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Sport 05/07/2026 08:10
Le Tour s’élance de Barcelone ce samedi. Dès sa première semaine, le peloton va devoir affronter des températures dépassant les 35 °C.

JASPER JACOBS / Belga via AFP
Lors de la 17e étape du Tour de France, entre Bollène et Valence, le 23 juillet 2025.
La vague de canicule historique de la fin du mois de juin, si proche du départ du Tour de France ce samedi 4 juillet à Barcelone, a suscité bon nombre d’interrogations. D’autant plus que pour les premières étapes dans le Sud-Ouest lors du début de la semaine à venir, des températures jusqu’à 36 °C sont parfois annoncées.
Déjà le 25 juin, lors des championnats de France à Cassel dans le Nord, il avait fait jusqu’à 36 °C, soit 14 °C de plus que la normale de saison. Ce qui avait provoqué une hécatombe dans le peloton, avec seulement 23 coureurs ayant terminé l’épreuve, pour… 106 abandons. Crampes, vomissements, des finisseurs se disant après coup « rincé » ou « explosé » par la chaleur… Les signaux d’alerte avaient été nombreux il y a une dizaine de jours.
Le Tour 2022 dans toutes les mémoires
Historiquement, le Tour de France a lui plutôt, pour le moment, réussi à éviter la canicule. Mais depuis 2019, plusieurs étapes, à la marge, n’ont pu y échapper. Cette année-là notamment, la 16e étape tracée autour de Nîmes avait vu le peloton affronter une température maximale de 37 °C. « Nous avions de la chance aujourd’hui que c’était plat. Des températures comme celles-ci dans une étape de montagne, c’est un suicide », avait lâché après l’arrivée le Slovaque Peter Sagan.
Ce n’était finalement rien avant la pointe historique enregistrée sur le Tour en 2022. Le 17 juillet, les coureurs avaient bouclé les 202,5 km de la 15e étape entre Rodez et Carcassonne sous 40 °C, rappelle L’Équipe. Ou « l’impression d’avoir de la fièvre et en dix minutes, ton bidon, c’est de la pisse », avait commenté, amer, le Français Romain Bardet, quand le Belge Philippe Gilbert imaginait le pire : « si un coureur avait fait un arrêt cardiaque… ». Malgré tout, il n’y avait eu aucun incident notable cette après-midi-là.
À l’avenir, l’organisation de la plus grande course cycliste du monde pourrait-elle être menacée par les épisodes de fortes chaleurs ? Ou s’agit-il plutôt simplement d’une question d’adaptation ? « Compte tenu du fait qu’on va avoir plus du double de ces vagues de chaleur à la fin du siècle, c’est juste une question de temps pour que le Tour arrive à un moment critique pouvant imposer son aménagement », prévient auprès de l’AFP le climatologue Benjamin Sultan, co-auteur d’une étude analysant les températures sur 50 ans de Tour de France entre 1974 et 2023.
Un protocole forte chaleur mis en place depuis 2024
Avant le départ de Barcelone, le directeur de la course Christian Prudhomme s’est lui longuement épanché sur le sujet dans une interview à l’AFP. « On connaîtra d’évidence de fortes chaleurs sur le Tour de France. La protection des coureurs et du public est pour nous capitale. Le maître mot est de s’adapter », souligne-t-il.
Déjà, les étapes les plus longues sont moins longues, « dans un premier temps pour une raison d’intérêt sportif, mais qui peut l’être maintenant aussi pour une raison de climat », note Christian Prudhomme. Il y a encore quelques années, il n’était pas rare de voir des étapes s’allonger jusqu’à 220-230 km. Et même 249 km entre Vierzon et Le Creusot en 2021. Cette année, la plus longue le sera entre Dole et Belfort le 17 juillet, pour « seulement » 205,8 km d’effort. Ce sera l’unique de plus de 200 km.
Par ailleurs, les organisateurs s’appuient déjà sur un protocole forte chaleur élaboré par l’Union cycliste internationale (UCI) en 2024, en complément de celui sur les conditions météo extrêmes mis en place depuis 2015. Un indicateur prenant en compte la température, le taux d’humidité, le rayonnement solaire et la vitesse du vent évalue notamment le « stress thermique » auquel sont soumis les coureurs. Peuvent en découler des décisions de course pour soulager le peloton : zones de ravitaillement ajoutées, délais d’élimination rallongés, motos fraîcheur proposant des bidons aux coureurs…
Les consignes du ministre de l’Intérieur
Vendredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez est allé encore plus loin en adressant un courrier aux préfets concernés par le passage du Tour, les enjoignant de prendre des mesures pouvant aller, « à titre exceptionnel », jusqu’à l’annulation d’une étape en cas de chaleurs extrêmes.
