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Six mois après sa défection du Parti conservateur, le député d'Acadie—Annapolis, Chris d’Entremont, s’ouvre sur les raisons qui l’ont conduit à rejoindre les rangs du Parti libéral : « Je me sens vraiment écouté. »
L'élu soutient que son passage chez les libéraux ouvre de nouvelles portes pour la région du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Les communautés acadiennes qu'il représente, elles, sont encore partagées face à ce changement de cap.
À ceux qui lui posent des questions sur ses motivations, il donne souvent cet exemple : Écoute, ça m’a pris 4 à 6 mois à voir [Pierre] Poilievre, et quand on a essayé de le faire venir au Tintamarre du 15 août pour le Congrès mondial acadien, ç'a été énormément de travail pour le faire venir.
La dynamique a été différente avec son nouveau chef, Mark Carney, affirme-t-il. Quand j’ai décidé de [changer de parti], ça m’a pris 45 minutes pour être devant le premier ministre et avoir une discussion sur les enjeux.

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, et Chris d'Entremont (à droite), alors député conservateur de Nova-Ouest (maintenant appelée Acadie—Annapolis), le 15 août 2024 à l'aéroport de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, pendant le Congrès mondial acadien.
Photo : La Presse canadienne / Ron Ward
Le 27 mars dernier, les deux hommes se trouvaient sur le quai de Pubnico, dans la circonscription, pour parler de pêche au homard. J’ai un gouvernement intéressé dans le Sud-Ouest, intéressé par la Francophonie, les Acadiens, l'économie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, etc. Je me sens bien et j’ai hâte de faire du travail pour [la région].
Des électeurs encore divisés
Six mois après la défection de Chris D’Entremont, les communautés acadiennes qu’il représente sont encore quelque peu divisées.
Ses électeurs n'ont pas été consultés, mais le geste de M. d'Entremont a fait boule de neige : il a été le premier de quatre transfuges conservateurs et d'une transfuge néo-démocrate, ce qui a permis aux libéraux, il y a deux semaines, d'atteindre une majorité de sièges aux Communes.

La circonscription d'Acadie—Annapolis, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, comprend les communautés acadiennes de Clare et de Par-en-Bas.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Un tour d'horizon sur le terrain permet de comprendre si ce nouveau rapport de force à Ottawa change véritablement la donne pour les électeurs acadiens.
Dans la communauté acadienne de Wedgeport, Dwayne LeBlanc résume la situation en trois mots : C’est mixed !.
Il y a ceux qui applaudissent leur député fédéral d'avoir rejoint les libéraux, et il y a ceux qui ont du mal à avaler la pilule.

Dwayne LeBlanc, de Wedgeport, croit qu’il règne une certaine confusion, vu le résultat serré aux dernières élections fédérales.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
La politique est un sujet un peu tabou, estime cet ancien pêcheur. Dwayne LeBlanc se contente de dire qu’il n’a pas voté libéral aux dernières élections.
Or, il croit qu’il règne une certaine confusion, vu le résultat extrêmement serré entre libéraux et conservateurs aux dernières élections fédérales l'an dernier. Il devrait y avoir une autre élection, pour savoir qui est quoi , dit-il.

Daniel Saulnier habite à Wedgeport, en Nouvelle-Écosse.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Un autre résident, Daniel Saulnier, pense autrement : Quand tu changes de place, je pense que tu dois devenir un député indépendant.
Même six mois plus tard, et avec les libéraux devenus majoritaires le 13 avril, l'opinion de cet électeur demeure la même. Ça n’a rien changé, pas du tout, insiste-t-il.

Selon Chris Mazeroll, lorsqu'un député change de camp, il va contre la volonté exprimée par les électeurs lors de l'élection.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
C'est le même sentiment du côté de la communauté acadienne de Clare. L'entrepreneur Chris Mazeroll explique : Ça dépend à qui on parle. Les libéraux sont contents [...], les conservateurs se sentent trahis.
Chris Mazeroll a voté conservateur aux dernières élections, non pas parce qu'il est foncièrement conservateur, mais pour empêcher les libéraux d'avoir la majorité.
Ça fait questionner pourquoi avoir une élection, si tous les résultats sont renversés après le fait.
Pour lui, les résultats ne devraient jamais changer à portes closes : Ça renverse le mandat qui a été donné pendant les élections, les Canadiens ont dit : "oui, on veut les libéraux, mais on les veut en minorité. On veut un check sur le pouvoir.
Une blague devenue sérieuse
Chris D’Entremont raconte ce qui a déclenché ce choix en lui : C’était une décision que j’ai prise. J’ai parlé avec Kody Blois, c’est là que j'ai commencé la discussion.
Il précise que c’est lui qui a approché le député de la circonscription voisine : On jase souvent, on se dit des blagues, ils disent : "Hey, tu as besoin de venir avec nous autres", et j’ai pris ça au sérieux finalement [...]. C’était pas : "viens avec nous autres". C’était : "si tu as des questions, pose-nous tes questions."

Kody Blois (au centre) est depuis 2019 le député libéral de la circonscription fédérale de Kings-Hants, en Nouvelle-Écosse. Il est maintenant secrétaire parlementaire de Mark Carney. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Chris d’Entremont affirme qu’il est quelqu’un du centre. Il explique : Je voyais mes valeurs dans le Parti libéral, que je ne voyais plus dans le Parti conservateur.
Il admet que certains anciens collègues du Parti conservateur sont curieux : Souvent on a des conversations, ils me demandent : "comment es-tu traité, es-tu bien traité, t'écoutent-ils ?" [Il y a] de l'intérêt, mais je ne vais jamais aller jusqu’à demander : "voulez-vous venir ?"
Avec les doutes et le questionnement de l'électorat sur ses motivations, Chris d'Entremont prend de plus en plus la parole pour expliquer son geste.
Je vois des opportunités de travailler directement avec des ministres et des ministères, avec la ministre de la Pêche, de l’Industrie, du Patrimoine, on a toutes sortes d'opportunités qu’on n'avait pas avant, affirme M. d’Entremont. L'intérêt pour le Sud-Ouest chez le gouvernement et le Parti libéral est vrai. C'est vrai. J’ai finalement quelqu’un qui va nous écouter, se réjouit-il.
Les premières semaines qui ont suivi sa défection ont été extrêmement difficiles, soutient-il.

Accompagné de Chris d'Entremont, député libéral d'Acadie—Annapolis, le premier ministre Mark Carney magasine au Dennis Point Café et restaurant de Pubnico, en Nouvelle-Écosse, le 27 mars 2026.
Photo : La Presse canadienne / Dan Froese
À présent, le député d’Acadie—Annapolis dit être capable de dormir : Je pense que ça va bien, je parle à beaucoup de personnes quand je suis dans la région. J'essaie de mieux voir ce qui les préoccupe. Ils ne me parlent presque pas de la défection — que j'ai changé de parti politique —, ils veulent juste que je fasse mon travail de député.
Le candidat libéral aux dernières élections, Ronnie Leblanc, n’a pas répondu à nos demandes d'entrevue. D'ici le prochain appel aux urnes, le député transfuge aura la tâche de prouver à ses électeurs que sa décision valait bien cette controverse locale.


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