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La suspension d’une série de concerts à la cathédrale de Moncton pour des raisons religieuses suscite tout un émoi dans la communauté francophone. L’archevêque défend sa décision et dit qu’il ne fait que suivre les règles établies par Rome.
Des concerts de la série Candlelight ont été présentés à la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, située en plein cœur du centre-ville, à compter de décembre 2023.
Ils mettaient en vedette un quatuor à cordes qui interprétait de grands succès d’Abba, de Coldplay et de Taylor Swift. La musique de compositeurs tels que Hans Zimmer et Vivald (nouvelle fenêtre)i a aussi été au programme. Le tout éclairé à la lueur de centaines de lampions à batterie.

Ismet Baba-Moussa est directeur du Monument de la Reconnaissance au 21e siècle (MR21).
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Une vingtaine d’événements ont été présentés par l’organisme à but non lucratif laïque MR21 – qui opère le centre d'interprétation de la cathédrale – et produits par l’entreprise Fever. Ils aidaient MR21 à générer d’importants revenus et à faire connaître les lieux.
Ça nous a permis d’ouvrir les portes de la cathédrale à un large public qui, autrement, n’aurait jamais mis les pieds à la cathédrale. Il y a eu des dizaines de milliers de personnes de tous les horizons, de toutes les confessions, explique le directeur de MR21, Ismet Baba-Moussa.

L'intérieur de la cathédrale de Moncton où ont eu lieu plusieurs concerts de musique Candlelight.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
L’automne dernier, l’archevêque de Moncton a appuyé sur les freins parce que les pièces interprétées lors des concerts Candlelight n’étaient pas religieuses. Il a invoqué un document publié en 1987 par Rome sur la musique profane.
Mgr Guy Desrochers a permis la tenue des neuf concerts programmés jusqu’à la fin décembre 2025, mais a indiqué que le contenu des événements organisés par MR21 allait dorénavant devoir être approuvé par l’Église.
La suspension des concerts Candlelight – du moins dans leur forme originale – a étonné Ismet Baba-Moussa.
C’est sûr qu’on était surpris au départ, parce que ça faisait deux ans qu’on faisait ça. Les membres de la communauté, de manière unanime, saluaient cette initiative. Et on était quelque peu préoccupés, parce que notre mission c’est d’ouvrir les portes, c’est de faire rayonner l’établissement. Et c’est une source de revenus qui n’est pas négligeable pour nous, dit-il en entrevue.
C’est de l’obscurantisme
La cinéaste Ginette Pellerin n’en revient pas. Cette artiste a été l'instigatrice et la directrice fondatrice de l’organisme MR21. Elle est toujours membre de son conseil d’administration.
Ce qui se passe, c’est de l’obscurantisme. On n’est plus dans la lumière, on veut fermer la cathédrale, dit-elle.

La cinéaste Ginette Pellerin déplore la suspension des spectacles Candlelight à la cathédrale de Moncton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Amélie Gosselin
Elle explique que la série de concerts Candlelight a été une véritable main tendue à la communauté. Des milliers de personnes de tous les horizons sont venues dans la cathédrale, dont bon nombre pour la première fois.
Ginette Pellerin ne comprend pas l’approche de Mgr Desrochers. Au Québec, je ne sais plus combien d’églises catholiques reçoivent les concerts Candlelight. Et aussi en Espagne, en Italie, en France. Mais nous, à Moncton, et bien on se ferme. C’est ça, je le répète; on retourne en arrière, c’est de l’obscurantisme, affirme-t-elle.
Les critiques fusent dans la communauté francophone depuis que l’Acadie Nouvelle a publié un reportage sur cette situation, plus tôt cette semaine. Des gens comme Marie-Linda Lord sont très étonnés.
Cette professeure à la retraite a présidé la campagne de collecte de fonds pour sauver la cathédrale, qui a permis de récolter plusieurs millions de dollars.

