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Sport 04/08/2026 06:30
Le président de la Fifa a vécu sa semaine la plus compliquée depuis l’arrivée à son poste en 2016. Son projet avorté de vendre des parts du Mondial pourrait lui coûter très cher.
Par Vincent Gibert avec AFP

LEO BARRILARI / Odyssey Images via AFP
Gianni Infantino, ici lors de la finale de la Coupe du monde, dans la banlieue de New York, le 19 juillet.
Le 18 mars 2027 à Rabat au Maroc, lors du 77e Congrès de la Fifa, le prochain président de l’instance mondiale du football sera élu. Un poste qui semblait, encore en début de semaine dernière, tout droit prédestiné à celui qui l’occupe actuellement, Gianni Infantino, seul candidat déclaré.
Oui mais voilà, l’homme aux trois nationalités (suisse, italienne et libanaise) s’est depuis tiré une balle dans le pied avec son projet d’ouvrir les Coupes du monde aux investisseurs privés via la création de la Fifa Forward Entreprise, selon une information révélée par le journal britannique The Times. Une ligne rouge pour une grande partie des acteurs du football mondial.
Résultat, il n’a fallu que quelques jours depuis cette annonce qui a fait un tollé, pour que Gianni Infantino chute du piédestal qu’il avait mis dix ans à gravir. Alors même qu’il était encore sur le toit du monde le 19 juillet dernier, porté par le succès global de la Coupe du monde nord-américaine et malgré des critiques sur celle-ci. Face aux pressions de plusieurs grands acteurs du football, dont l’UEFA (représentant 55 fédérations) qui a brandi la menace d’un boycott « unanime » du Mondial, mais aussi lâché par ses numéros 2 et 3 à la Fifa, le dirigeant de 56 ans n’a eu d’autre choix que de retirer son projet mercantile.
« Je ne pense pas que nous ayons jamais assisté à une chute aussi rapide d’un dirigeant sportif, analyse auprès de l’AFP Michael Payne, ancien responsable du marketing au CIO. Il y a une semaine encore, Infantino était au sommet de sa gloire. Aujourd’hui, on se demande même s’il verra la fin du mois. Comment en est-il arrivé là ? Quel orgueil démesuré ! »
Selon la presse britannique, les Européens réunis au sein de l’UEFA et plusieurs membres de la Concacaf, qui regroupe les fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, envisagent aujourd’hui de retirer leur soutien à Gianni Infantino pour le pousser à une démission ou l’exposer à une motion de censure. Si toutefois il survivait à son poste jusqu’au vote en mars prochain, la voie devrait être beaucoup moins royale que prévu pour celui qui brigue un troisième mandat consécutif, la limite maximale.
Des candidats potentiels
Lors du 76e Congrès de la Fifa le 30 avril dernier, Gianni Infantino avait annoncé officiellement qu’il se présenterait à nouveau pour l’année suivante. La Confédération africaine de football (CAF) et la Confédération asiatique (AFC) avaient alors affirmé dans le même temps soutenir sa réélection, lui apportant un total de 101 voix sur 211, alors qu’il bénéficiait déjà des 10 voix de l’Amérique du Sud. Soit plus que la majorité absolue (à 106 voix) virtuelle.
« Il n’avait pas d’adversaire en 2019 et en 2023, car les candidats sérieux ne se présentent pas contre quelqu’un qui est imbattable. Je pense que ce calcul a changé cette semaine, avant la date limite de dépôt des candidatures fixée au 18 novembre », présente aujourd’hui auprès de l’AFP Terrence Burns, ancien responsable de la stratégie marketing dans deux dossiers de candidature à l’organisation de la Coupe du monde.
D’ici cette date butoir automnale, on imagine désormais sans mal s’engouffrer dans la brèche d’autres candidats qui pensaient devoir attendre quatre ans de plus avant de pouvoir postuler, en 2031. Ainsi, selon plusieurs médias spécialisés, le vice-président de la Fifa et président de la Concacaf Victor Montagliani pourrait se présenter au scrutin, en comptant sur le soutien des membres de l’UEFA. Le Canadien peut notamment s’appuyer sur son refus de soutenir la proposition d’Infantino d’élargir un peu plus le Mondial, à 64 équipes, très loin de faire l’unanimité.
La BBC met aussi en avant deux profils qui auraient toutes leurs chances : le Bahreïni Salman bin Ibrahim Al Khalifa, actuel président de la Confédération asiatique de football, à qui l’on doit la création de plusieurs tournois en Asie au cours de ses mandats ; et le Suédois Mattias Grafström, secrétaire général de la Fifa depuis 2024, devenue une figure de plus en plus influente au sein de l’instance. Mais sa grande proximité avec Gianni Infantino pourrait désormais le desservir.
Le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi, vu comme un rival à Gianni Infantino, a lui préféré décliner bien avant l’heure. Il « n’a absolument aucune ambition, aucune intention et aucun intérêt pour ce poste à la Fifa ni pour tout ce battage médiatique », a sèchement prévenu l’un de ses porte-paroles la semaine derrière, comme le rapportait L’Équipe.
Macron et Burnham s’en mêlent
La pluie n’a elle toujours pas fini de tomber au-dessus de Gianni Infantino, qui chercherait ces dernières heures en coulisses l’aide de l’administration Trump pour redorer son blason. Lundi, la fédération galloise de football est ainsi devenue la première association membre de la Fifa à lui retirer son soutien dans la course à sa réélection. « Ne pas faire passer l’intérêt du football avant tout est un échec que nous ne pouvons pas accepter », justifie l’instance galloise.
Même les dirigeants de grands pays s’y mettent, comme Emmanuel Macron, qui s’est personnellement investi en coulisses pour faire part de son opposition au projet avorté d’Infantino de vendre des parts de la Coupe du monde, comme le révélait L’Équipe lundi. « Je ne crois pas qu’il soit l’homme qu’il faut pour faire avancer le football sur la scène mondiale », a lui jugé dimanche le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham.
« Son leadership est devenu radioactif. S’il reste, cela entraînera une véritable guerre civile dans le monde du football, avec des scissions parmi les grandes nations et des boycotts. C’est fini pour lui », prédit même auprès de l’AFP Michael Payne, l’ancien responsable marketing au CIO.
Quasiment acquise il y a deux semaines encore, la réélection de Gianni Infantino à la tête de la Fifa tiendrait désormais presque du miracle dans un peu moins de huit mois.


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