« Pour répondre aux enjeux fixés, et particulièrement pour éviter une saturation des capacités hospitalières et pré-hospitalières, le retour d’expérience de la vague exceptionnelle de chaleur que nous venons de vivre nous conforte dans l’obligation de continuer à adapter nos dispositifs », écrit le ministre, dont ce courrier qui concerne également le Tour de France Femmes, qui aura lieu début août (1er au 9).
En cas de vigilance rouge dans un ou plusieurs départements traversés par la Grande Boucle, Laurent Nunez annonce ainsi des mesures allant de messages de prévention à la fermeture de certains espaces publics en passant par l’augmentation des « moyens sanitaires et de secours sur le parcours ».
Mais ce dispositif comprend aussi des mesures potentiellement plus contraignantes pour le déroulement de l’épreuve, en commençant par « la modification du parcours ». Une « annulation » d’une étape, « en concertation avec l’organisateur » (ASO), est aussi « possible », « à titre exceptionnel », indique le ministre de l’Intérieur. Celle-ci pourrait être décidée « lorsque les conditions sanitaires ou opérationnelles ne permettent plus d’assurer simultanément la sécurité des spectateurs, des personnels mobilisés et la continuité de la réponse aux urgences de la population », est-il précisé.
Pour le moment, la modification du tracé d’une étape ou son annulation pure et simple ne se sont jamais produites sur le Tour en raison de la chaleur. Ce n’est pas le cas d’autres courses, comme lors de la Route de l’Occitanie en 2022. Un arrêté de la préfecture du Tarn avait contraint les organisateurs à réduire une étape à 36 kilomètres parce que le thermomètre affichait plus de 41 °C.
Partir plus tôt ?
Et quid du public, ces centaines de milliers de personnes massées chaque année le long des routes, passant parfois plusieurs heures en plein soleil à attendre les coureurs ? « Il y a six ou sept ans encore, notamment en montagne, on se disait qu’il fallait que ce soit le plus dégagé possible pour que les liaisons techniques fonctionnent et que les gens puissent profiter de plusieurs lacets pour voir les coureurs. Aujourd’hui, on est dans une réflexion presque inverse en cherchant les endroits boisés parce qu’il est absolument capital pour nous que le public puisse être à l’abri », explique Christian Prudhomme.
Parmi les pistes d’adaptation à la chaleur, certains préconisent les départs à la fraîche, en début de matinée, comme l’ancien coureur Lilian Calmejane dans Stade 2 (voir la vidéo ci-dessous) ou Pascal Chanteur, le président de l’Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP). « Au lieu d’avoir des départs comme on le fait aujourd’hui, on devrait avoir des départs à 9h du matin, pour avoir des arrivées à 14h30, et la télé s’y retrouvera, parce qu’à 14h30, il y a du monde devant la télé. Je suis persuadé que c’est du bon sens de faire comme ça », défendait récemment ce dernier dans une interview pour L’Équipe.
Une solution malgré tout compliquée, répond Christian Prudhomme : « il faut bien avoir conscience qu’on n’est pas chez nous sur les routes. Les autorisations, on les a pour une certaine heure, pas pour cinq heures avant ou après. Ce ne sont pas des choses qui se font au dernier moment. Tu peux faire quinze kilomètres de moins ou partir une demi-heure plus tôt. Mais ça ne se fait qu’à la marge. » Les contraintes liées aux contrats de diffusion télé ne sont pas non plus anodines.
Et changer les dates du Tour ? Là aussi peu évident. Outre les problématiques de calendrier avec la proximité des Tours d’Italie et d’Espagne, « la difficulté c’est que le réchauffement s’exerce partout », constate Christian Prudhomme. « Il ne suffit pas de ne pas aller dans tel ou tel département du sud pour qu’il fasse moins chaud. Même chose pour les saisons : on a eu une première vague de chaleur et c’était fin mai… ».


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