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Deux tribunes, signées entre autres par Justine Triet, Jacques Audiard ou Natalie Portman, s’indignent de la déprogrammation au festival de cinéma FID du lauréat de l’ours d’or 2019, critique virulent de son pays d’origine.
Passer la publicité Passer la publicitéRien ne le sauvera à leurs yeux. Ni sa virulente critique à l’écran de la société et des institutions israéliennes (mais ont-ils vu ses films ?), ni ses prises de parole publiques contre la guerre à Gaza. Être de nationalité israélienne constitue un trop gros défaut. Nadav Lapid, une dizaine de ses « confrères » l’ont signifié, n’est pas le bienvenu au festival FID Marseille. La manifestation qui promeut le cinéma indépendant a évoqué des « appels demandant la désinvitation » de l’artiste de 51 ans, installé depuis 2021 en France. Des cinéastes sélectionnés avaient également annoncé ne plus vouloir y présenter leur film pour manifester contre sa présence. Le mot boycott sied davantage.
La douzaine de mécontents ont justifié leur démarche par une volonté « d’agir contre une réalité coloniale et génocidaire ». En visant les esprits contestataires comme Nadav Lapid ? Ils avaient prévu cet étonnement, qu’ils contournent dans un exercice de surenchère. Israël autoriserait les « cinéastes critiques à circuler dans les espaces culturels européens pour entretenir l’image d’une démocratie vivante » sans remettre « en cause le projet sioniste lui-même ».
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« Faillite intellectuelle »
La radicalité disqualifie ce collectif rassemblant des professionnels peu connus, dont la réalisatrice franco-algérienne Narimane Mari. Il a suffisamment fait de bruit pour conduire le festival à rétrograder Nadav Lapid. Le lauréat de l’ours d’or 2019 a quitté le jury, se cantonnant à un échange autour de l’un de ses films, Le Policier, parabole des dérives militaristes de son pays. Las, les pressions ont continué. Le réalisateur du récent Oui a fini par se retirer pour mettre fin à l’hallali.
« Il était hors de question de passer cette situation sous silence », rembobine Morgan Pokée, coauteur de la première tribune de soutien publiée lundi dans Le Monde. Le texte s’émeut d’« une logique d’assignation » et d’un « mécanisme de disqualification qui confine au simplisme le plus désolant ». De l’essayiste palestinien Elias Sanbar aux réalisateurs Justine Triet et Arnaud Desplechin, en passant par la directrice du FID, des centaines de professionnels et personnalités ont apposé leur signature. « Les mails de soutien continuent de pleuvoir », précise Morgan Pokée, programmateur et auteur d’un essai sur Nadav Lapid.
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Une deuxième tribune leur a emboîté le pas. On dénonce cette fois une « faillite intellectuelle ». Jacques Audiard, Michel Hazanavicius ou l’actrice Natalie Portman, par leur signature, engagent à ne pas réduire un artiste à « un passeport ». À leurs yeux, le boycott se montre contreproductif. En plus de se révéler « cruel » pour celui qui le subit, comme l’a indiqué Nadav Lapid.
Interrogée par nos soins, la mairie de Marseille, partenaire de l’événement, n’a pas encore formulé de commentaire. Fin mai, Benoît Payan a soutenu le dessinateur Joann Sfar, pris sous de mêmes feux anti-israéliens, afin qu’il puisse honorer son invitation dans la deuxième ville de France. Pourra-t-il en être autrement pour Nadav Lapid ? Sa réintégration mettrait fin à un mauvais film.


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