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Les nouvelles ne sont pas encourageantes pour les bélugas et les marsouins du fleuve Saint-Laurent. Des contaminants chimico-industriels présents dans le fleuve leur compliquent la vie et la recherche commence à peine à en comprendre leurs effets.
Introduisons d’abord nos principaux accusés : les substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques (PFAS) et les polybromodiphényléthers (PBDE).
Ces substances sont des composés chimiques qui ont plusieurs usages commerciaux, industriels et ménagers.
Les PFAS sont utilisés pour la production d’objets antiadhésifs, comme le téflon et le gore-tex, tandis que les PBDE sont des retardateurs de flamme utilisés sous forme de mousse dans les meubles ou l’électronique.
Puisque les eaux usées de beaucoup de localités dans la province convergent naturellement vers son plus gros cours d’eau, disons qu’il y a du contaminant au pouce carré dans le Saint-Laurent.
Effets sur notre santé
Le gouvernement canadien a répertorié plusieurs effets néfastes de ces contaminants chez l’humain.
D’abord, les PFAS affectent les organes comme le foie, les reins et la thyroïde, le système immunitaire, le système nerveux ainsi que le développement et l’appareil reproducteur.
De leur côté, les PBDE auraient des effets sur « le neurodéveloppement, tel que des changements dans les mouvements et les comportements », peut-on lire sur le site du gouvernement.
Toutefois pour les mammifères marins, leurs effets ne sont pas encore compris à 100 %, mais la recherche a montré qu’ils étaient bien réels.
Mammifères marins
Les PFAS et les PBDE sont au cœur d’un projet de maitrise, qui porte sur leurs effets sur les conditions corporelles et la mortalité chez les bélugas du Saint-Laurent et les marsouins communs.
La chercheuse à la maîtrise Sofia Higgs a tenté de mieux comprendre les effets des contaminants sur l’état de santé général des populations des deux espèces.
« C’était essayer de comprendre si les contaminants ont des effets sur leur métabolisme et leur capacité de stocker du gras », mentionne-t-elle.
Le projet de recherche, réalisé avec des partenaires comme le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) de Tadoussac, s’est basé sur l’analyse de carcasses échouées le long du cours d’eau de 2016 à 2024.
Reproduction
La chercheuse indique que les contaminants se stockent directement dans le gras et les organes des mammifères marins, et qu’ils peuvent interférer avec leur système immunitaire et reproductif.
« On soupçonne qu’ils ont des effets sur la reproduction, car ils s’accumulent dans les organes et le placenta. Donc, quand les femelles sont en gestation, ils peuvent en passer une grande quantité à leur fétus même avant qu’ils naissent », dit Sofia Higgs.
Puisque les projets de recherche doivent passer par l’analyse d’individus décédés, les effets d’une telle accumulation chez les veaux restent incertains.
« On ne sait pas exactement quels sont les effets pour l’instant, mais c’est sûr que ce ne sont pas de bons effets », rappelle la chercheuse.
Il y a aussi les effets sur le gras, qui peut compromettre la capacité de survie durant les périodes difficiles.
« Ça fait qu’ils ont moins de gras sur leur corps, et ça peut devenir un problème pour leur survie s’ils deviennent trop maigres et n’arrivent pas à se nourrir », explique Mme Higgs.
Règlementation
Ces contaminants n’ont pas le qualificatif d’éternels pour rien.
Ils sont difficilement expulsables de l’écosystème, et leur concentration persiste même si des règlementations sont en place pour les restreindre.
« Le problème, c’est que l’industrie chimique remplace les produits qui sont bannis. C’est comme un cycle continuel où les nouveaux contaminants sont introduits et bannis à répétition », révèle Sofia Higgs.
Cette dernière fait aussi savoir qu’une fois que leurs effets sont identifiés, il faut beaucoup de temps pour passer des lois qui bannissent leur usage.
Sofia Higgs avance que des lois internationales pour limiter la contamination dans les cours d’eau aideraient beaucoup.
« Je sais que c’est un grand défi », laisse-t-elle tomber.
« La recherche est toujours à la file des contaminants, mais ça prend beaucoup de temps de compléter projets et faire des rapports informatifs pour changer les lois », termine la chercheuse.


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