Marie-Linda Lord a présidé la campagne de collecte de fonds pour sauver la cathédrale.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Une collecte qui misait beaucoup sur le caractère communautaire et historique de ce lieu de culte construit par les Acadiens. La collecte a d’ailleurs mené à l’aménagement de bureaux pour des organismes acadiens à l’arrière du bâtiment.
En ce moment, si on veut être plus catholiques que le pape, je ne pense pas qu’on va pouvoir aider la cathédrale. La cathédrale a besoin de continuer d’être un lieu communautaire pour s’assurer que la sauvegarde – pour laquelle on a été très nombreux à se réunir – que ça puisse continuer. En réduisant les activités communautaires autour de la cathédrale, ça ne va pas l’aider, dit-elle.
Marie-Linda Lord reconnaît que c’est bel et bien l’archidiocèse qui est le propriétaire légal de ce monument historique. Et qu’il a un pouvoir de décision sur ce qui s’y passe.
Mais je pense qu’il faut se rappeler et qu'il importe de reconnaître que la propriété morale de la cathédrale, elle est à la communauté. Et elle l’a toujours été depuis le début de son existence.
Avec la décision récente de Mgr Desrochers, on voit de l’érosion au niveau de cette relation soutenue qui a toujours existé entre le clergé et la communauté.

Michel Desjardins a œuvré pendant 10 ans pour la sauvegarde de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Michel Desjardins, qui a lui aussi participé activement à la campagne pour sauver la cathédrale pendant plusieurs années, est lui aussi perplexe.
Je trouve que, si on a connu ce succès-là, c’est en partie parce qu’on a convaincu le public qu’on était en train de réinventer la cathédrale. Réinventer, ça veut dire faire des activités qui ne sont pas seulement religieuses. Si l’attitude de Mgr Desrochers est en train de changer et d’évoluer de ce côté, je pense que ça va nuire aux futurs efforts philanthropiques pour l’avenir de la cathédrale.
Marie-Linda Lord se réjouit d’ailleurs de voir des gens d’ailleurs en Acadie se prononcer publiquement.
Ça prouve encore une fois que la cathédrale appartient à la communauté acadienne. On n’oublie pas que oui, son essence est religieuse. Mais son essence est aussi communautaire. Et je pense que c’est important que Mgr Desrochers comprenne ça.
Des personnes comme le maire de Caraquet, Bernard Thériault, ont en effet pris la parole contre la décision de l’archevêque de Moncton.
De venir prétendre que c’est le droit canonique qui va déterminer l’avenir de l’église m’apparaît une grossière erreur. Si on veut sauver d’une part les communautés pastorales et d’autre part ces bâtiments patrimoniaux là, il faut un retour du balancier d’une façon ou d’une autre, affirme Bernard Thériault en entrevue.
L'archevêque se défend
Quant à l'archevêque de Moncton, Mgr Guy Desrochers, il se défend. En entrevue, il explique qu’il n’est pas contre la présentation de concerts dans la cathédrale, mais qu’il faut que la musique religieuse ait sa place.

L'archevêque de Moncton, monseigneur Guy Desrochers. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Katherina Boucher
Il assure qu’il est prêt à poursuivre le dialogue avec MR21 et propose que les concerts – de la série Candlelight ou autre – soient composés d’au moins deux tiers de musique sacrée.
On m’accuse peut-être d’être dur, mais je veux dire, je veux juste respecter les conditions que l’Église elle-même impose à l'Église universelle. Alors si un évêque décide : "moi, je ne veux pas faire ça", et bien fais à ta tête. Tous les évêques ont le droit de prendre des décisions. Mais on n’est pas supposés être en dehors de la solidarité avec le collège des évêques.
Mgr Desrochers affirme d’ailleurs que la musique profane a sa place dans les lieux de culte. Mais qu’elle ne doit pas prendre toute la place lors de concerts.
Ils pensent que je suis contre la musique populaire. Mais j’en ai composé de la musique populaire moi-même quand j’étais jeune. Je ne suis pas contre ça. Mais dans l’église, il faut faire attention, affirme-t-il.
L’archevêque croit d’ailleurs que la musique sacrée peut elle aussi faire courir les foules et remplir les bancs de la cathédrale.
J’ai rencontré MR21 pour leur expliquer que ce n’est pas pour fermer la porte à Candlelight, mais de dire "changez donc votre programmation un peu." Il y a tellement de possibilités avec la musique sacrée, c’est tellement beau, c'est tellement populaire. On peut faire des choses, dit-il.


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