pas pour monter sur l’escalier de l’avion, j'ai toujours espoir et je veux toujours rester, tranche Émile Falène Diatta.
Avec les informations de Charlotte Marschall


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