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De l'Ukraine au Soudan, en passant par Gaza: le nombre d'attaques contre les établissements de santé n'a jamais été aussi élevé

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Deux fois par jour, Liubov Martynenko quitte la maternité souterraine où elle travaille à Kherson, dans le sud de l'Ukraine. Elle se rend en ambulance dans un autre hôpital situé dans la «zone rouge» de la ville, où les forces russes patrouillent. Là, elle se procure les repas attendus pour ses patients.

Le 4 juin, en fin de matinée, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Le véhicule est bien entré dans l'enceinte de l'hôpital municipal de Luchansky, comme à l'accoutumée, mais Liubov Martynenko a entendu un bruit étrange: en levant les yeux au ciel, elle a aperçu un drone qui volait à proximité. «Il était si proche, à seulement quelques mètres, une boîte volante dotée d'un œil noir», se souvient-elle.

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L'engin a percuté le flanc de l'ambulance avant d'exploser. La sage-femme et le conducteur ont survécu, légèrement blessés par les éclats d'obus. Le véhicule portait clairement l'inscription «ambulanza» et une croix rouge sur le toit –des symboles de protection et de neutralité internationalement reconnus.

«Sans la réactivité du conducteur, le drone aurait percuté l'avant du véhicule et nous serions probablement morts, affirme Liubov Martynenko. Les opérateurs russes ont frappé précisément dans l'enceinte de l'hôpital et ce n'est pas la première fois que celui-ci est touché.» Cet incident s'inscrit dans une tendance croissante d'attaques contre le personnel médical et les infrastructures de santé dans les zones de conflit. Depuis 2021, leur nombre a plus que doublé à l'échelle mondiale.

Des incursions qui ont explosé avec la guerre en Ukraine

Le phénomène a pris de l'ampleur avec l'invasion russe à large échelle de l'Ukraine, lancée en février 2022, ainsi qu'avec la guerre menée par Israël à Gaza depuis 2023. Le nombre d'attaques à l'encontre des institutions de soins a atteint des sommets en 2024 et est resté historiquement élevé, avec plus de 2.500 attaques contre les infrastructures ou le personnel médical recensées l'année dernière dans trente-trois pays, selon Safeguarding Health in Conflict, une coalition qui veille au respect du droit international humanitaire au sein des institutions de santé.

Depuis l'offensive de Tel-Aviv contre le Liban de mars dernier, 247 attaques ont touché les structures de santé du pays, causant la mort d'environ 150 professionnels. Et ce, malgré la succession de cessez-le-feu plus ou moins respectés. En vertu du droit international, les hôpitaux, les professionnels de santé et les patients bénéficient d'une protection spéciale, inscrite dans la première Convention de Genève de 1864. Un principe fondateur réaffirmé il y a dix ans lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution condamnant spécifiquement les attaques contre les systèmes de soins.

Vers un effondrement du droit humanitaire?

«Si l'on ne parvient même pas à protéger les hôpitaux, qui constituent la première ligne de défense humanitaire, cela conduira à l'effondrement de l'ensemble du droit international, alerte Rohini Haar, médecin urgentiste spécialisée dans les questions de santé et de droits de l'homme à l'université de Californie à Berkeley. Je pense que c'est ce à quoi nous assistons actuellement.»

Ces dernières années, la majorité des attaques ont été menées par des acteurs étatiques, qui se cachent derrière l'argument de la double utilisation. La Russie et Israël affirment par exemple que les hôpitaux situés dans les territoires ennemis sont utilisés à des fins militaires, ce qui justifierait leurs assauts. Très peu d'éléments de preuve de ces assertions ont été rendus publics pour étayer leurs propos. Le droit international exige pourtant que le critère d'objectif militaire soit vérifié et que des avertissements d'évacuation soient donnés à l'avance. Des règles qui existent sur le papier, mais dont le respect semble être à géométrie variable.

Ces dernières années, la nature de la guerre a également changé, constate le quotidien The Guardian. Les drones et les technologies aériennes à longue portée pilonnent les villes, redessinant le concept de champ de bataille. Ces armes aériennes tuent davantage de civils. Le manque de soins d'urgence et de routine entraîne également des décès en cascade. À cela s'ajoute la peur des citoyens de se rendre à l'hôpital, un lieu désormais considéré comme dangereux. Les conséquences sont visibles: les accouchements sans assistance se multiplient, les pays en guerre assistent à une recrudescence d'épidémies et de maladies pourtant évitables, tandis que les campagnes de vaccination sont interrompues.

«Les acteurs humanitaires et les hôpitaux doivent désormais presque justifier pourquoi nous ne devrions pas être pris pour cible, conclut Liz Harding, représentante humanitaire chez Médecins Sans Frontières. Ce sont plutôt ceux qui lancent les attaques qui devraient s'expliquer.»

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