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Dans les galeries des houillères britanniques travaillaient en 1913 près de 70 000 poneys descendus par cage : beaucoup n’ont plus jamais revu le jour

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Soixante-dix mille poneys travaillaient sous la surface de la Grande-Bretagne en une seule année. Descendus par cage au fond des puits, beaucoup n’ont jamais revu la lumière du jour. Derrière la révolution industrielle et ses montagnes de charbon se cache le destin oublié de ces petits chevaux, condamnés à vivre et mourir dans l’obscurité.

70 000 âmes englouties sous la terre en une seule année

Le chiffre a de quoi donner le vertige. En 1913, au sommet de cette pratique, près de 70 000 poneys travaillaient dans les mines de charbon britanniques. Une armée silencieuse, dissimulée à des dizaines de mètres sous les collines anglaises, galloises et écossaises.

Ces animaux n’étaient pas là par hasard. Assez petits pour se faufiler dans des galeries étroites, mais suffisamment robustes pour tracter de lourds wagonnets chargés de charbon, ils constituaient le moteur vivant de l’exploitation. Un compromis idéal entre puissance et gabarit.

Leur histoire ne commence pourtant pas au XXe siècle. Selon les historiens, les premiers poneys furent envoyés sous terre dès 1750, dans le bassin houiller de Durham, dans le nord-est de l’Angleterre. Une pratique qui allait durer plus de deux siècles.

Une catastrophe humaine à l’origine de leur généralisation

Ce qui a réellement précipité l’arrivée massive des poneys dans les mines, c’est un drame. En 1838, la houillère de Huskar, à Silkstone, fut inondée. Le bilan fut terrible : 26 enfants périrent dans les galeries noyées. Une tragédie qui bouleversa l’opinion publique de l’époque.

La réaction législative ne se fit pas attendre. La loi sur les mines de 1842 interdit le travail souterrain aux enfants de moins de dix ans et aux femmes. Une avancée sociale majeure, mais qui créa aussitôt un vide : qui allait désormais tirer les wagonnets dans les boyaux les plus étroits ?

La réponse fut animale. Face à la pénurie de main-d’œuvre, le nombre de poneys ne cessa d’augmenter tout au long du XIXe siècle. Là où les enfants avaient été retirés, les chevaux prirent la relève, remplaçant une souffrance par une autre.

Descendus par cage, les yeux bandés vers l’obscurité

Avant de disparaître dans les profondeurs, chaque poney était d’abord dressé en surface. On l’habituait au harnais, aux ordres, au contact humain. Puis venait le moment décisif : la descente. Sanglés et parfois maintenus, ils étaient acheminés au fond du puits par la cage, l’ascenseur de la mine.

Une fois en bas, l’univers changeait radicalement. Fini le ciel, l’herbe, la lumière. Ces animaux étaient logés dans des écuries souterraines, à des dizaines de mètres de profondeur. Pour beaucoup, la remontée n’aurait jamais lieu : ils passaient l’essentiel de leur existence dans le noir absolu.

Ce n’était pas seulement une image. Les poneys de mine mesuraient rarement plus de 1,40 mètre au garrot. Un format modeste, taillé pour les galeries, mais qui les enfermait aussi dans un monde privé de soleil, où la nuit était permanente et le jour, une abstraction.

Une vie entière rythmée par le charbon et la nuit permanente

Le quotidien de ces chevaux était réglé comme du papier à musique. La plupart travaillaient huit heures par jour, associés à un seul mineur avec lequel se nouait souvent un lien étroit. Homme et animal formaient un binôme, unis par la même obscurité et le même effort.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, leurs conditions n’étaient pas totalement laissées au hasard. Le Coal Mines Act de 1911 imposait des règles : un poney devait avoir au moins quatre ans, être examiné par un vétérinaire et équipé de fers adaptés avant de commencer. Une forme précoce de protection animale.

Ils dormaient dans des écuries propres, mangeaient du foin ou du maïs et vivaient souvent jusqu’à la fin de leur adolescence ou au début de la vingtaine. Une existence encadrée, certes, mais coupée du dehors. La cage qui les avait descendus restait, pour la plupart, une porte à sens unique.

Ce que la surface leur a rendu, et ce qu’elle leur a pris à jamais

Le déclin fut aussi net que la mécanisation était inéluctable. De 70 000 poneys recensés en 1913, on tomba à 21 000 après la nationalisation des mines en 1947. Les machines remplaçaient peu à peu les muscles, et les galeries se vidaient lentement de leurs occupants à quatre sabots.

La fin fut pourtant plus tardive qu’on ne le croit. Il ne restait plus que 55 poneys employés par le National Coal Board, principalement au puits d’Ellington, dans le Northumberland. À sa fermeture, quatre furent remontés à la surface. Deux d’entre eux rejoignirent le National Coal Mining Museum for England, témoins vivants d’une époque révolue.

Le tout dernier survivant portait un nom : Tony. Il s’est éteint en 2011, à l’âge respectable de 40 ans, dans un refuge pour animaux de Newcastle. Avec lui disparaissait le dernier maillon d’une chaîne de plus de deux siècles.

Derrière l’essor industriel qui a bâti la Grande-Bretagne moderne se cache donc un peuple oublié : celui de ces dizaines de milliers de poneys qui ont vécu, travaillé et parfois péri loin de la lumière. Leur histoire nous rappelle que le prix du progrès s’est aussi payé sous terre, dans le noir. À l’heure où nous repensons notre rapport aux animaux, que reste-t-il vraiment de la mémoire de ces compagnons silencieux du charbon ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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