Comme un phare, la silhouette d’Oum Kalsoum domine Qui se ressemble. Enfant, Agnès Desarthe identifiait Bouba, sa grand-mère, à la diva égyptienne. Les deux femmes partagent bien des traits: nées vers 1900, de langue arabe, elles portent des lunettes fumées, un mouchoir, le mindil, toujours à la main. Par choix ou destin, elles ont mené leur vie sans les hommes. On peut dire aussi que tout les sépare, la musulmane et la juive, la célèbre et l’anonyme. L’une n’a jamais voulu d’enfant, tout entière vouée à son art. L’autre en a élevé sept, seule, sans argent: leur père est mort avant la naissance du dernier. Ce qui relie ces deux femmes, «c’est la puissance, la détermination, la discipline».
Qui se ressemble est une mosaïque dont les motifs vont et viennent, recomposant l’histoire familiale, du côté paternel, méditerranéen. La branche maternelle, parlant russe et yiddish, Agnès Desarthe l’a dépeinte dans Le Château des rentiers (L’Olivier, 2023). Le judéo-arabe résonne dans Qui se ressemble. A la première page, pourtant, le jeune homme qui débarque à Besançon en octobre 1956 tient à gommer toute trace d’accent de son français de bon élève. C’est lui, le septième, le benjamin, venu étudier la médecine, grâce au passeport français, octroyé aux juifs d’Algérie. En 1962, à la fin de la guerre, sa famille le rejoindra et ce sera à lui de s’occuper d’eux.


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